Sri Lanka : un premier pas vers l’autonomie
07-10-2008 Éclairage
À Sri Lanka, des centaines de personnes handicapées ont des difficultés à se faire soigner et à obtenir des appareils orthopédiques à cause du manque de moyens de transport et de ressources financières. Un centre de réadaptation physique soutenu par le CICR, à Jaffna, leur vient en aide.
Le Centre Jaipur de réadaptation physique
Le Centre Jaipur de réadaptation physique a été créé à Jaffna en 1987, par l'association Friend in Need en coopération avec le Mother's Front . Ce centre aide les victimes du conflit et d'autres personnes ayant un handicap physique à retrouver une vie normale en les équipant d'appareils orthopédiques. Il a été mis sur pied dans ce but. Au départ, ses bénéficiaires comprenaient des personnes qui avaient perdu un membre dans un accident et celles qui souffraient de malformations congénitales ou acquises, par ex. la polio et un pied bot.
Avant la création du Centre de Jaffna, les patients devaient se rendre jusqu'à Colombo, et ce long trajet rendait le traitement coûteux et inaccessible. Actuellement, le Centre de Jaffna est le seul établissement de la péninsule de Jaffna qui fournisse des prothèses, des orthèses et des services orthopédiques. L’association Friend in Need a également ouvert des antennes à Galle et Kandy.
Le Centre a dû adapter son objectif initial pour prendre en compte les besoins des personnes ayant perdu un membre dans des accidents dus aux mines. On estime entre 600 000 et 2 millions le nombre de mines à Sri Lanka, dont une grande partie se trouve à Jaffna. Sur plus de 1 750 patients enregistrés au Centre, plus de 1 000 sont des blessés de guerre, et 650 sont des victimes des mines. Entre 1987 et 2006, le Centre a fourni quelque 4 000 prothèses, dont plus de 2 000 à des victimes de mines terrestres.
Récits personnels
K. Uthayarani est enregistrée au Centre et est venue faire poser ses orthèses le jour même où le CICR s'y trouvait pour une visite. Uthayarani, une femme de 30 ans, a eu la polio étant enfant, et la mobilité de ses deux jambes est très réduite. Mais cela ne l'a pas empêchée de travailler comme couturière ou de vaquer à ses occupations quotidiennes. Utilisant une aide à la marche improvisée, elle a vécu le mieux possible jusqu’à ce qu'elle soit envoyée au Centre par une organisation pour laquelle elle travaillait.
Julia Srinivasan, l’une des trois assistantes en physiothérapie, explique quels avantages Uthayarani va tirer de ses orthèses: « Lorsque les appareils seront fixés, ils stabiliseront ses genoux et augmenteront sa mobilité. Le but d ’une orthèse est d’empêcher toute déformation future et d'aider à maintenir le corps dans une bonne position en soutenant les parties les plus faibles ».
La journée d'aujourd’hui marque un tournant dans la vie d’Uthayarani, car elle se prépare à mener une vie indépendante. « J’avais besoin d’aide même pour mes soins personnels les plus simples, mais maintenant, je vais tout pouvoir faire moi-même », déclare-t-elle avec un sourire rayonnant, en faisant quelques pas avec précaution, soutenue par Julia et Dhamayanthy, l’autre physiothérapeute assistante du Centre. Uthayarani a l'intention de continuer son activité de couturière et de mener une vie aussi normale que possible.
V. Thambi, agriculteur de 62 ans d’Achchuveli, a perdu une jambe après avoir marché sur une mine terrestre dans une rizière proche de sa maison, en 1992. « Cela s’est passé dans un champ, où le bétail allait souvent paître. Aucun accident de mine n’avait été signalé dans cette zone, et je pensais qu’il n’y avait pas de danger », souligne-t-il. Il a passé 36 jours à l’hôpital universitaire de Jaffna (JTH), où il a vait été transféré après avoir été traité dans un hôpital local.
En parlant du Centre, Thambi déclare : « Sans le Centre, je n’aurais pas eu de prothèse et je n’aurais plus pu travailler, ce qui m’aurait plongé dans la misère avec ma famille. Peut-être même que je me serais suicidé. Mais maintenant, je suis capable de mener une vie normale », dit ce père de deux enfants, qui a repris ses activités d'agriculteur.
En expliquant les circonstances de son accident, V. Vasanthan est moins optimiste. « J’étais riche, se souvient-il. Je possédais une camionnette et je transportais des gens à Jaffna, dans les environs et entre Jaffna et Colombo depuis l’ouverture de l’autoroute en 2002. Un jour, j’ai marché sur une mine posée près de ma maison par des gens qui étaient jaloux de mon succès. J’ai été admis à l’hôpital de Point Pedro avant d’être transféré à l’hôpital universitaire de Jaffna, où ma jambe a été amputée au-dessous du genou. J'étais désespéré ».
En mars 2002, trois mois après l’accident, il a été équipé d’une prothèse au Centre. Pour cet homme de 30 ans, qui vit avec sa femme et sa fille de cinq ans à Karavatti (Point Pedro), dans le nord, la vie n’est plus la même depuis son accident. « J’ai dû vendre ma camionnette pour rembourser des emprunts. Maintenant, je travaille comme ouvrier et loue mes services occasionnellement », dit-il.
Le soutien du CICR
Le CICR a commencé à soutenir le Centre en 1994, en lui offrant des formations, des matières premières et des machines pour fabriquer les appareils orthopédiques. Cette aide a repris après une interruption de 2003 à 2007. Le CICR apporte un soutien financier, logistique et matériel ainsi que de l'équipement pour la production des appareils orthopédiques. Il offre également un savoir-faire technique en physiothérapie et en appareillage, des con seils de gestion et la formation du personnel.
Au départ, le Centre avait recours à des techniques mises au point dans l’État de Jaipur, en Inde, pour fabriquer les appareils orthopédiques. L’utilisation de matières premières locales et de la technologie de Jaipur permettait de fabriquer rapidement et à un coût avantageux des membres artificiels adaptés aux besoins individuels.
En 1999, avec l’aide financière du CICR, le Centre commença à utiliser la technologie du polypropylène grâce à laquelle les prothèses peuvent être produites en plastique plutôt qu'en aluminium. L’avantage de cette technique, c’est qu’elle évite de blesser la peau et permet de mieux aligner la prothèse sur le membre naturel, donc de mieux l’ajuster. Le CICR a encouragé l’usage de cette nouvelle technique au Centre en parrainant la formation de quatre techniciens et en mettant à disposition un orthopédiste expatrié à plein temps. L’institution a également fait don d’équipement, notamment de fours pour ramollir les feuilles de polypropylène.
Les patients qui viennent au Centre sont généralement envoyés par l’hôpital JTH, des organisations humanitaires ou, comme Vasanthan et Uthayarani, sont informés par le bouche à oreille. À son arrivée au Centre, le patient est enregistré et ses besoins sont évalués. Il faut environ une semaine pour équiper un patient d'un membre artificiel.
L’ajustage n’est pas toujours parfait et les patients doivent parfois revenir pour une correction si la prothèse leur fait mal. Rajasekeran, un homme de 30 ans qui souffre de graves brûlures à la jambe dues à une électrocution, se trouve dans la zone d'entraînement à la marche où les patients font des exercices avant et après avoir été équipés d’une prothèse ou d’une orthèse. « Ma prothèse a été mise en place il y a deux semaines, mais je suis revenu pour la faire réajuster car elle me fait mal », explique Rajasekeran, qui prévoit de repre ndre son travail après huit mois de congé maladie.
Contribution aux frais
Les patients sont censés contribuer aux coûts de leurs appareils, qui doivent être remplacés lorsqu’ils sont usés ou, chez les enfants, lorsqu’ils deviennent trop petits. Vasanthan, qui a participé au paiement de sa prothèse, déclare : « Je paie volontiers ce montant symbolique, car je sais que la fabrication d’une prothèse revient très cher ». S Devendram, de 62 ans, qui a dû se faire amputer une jambe à cause du diabète et qui vient au Centre pour faire réparer sa prothèse, affirme : « J’ai payé ma première prothèse, mais j’ai reçu la deuxième gratuitement, grâce au CICR ». Toutefois, la majorité des patients sont très pauvres et il est rare qu’ils puissent verser leur contribution.
Le CICR soutient financièrement le Centre en remboursant les frais de production des appareils orthopédiques, permettant ainsi à des patients de recevoir des membres artificiels gratuitement, comme Devendram. Pour l'année 2008, le CICR va rembourser les frais de fabrication de 300 prothèses, 100 orthèses et 60 aides à la mobilité ainsi que les réparations de 500 appareils orthopédiques.
Les activités du Centre comprennent non seulement la fabrication et la pose de membres artificiels, mais également la production d'aides à la mobilité telles que des béquilles, des tricycles et des fauteuils roulants électriques, toutes adaptées aux besoins des patients.
Physiothérapie
La physiothérapie, qui est importante pour la réadaptation physique des personnes ayant une mobilité réduite, est une des activités essentielles du Centre, déclare Emmanouil Kokkiniotis du CICR. Le Centre offre chaque mois un service de consultation gratuit où le chirurgien orthopédique de l’hôpital JTH v ient s’occuper des cas spéciaux qui ont besoin d’un examen supplémentaire. Une fois par semaine, les physiothérapeutes assistants travaillent au service de physiothérapie de l’hôpital JTH où ils enregistrent les nouveaux amputés et offrent des soins et des conseils aux patients pour l'entretien de leur prothèse.
Le Centre offre également des bourses d’études à certains de ses patients et a mis en place un système de prêts renouvelables pour que les soutiens de famille qui ont été amputés puissent trouver une activité génératrice de revenus.
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