• Envoyer
  • Imprimer

Ouganda : les graines de l'espoir

22-04-2010 Éclairage

Depuis la signature de l’accord de cessez-le-feu en août 2006 entre l'Armée de résistance du Seigneur et les forces gouvernementales dans le nord de l'Ouganda, un nombre croissant de personnes déplacées retournent dans leurs villages. La déléguée du CICR Fabienne Garaud nous raconte l'expérience d'une Ougandaise qui recommence une nouvelle vie.

 
       
    ©CICR/F. Garaud      
   
    Janet, occupée à débroussailler ses terres      
           
       
    ©CICR/P. Yazdi/ug-e-00269      
   
    Village d'Apyeta, dans le district de Kitgum. Les anciens déplacés de retour chez eux recommencent une nouvelle vie avec l'aide du programme agricole « argent contre travail » du CICR      
           
       
    ©CICR/F. Garaud      
   
    Janet et six de ses huit enfants devant leur nouvelle habitation, en compagnie d'un collaborateur local du CICR      
           
   

Dans le nord de l'Ouganda, nombreux sont ceux qui rêvent depuis longtemps du jour où ils pourront enfin regagner leurs villages, ces lieux mythiques où ont vécu leurs ancêtres et où les Acholis (un groupe ethnique des districts d'Amuru, Gulu, Kitgum et Pader, dans le nord de l'Ouganda) résistent à l'épreuve du temps, génération après génération.

En raison des dangers liés au récent conflit armé, Janet Limpe (37 ans) et sa famille ont été forcés de vivre pendant neuf ans dans des camps de réfugiés. Ils avaient construit leur première hutte dans un vaste camp appelé le « camp mère ». Six ans plus tard, ils s’étaient installés dans un petit camp de transit situé plus près de chez eux, où ils ont encore passé trois ans.

  Seule restait une pierre sacrée  

Les conditions de sécurité s’étant améliorées, la famille a enfin pu quitter le camp de transit en mars 2008 pour retourner dans son village, à l'est d'Ajok, près d'Omee, dans le district d'Amuru. Le village avait été abandonné des années auparavant. Une pierre plate posée au milieu d'un champ était la seule trace qui attestait qu'il avait une fois existé. Elle avait été utilisée de génération en génération pour réduire en pâte millet et graines d'arachide. Janet pense qu'elle est probablement là depuis le dix-neuvième siècle. Par respect pour les anciens, personne n'a jamais osé la déplacer.

  Après le déplacement, il faut s’attaquer à un nouveau défi de taille : la végétation  

Le mouvement de r etour qui a lieu actuellement dans les campagnes du nord de l'Ouganda pose de nombreux défis aux anciens déplacés. Pendant neuf ans, Janet et sa famille ont vécu de l’aide humanitaire qu’ils ont reçue dans des camps où ils s’étaient installés. Désormais, ils doivent lutter contre la nature, qui a repris ses droits dans le village. Et ce n'est pas le travail qui manque : il faut débroussailler et labourer les terres fertiles. Faute d'argent, le fils aîné de Janet, âgé de 18 ans, ne pourra pas aller à l'école cette année ; il aidera donc sa famille à préparer la terre. Ils doivent planter des haricots, des arachides, du blé, du riz, du millet et du sésame avant le début de la saison des pluies, qui s'étend habituellement de mars à mai. 

  Des semences et des outils pour un nouveau départ  

Mal à l'aise et timide, les yeux baissés, Janet trace des sillons dans la riche terre noire à l’aide de ses orteils abîmés par de longues marches forcées. Elle explique que dans la région de l'Acholiland, où elle vit, il est facile de se procurer de la nourriture sur les marchés locaux, mais que sa famille n'a pas les moyens d'acheter quoi que ce soit. C'est pourquoi, en mars 2009, Janet a reçu des semences du CICR en quantité suffisante pour pouvoir planter deux hectares, ce qui devrait leur permettre, à elle et à sa famille, de couvrir la moitié de leurs besoins annuels en nourriture.

La famille de Janet compte parmi les quelque 1 800 foyers vulnérables qui ont eu la possibilité d'acquérir les semences et les outils agricoles de leur choix auprès de commerçants locaux grâce à l'aide du CICR. Janet préfère nettement cette manière de procéder, car l'année précédente, elle n'avait pas pu choisir les semences qu'on lui avait distribuées.

  Tout le monde au travail  

La famille de Janet n'ayant pas les moyens d'acquérir des animaux de trait pour aider au travail des champs, chacun doit labourer la terre à la houe. Les huit enfants de Janet, dont le plus jeune vient juste d’avoir trois ans, apprennent vite le labeur. Sur le petit chemin qui conduit au champ, à intervalles réguliers, les enfants ont creusé des petites tranchées de 10 centimètres de profondeur. Janet explique qu'ils ont voulu faire de petits pièges pour protéger leurs champs d'arachide des maraudeurs nocturnes !

Soudainement, le ciel devient menaçant. Nous devons nous frayer un chemin à travers les hautes herbes avant l'orage. D'une voix déterminée, Janet déclare qu'elle va garder une partie de la récolte pour avoir davantage de graines la saison prochaine, afin de pouvoir acheter des outils et d'autres sortes de semences.

Voir la savane à nouveau cultivée par les familles qui sont de retour est très encourageant. Elles ont retrouvé l'espoir après des années perdues à survivre dans les camps. Les toukouls – huttes traditionnelles de l'Acholiland, faites de terre sèche et surmontées d'un toit de chaume – semblent pousser comme des champignons, et les animaux de trait sont de plus en plus nombreux à être utilisés pour labourer les champs. L'Acholiland respire enfin à nouveau, et la vie y est chaque jour un peu meilleure.