Page archivée: peut contenir des informations obsolètes
  • Envoyer
  • Imprimer

Darfour : le CICR passe ses messages

28-11-2006 Éclairage

Au Soudan, le CICR organise de nombreuses séances d'information à l'intention de tous les porteurs d'armes et de la population civile. L'organisation veut ainsi expliquer les raisons de sa présence et obtenir la collaboration de tous. Jean-Yves Clémenzo, délégué information, décrit l'une de ces séances pour des déplacés se trouvant à Zalingei, à l'ouest du Darfour.

Dans le camp de Khamsa Dagaig, qui signifie " cinq minutes " parce qu'il se situe à proximité du centre de la ville, les personnes déplacées vivent dans des huttes recouvertes de bâches en plastique. Cheikh Adam est responsable des communautés du camp, qui compte 14,000 personnes. Comme beaucoup d'autres, il a fui son village en 2003 en raison de l'insécurité pour rejoindre Zalingei, un carrefour commercial de l'Ouest du Darfour.

Le conflit armé qui secoue le Darfour depuis plus de trois ans a provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes. Malgré un accord de paix signé en mai 2006, nombreux sont ceux qui vivent encore dans des camps, effrayés à l'idée de regagner leurs villages. Cheikh Adam espère que les séances d'information organisées par le CICR seront utiles à la population du camp.

 
   
       
    ©CICR/J.-Y. Clémenzo      
   
    La population civile connaît mal le CICR et ses services. Les explications données en langue four aident à la compréhension de son mandat.      
         

  Un film en langue four  

A l'intérieur de la salle, plus de 150 personnes ont pris place, assises en tailleur. Ce sont en majorité des cheikhs responsables des différents secteurs du camp et des groupes de jeunes. Dès le début de la séance, la projection d'images du Darfour accompagnées de musique soudanaise provoque l'émerveillement, les visages figés par la concentration se dérident.

Rafiullah Qureshi, un délégué d'origine pakistanaise qui anime la séance de ce jour, commence par décrire les effets de la guerre sur la population et les activités du CICR en faveur des victimes. Puis un film du CICR doublé en langue four est présenté pour la première fois. Cheikh Adam, qui n'a jamais vu de sa vie un film dans sa langue maternelle, s'enthousiasme : " Si nos gens savent qu'il existe un film dans leur langue, beaucoup vont venir car de nombreuses personnes ne parlent pas arabe. "

Alors que l'arabe est la langue officielle du Soudan utilisée pour l'écrit, le f our est seulement une langue parlée. Pour Rafiullah Qureshi, projeter un film en langue locale simplifie la compréhension des messages tout en renforçant leur crédibilité.

Un autre délégué explique les procédures pour écrire un message Croix-Rouge. L'assistance est attentive. " J'apprends que le CICR travaille dans des endroits reculés et je ne connaissais pas toutes ces activités pour maintenir les liens familiaux. C'est une très bonne chose " , estime Suliman, l'un des responsables de jeunes.

 
   
       
    ©CICR / Boris Heger / sd-e-01041      
   
    Afin d'avoir accès à tous, le CICR explique aux parties au conflit le caractère neutre et impartial de son action au Darfour.      
         

  Convaincre les porteurs d'armes  

Depuis le début de l'année, le CICR et le Croissant-Rouge soudanais ont facilité l'échange de plus de 20,000 messages familiaux au Darfour. Grâce au travail de recherche des délégués et des volontaires nationaux, des enfants séparés de leur famille retrouvent leurs parents. Un autre participant se demande comment le CICR parvient à rétablir le contact entre les détenus et leurs familles. On lui répond que la collecte d'informations permet également de retracer les personnes arrêtées dont on était sans nouvelles et de renouer les liens familiaux par le biais des messages.

Le lendemain, Rafiullah Qureshi et ses collègues recommencent l'exercice avec un groupe d'une centaine de femmes. Là également, l'auditoire apprécie tout particulièrement les films en langue four. À la fin de la séance, une femme veut rencontrer un délégué car elle désire entreprendre des démarches pour contacter un proche. Comme tant d'autres habitants du Darfour, elle a tout simplement besoin de nouvelles.

La séance terminée, Rafiullah pense à sa prochaine rencontre, qui s'annonce plus tendue. Cette fois-ci, des porteurs d'armes écouteront les délégués : " Nous voulons aussi développer une attitude de respect envers les humanitaires afin d'être mieux acceptés et ainsi avoir accès aux victimes " , explique-t-il. " Les incidents de sécurité parfois graves dont est victime le personnel humanitaire sont trop nombreux et nous empêchent d'atteindre des gens qui ont un besoin vital d'assistance. "