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Viet Nam : lutter contre un héritage meurtrier

09-06-2010 Éclairage

Dans le centre du Viet Nam, génération après génération, les familles subissent les conséquences des engins non explosés datant de la guerre des années 60-70. Avec l'aide du CICR, la Croix-Rouge du Viet Nam s’efforce d’éradiquer ce fléau.

     
    ©CICR/B. Cerina      
   
    Nguyen Quoc Quy (56 ans), qui a perdu sa jambe droite en 1975 lors de l’explosion d’une mine et dont le fils a été tué par une explosion en 2006, en compagnie d’un collaborateur du CICR.      
               
    ©CICR/B. Cerina      
   
    Province de Quang Tri, dans le centre du Viet Nam. Photographie du fils de Nguyen Quoc Quy, tué par une explosion en 2006 à l’âge de 24 ans.       
               
    ©CICR/B. Cerina      
   
    Province de Quang Tri. Formation aux premiers secours de volontaires de la Croix-Rouge du Viet Nam.      
           

Nguyen Quoc Quy se souvient comme si c’était hier de ce jour de 1975 où il a marché sur une mine alors qu’il était parti chercher du bois. « Ils n’ont d’abord amputé que mon pied, mais la plaie s’est infectée et ils ont dû amputer plus haut, au-dessus du genou », raconte cet homme. Grâce à une prothèse, il a pu gagner correctement sa vie en cultivant du riz et des légumes dans une petite ferme de la province de Quang Tri, où il a élevé ses cinq enfants.

Par un tragique coup du sort, 31 ans après cet accident, la famille de Nguyen Quoc Quy a une nouvelle fois été victime des conséquences de cette guerre pourtant terminée depuis bien longtemps. « Mon fils étudiait l’anglais pour aller travailler en Malaisie, explique-t-il en soupirant. En attendant, il récupérait de la ferraille avec trois autres personnes. Leur détecteur de métal a indiqué que quelque chose se trouvait dans le sol et mon fils a commencé à creuser. Il y a eu une explosion. Il est mort sur le coup. Tout ce que j’ai pu faire, c’est ramener son corps à la maison. Mon fils n’avait que 24 ans. » 

  Des effets dévastateurs  

Les autorités vietnamiennes estiment que depuis la fin de la guerre, en 1975, jusqu’en 2007, près de 39 000 personnes ont été tuées et quelque 66 000 autres blessées par des engins non explosés laissés sur place après le conflit. Qu'il s'agisse de sous-munitions, de mines ou d'autres types d’engins explosifs, ils restent sournoisement cachés pendant des décennies, prêts à tuer et à mutiler.

Les régions les plus touchées sont les provinces rurales comme Quang Tri, dans le centre du pays, qui formaient à l’époque la « zone démilitarisée » entre les factions belligérantes du Nord et du Sud Viet Nam. Si bon nombre des victimes tombent sur ces engins meurtriers en cultivant leurs terres, on estime qu’un tiers d’entre elles sont tuées ou mutilées alors qu'elles sont à la recherche de ferraille.

Les gens savent très bien à quel point cette activité peut être dangereuse. « J’avais toujours peur quand mon mari creusait pour trouver de la ferraille, mais nous n’avions pas le choix. Nous avions deux enfants et notre ferme ne nous rapportait pas assez d’argent pour nourrir toute la famille », raconte Nguyen Thi Vinh. Ses craintes se sont matérialisées un jour d’août 2009. Son mari, âgé de 37 ans, a perdu deux doigts de la main droite et a subi une grave fracture à la jambe droite lorsque l’objet qu’il voulait déterrer a soudain explosé. 

« Depuis, mon mari n’a plus de revenus, et comme je dois prendre soin de lui, mes activités de confection de vêtements me rapportent moins d’argent. Je suis très inquiète pour l'avenir de nos deux enfants », déclare Vinh.

  Une approche multiple  

« Quang Tri est l’une des régions les plus pauvres du Viet Nam. Il ne fait aucun doute que les difficultés économiques sont en partie responsables de ces accidents », explique Boris Cerina, conseiller régional du CICR pour l’Asie-Pacifique en matière de contamination par les armes. « Les données officielles montrent que cette province est aussi l’une des plus touchées par des engins non explosés, ajoute-t-il. Mais très peu d’évaluations ont été réalisées, et nous devons en apprendre davantage sur les victimes, par exemple sur ce qu’elles faisaient au moment de l’accident, afin d’adapter notre réponse. »

Lorsque la Croix-Rouge du Viet Nam a contacté la délégation régionale du CICR à Bangkok à ce propos, il a été décidé que la province de Quang Tri serait le point de départ d’une approche conjointe à volets multiples. En début d’année, la Société nationale, avec le soutien du CICR, a organisé une formation aux premiers secours à l’intention de 120 volontaires de la Croix-Rouge dans six districts de Quang Tri. Le CICR a également fourni des kits de premiers secours. « L’objectif est d’aider à sauver la vie des personnes blessées par une mine ou un autre engin explosif », explique Boris Cerina.

  Sensibiliser les habitants et sauver des vies  

Dans le cadre de son programme d'éducation au risque des mines, la section de la Croix-Rouge de la province de Quang Tri a organisé un concours dans des écoles, auquel ont participé 500 enfants, parents et autres habitants de la région. 

« Ces activités ludiques de sensibilisation ont remporté un grand succès, déclare Boris Cerina. En outre, elles ont permis aux sections locales de la Croix-Rouge de recueillir des informations précieuses. » 

« Une fois que nous aurons les données nécessaires, nous examinerons les différentes manières de venir en aide aux victimes », poursuit le conseiller régional. « Le Cambodge, qui est aux prises avec le même fléau, pourrait nous servir d’exemple. Là-bas, la Société nationale de la Croix-Rouge, avec le soutien financier d’autres Sociétés nationales, finance des projets de microcrédit en faveur non seulement des victimes d’engins non explosés, mais aussi des personnes à risque, notamment celles qui vivent de la collecte de ferraille. »

« Les bénéficiaires peuvent ainsi gagner leur vie grâce à des activités plus sûres, comme l’élevage de porcs, la tenue d’un petit commerce ou la gestion d’une pompe à eau. Offrir aux gens d’autres moyens de subvenir à leurs besoins est une bonne manière de prévenir les accidents », ajoute Boris Cerina.

Des financements seront nécessaires pour qu’un programme de ce type puisse être mené au Viet Nam, mais le conseiller se montre optimiste : « Nous espérons convaincre les Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de pays donateurs de s’investir dans ce projet. Plusieurs nous ont déjà fait part de leur intérêt. » 

Si l’origine du problème des restes explosifs de guerre remonte à un passé lointain, ses conséquences dévastatrices ne sont que trop actuelles. Si tout se passe bien dans la province de Quang Tri, le projet pourrait par la suite être étendu à d’autres régions touchées du Viet Nam.