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Ouganda : le volontariat permet d’aider les personnes en détresse

19-05-2010 Éclairage

Jeremiah Asire et Peter Weboya, volontaires de la Croix-Rouge, comptaient parmi les dizaines de travailleurs humanitaires qui essayaient de redonner espoir à la population touchée par le glissement de terrain dans le district de Bududa, dans l’est de l’Ouganda. Walter Akwat, attaché de presse du CICR à Kampala, a parlé avec eux de leur expérience.

 
    ©CICR/W. Akwat      
   
    Ville de Mbale, dans l’est de l’Ouganda. Le docteur Fatah Labib (à droite) montre aux volontaires de la Croix-Rouge comment utiliser un sac mortuaire durant une formation sur l’identification adéquate des corps organisée par le CICR.      
           

Jeremiah Asire n’oubliera jamais ce matin ensoleillé du 1er mars, lorsque la vie des habitants de trois villages de l’est de l’Ouganda a subitement tourné à la tragédie. Les villages ont été engloutis par des glissements de terrain, qui ont fait quelque 100 morts et plus de 250 disparus, provoquant le désespoir de leurs proches et des survivants. Jeremiah a immédiatement décidé d’apporter son aide. Ce lycéen de 19 ans du bidonville voisin de Mbale s’est joint aux dizaines de volontaires de la Croix-Rouge de l’Ouganda pour distribuer des articles de secours.

  Une destruction massive  

Les glissements de terrain n’ont pas seulement emporté des vies ; ils ont aussi provoqué des dégâts inestimables aux moyens de subsistance des villageois, tuant un grand nombre d’animaux domestiques et détruisant une grande quantité de biens. Pour aggraver la situation, de violentes pluies ont continué de s’abattre sur la zone montagneuse, provoquant le débordement de la rivière Manafwa, qui a inondé le district voisin de Butaleja.

La Croix-Rouge de l’Ouganda estime le nombre de personnes déplacées par les glissements de terrain à plus de 5 500, tandis que les inondations à Butaleja auraient provoqué le déplacement de plus de 6 600 habitants. Ces chiffres devraient augmenter, des porte-parole du gouvernement et des géologues ayant annoncé, après la découverte d’immenses crevasses sur le flanc de la montagne, que la région pourrait connaître d’autres glissements de terrain.

  Des tâches difficiles  

Étant donné le dénue ment extrême des nombreuses personnes déplacées à l’intérieur de leur pays, le CICR a fourni 1 500 assortiments d’articles de ménage essentiels – ainsi que 100 sacs mortuaires – pour les distributions d’urgence de la Croix-Rouge de l’Ouganda. En plus d’être responsable de la distribution d’articles de secours et de vivres, la Société nationale gère les camps pour personnes déplacées et le bureau de regroupement familial destiné aux enfants qui ont été séparés de leurs proches. La recherche des personnes portées disparues à des fins de regroupement familial est l’une des activités essentielles du CICR et de ses partenaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Une des tâches les plus difficiles, pour les travailleurs humanitaires, a été la récupération des corps ensevelis sous le glissement de terrain. « Les chances de retrouver des survivants étaient minces, explique Jeremiah, mais nous pensions aux familles, et nous savions qu’elles ne pourraient faire leur deuil que lorsque les corps de leurs proches portés disparus auraient été retrouvés, et cela nous motivait. »

  Apprendre à gérer les corps  

La détermination de Jeremiah à conduire les recherches était impressionnante, au vu du caractère déplaisant des tâches à accomplir. Pour le soutenir, ainsi que les autres travailleurs humanitaires, le CICR a organisé un jour de formation sur l’identification adéquate des dépouilles mortelles.

« Étant donné le grand nombre de personnes portées disparues après les glissements de terrain, cette formation était indispensable », explique le docteur Fatah Labib, le médecin du CICR qui a dispensé la formation. « Nombre des participants n’avaient pas suffisamment de connaissances sur la façon de faciliter l’identification d’un corps. »

Au cours de la formation, les volontaires ont appris comment prendre en charge les corps, depuis le moment de leur découverte – en notant la date et l’endroit où le corps a été découvert et en s’assurant que les effets personnels restent avec le corps afin de faciliter son identification – jusqu’au moment de son inhumation. C’était la première fois que la Croix-Rouge dispensait ce type de formation en Ouganda.

  Une perte atroce  

Contrairement à Jeremiah, Peter Weboya a subi une perte atroce à cause du glissement de terrain qui a frappé sa région. À son réveil, cet instituteur d’école primaire de 54 ans a appris que 37 de ses élèves avaient été tués.

« Il avait énormément plu pendant deux jours. Les enfants avaient tous terminé l’école la veille. Quand la catastrophe a frappé, il a été difficile d’accepter – et cela le sera toujours – que les vies de tous ces enfants innocents et joyeux ont été emportées si brutalement, en un seul jour. Cela restera un traumatisme immense pour leur famille et leurs camarades d’école qui ont survécu. » En tout, 63 élèves ont péri dans les glissements de terrain, selon les autorités scolaires du district de Bududa.

  Préserver le volontariat  

La maison de Peter a été détruite, mais il a eu beaucoup de chance car sa famille de 13 enfants n’a subi aucune perte. Volontaire de la Croix-Rouge depuis moins d’un an, Peter considère que la catastrophe constitue un moment décisif de sa vie, comme pour de nombreuses autres personnes.

« Ma famille a provisoirement déménagé à Bukalasi », dit-il, se référant à un camp de transit proche du camp officiel du gouvernement à Bulucheke, ajoutant : « Toutes nos cultures ont été anéanties et tous nos animaux sont morts, donc nos sources de revenus ont été très durement touchées, en particulier par la perte des cultures de caféiers. »

Mais malgré ce traumatisme et le déplacement de sa famille, Peter souligne rapidement qu’il ne va pas abandonner ses activités de volontaire : « Le volontariat est trop important pour qu’on l’oublie dès que l’on se trouve dans une position vulnérable. »