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Abus par les nazis d’un service humanitaire du CICR

31-05-2007 Éclairage

La récente présentation en Argentine d’un document de voyage établi par le CICR et utilisé par l’officier nazi Adolf Eichmann pour fuir l’Europe a été largement reprise par les médias du monde entier, ce qui a soulevé une série de questions sur ce type de documents.

     

    © CICR / hist-00559      
   
    Document de voyage CICR.      
        Le document de voyage du CICR récemment montré en Argentine n’avait jamais été publiquement exposé auparavant, bien que son existence ait été connue. Le CICR avait d’ailleurs lui-même publié un communiqué de presse à ce sujet en 1999. Il ne s’agit pas d’un document d’identité ou d’un pa sseport à proprement parler, mais plutôt d’un laissez-passer provisoire devant permettre à des réfugiés, des personnes déplacées, des apatrides ou à d’autres personnes dépourvues de papiers de se rendre dans leur pays d'origine ou de résidence, ou dans un pays tiers disposé à les accueillir.

Ce type de documents a été émis pour la première fois en 1945 pour venir en aide à des dizaines de milliers de survivants des camps de concentration, d'anciens prisonniers de guerre, de déportés, de travailleurs forcés et d’autres civils bloqués dans un pays tiers dépourvus de documents de voyage en cours de validité. Bon nombre d'entre eux se sont adressés au CICR pour qu’il les aide à obtenir les papiers dont ils avaient besoin. Depuis lors, les documents de voyage du CICR ont permis à plus d’un demi-million de personnes de se réinstaller dans des pays d’accueil. Selon les archives du CICR, plus de 9 000 de ces documents ont été établis rien qu’entre février 1945 et le début de l'année 1946. Dans la quasi-totalité des cas, il s’agissait de personnes prises dans la tourmente de l’immédiat après-guerre en Europe, qui n’avaient pas de documents établissant leur identité ou leur nationalité, et qui souvent souhaitaient recommencer une nouvelle vie ailleurs. Ce système de laissez-passer existe encore aujourd’hui. En 2006, le CICR a délivré plus de 5 800 documents de ce genre.

Le CICR a déjà eu l’occasion de déplorer qu'Eichmann et d'autres criminels de guerre nazis aient abusivement utilisé son système pour disparaître sans laisser de traces. En mars 1992, Yves Sandoz, qui dirigeait alors le département de la doctrine et du droit de l’institution, écrivait dans le International Herald Tribune : « Ces hommes [Barbie, Eichmann et Mengele ] et ceux qui les soutenaient en secret ont profité impudemment d'un service humanitaire qui a permis d'aider un demi-million de personnes, essentielleme nt des survivants des camps de concentration et des réfugiés d'Europe de l'Est. »

Le document, qui vient d’être retrouvé en Argentine, est authentique. Adolf Eichmann l’a obtenu après avoir soumis une demande au CICR, pour laquelle il a fait usage d’un faux nom et d’une fausse carte d’identité. Aujourd’hui encore, tout comme juste après la guerre, le CICR n’a pas les moyens de vérifier l’identité des personnes qui demandent à se faire établir des documents de voyage. De telles vérifications relèvent exclusivement des autorités des pays dans lesquels ces personnes se rendent, et qui ont accepté les documents émis par le CICR.

Le CICR continue d’ouvrir ses archives aux chercheurs intéressés par le travail réalisé par l’institution pendant la Seconde Guerre mondiale et la période de l’après-guerre. Si le CICR n’a pas archivé de copies des documents de voyage proprement dits, il conserve néanmoins des pièces attestant des demandes déposées dans ce sens.