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Zimbabwe : un long chemin pour donner la vie

31-03-2008 Éclairage

Mona-Lisa est née en bonne santé après que sa mère, enceinte de neuf mois, eut parcouru plus de 15 km à pied pour accoucher dans l’hôpital le plus proche. Le CICR apporte son soutien à 16 structures de santé dans trois districts ruraux pour combler certaines des lacunes les plus préoccupantes du système de soins de santé du Zimbabwe. Témoignage de Robin Waudo.

     
    ©CICR / R. Waudo      
   
Mona-Lisa et sa mère, Sekia, à l’hôpital de Chishave après la vaccination et l'examen médical de l’enfant.  
           
   

       
    ©CICR / R. Waudo      
   
Un bébé est vacciné à l’hôpital rural de Chishave.  
           

Sekai Zhou a 26 ans. Elle est arrivée à l'hôpital Chishave, situé en région rurale, en ce lundi matin ensoleillé avec sa petite fille de cinq mois, Mona-Lisa. L’enfant est en bonne santé : sa mère l'a amenée à l'hôpital pour un vaccin et un examen de routine. Sekai serre son bébé dans ses bras en attendant patiemment avec les autres mères d’être reçue par les infirmières. Lorsqu’on la vaccine, Mona-Lisa se met à pleurer. Sekai commence aussitôt à la bercer dans ses bras, en chantonnant doucement pour soulager sa douleur.

La jeune mère habite le village de Chinjiva, à 15 km de l’hôpital Chishave. Comme il n’y a aucune autre structure médicale près de son village, elle a dû parcourir à pied la longue distance qui sépare son village de l'hôpital, parce qu’elle n'a pas les moyens de payer un billet d'autobus. Le trajet a pris plusieurs heures, mais il a semblé beaucoup plus long que d’ordinaire à l’approche de la naissance du bébé.

  Une maison d’hébergement délabrée pour les femmes enceintes  

« Pendant cinq mois, j'ai parcouru à pied la distance énorme entre mon village et le dispensaire, raconte Sekai. J’arrivais à la maison épuisée et mes jambes gonflées par la fatigue me faisaient mal.» Durant son dernier mois de grossesse, Sekai a eu la chance d’obtenir une place dans la maison d’hébergement pour femmes enceintes de l’hôpital, quoiqu’elle soit dans un état de grand délabrement : aucune paroi ne sépare les lits, les murs devraient être repeints et les plafonds se désagrègent.

La petite Mona-Lisa est née sans complications en octobre 2007. « Les infirmières ont été d’un grand secours, se souvient Sekai. Mon bébé est né en bonne santé grâce à leurs soins. » La jeune femme a deux autres enfants – un garçon de cinq ans et une fille de trois ans. Tous deux sont nés dans cet hôpital rural. Sekai vit dans un petit village, où elle cultive du millet, du maïs, du sorgho et des légumes pour nourrir sa famille. Son mari travaille à Chiredzi, à environ 100 km de chez eux, et ne revient qu'une fois par mois à la maison.

L’hôpital Chisave se situe en zone rurale, dans la province de Masvingo (sud du Zimbabwe), à plus de 350 km de la capitale, Harare. Cet hôpital est le seul centre médical dans un rayon de 20 km. Il fournit des services de santé indispensables à plus de 14 000 personnes, qui luttent pour surmonter les obstacles et les problèmes résultant de la situation économique difficile au Zimbabwe. L’hôpital emploie six membres du personnel infirmier, un technicien en santé environnementale et un gardien, et il mobilise toutes ses ressources pour assurer des services médicaux essentiels.

  Les hôpitaux rencontrent « de nombreuses difficultés »  

La fille de Sekai est l’un des 478 bébés à être venus au monde à l’hôpital Chishave en 2007. Sœur Shupikai Nyamakawo, l’infirmière en chef de l'hôpital, a aidé Sekai à accoucher.

« Bien que cet accouchement se soit déroulé sans complications, l’hôpital rencontre de nombreuses difficultés », explique-t-elle. Il n’y a pas suffisamment d'alèses pour les accouchements et, plus généralement, pour les femmes en couches. Par conséquent, les femmes enceintes doivent apporter leur propre linge de lit.

Si Sekai salue l’engagement et le dévouement du personnel de l’hôpital, elle précise toutefois qu’il lui est arrivé de devoir se rendre à plusieurs reprises à l'hôpital pour recevoir un traitement en raiso n de la pénurie de médicaments. Des problèmes d’approvisionnement en médicaments ont été relevés par les autorités médicales et les praticiens à différents échelons au sein du district.

Le CICR vient compléter les ressources de l’hôpital en lui fournissant les médicaments les plus demandés, ainsi que du matériel médical et des articles jetables tels que du des alèses, des bandages, des gants en latex et des masques faciaux. « Le soutien que nous apporte le CICR est plus que bénéfique », s’exclame sœur Shupikai.

Outre le manque de médicaments et de matériel médical, sœur Shupikai constate que la pénurie d’eau potable est un problème majeur qui explique le nombre croissant de cas de maladies d’origine hydrique comme la bilharziose. « Auparavant, l’hôpital n’avait pas d’eau, mais nous disposons aujourd’hui d’un puits de forage, et de plus en plus de femmes [enceintes ] viennent accoucher ici », ajoute-t-elle.

  Améliorer l’accès à l’eau potable  

En 2007, le CICR a foré un puits et installé une pompe manuelle à l'hôpital Chishave. L’infirmière en chef souligne le fait que les femmes enceintes préfèrent se rendre à Chishave en raison de la pénurie d’eau dans certaines structures médicales – y compris à l'hôpital de district. Elle relève en outre que, l’hôpital étant désormais approvisionné en eau, cela a contribué à réduire le nombre d’accouchements à domicile en 2007 (16 cas seulement), bien que l’on dénombre environ 30 accoucheuses traditionnelles dans le district.

Le CICR apporte son soutien à 16 structures médicales dans trois districts ruraux au Zimbabwe, à savoir Makoni, Tsholotsho et Chivi, où se trouve l’hôpital Chishave. L’institution s’efforce également d’améliorer l’accès à l’eau potable dans ces structures, en forant des puits ou en remettant en état les puits existants, et en installant des pompes manuelles et des réservoirs d’eau.