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Jeux vidéos et droit de la guerre

27-09-2013

Les jeux vidéos de guerre fascinent autant enfants qu’adultes. Mais hors du domaine des loisirs, ces jeux sont reconnus par les militaires comme une méthode de formation efficace. Le CICR a initié une collaboration avec des développeurs de jeux vidéo avec l'objectif que les joueurs soient confrontés aux mêmes dilemmes que de véritables soldats.

Jeux vidéo : toujours plus proches de la réalité

 

 

 

Droit international humanitaire et jeux vidéos : questions et réponses

Pour le CICR, le droit international humanitaire (appelé aussi droit des conflits armés ou droit de la guerre) a sa place dans les jeux vidéo. Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a exprimé publiquement son intérêt pour l’influence que les jeux vidéo simulant des situations de guerre sont susceptibles d’avoir et pour les possibilités que ces jeux offrent de faire connaître le droit des conflits armés.
Les règles qui régissent l'usage de la force dans les conflits armés doivent s’appliquer aux jeux vidéo représentant des scènes réelles de combat au même titre que les lois de la physique.
 

Qu’est-ce que le CICR souhaite exactement voir dans ces jeux vidéo ?

Le CICR suggère que, tout comme dans la vie réelle, les actions et les décisions prises dans ces jeux devraient avoir des conséquences virtuelles pour ceux qui y participent. Les joueurs devraient être récompensés s'ils respectent le droit des conflits armés, et des sanctions virtuelles devraient leur être infligées en cas de violation grave, c’est-à-dire, en d’autres termes, en cas de crime de guerre. C'est déjà le cas dans plusieurs jeux de simulation de conflit. Il importe que les scénarios de jeux ne récompensent pas des joueurs ayant commis des actes qui seraient qualifiés de crimes de guerre dans la réalité.

Le CICR est préoccupé à l’idée que certains scénarios de jeux puissent conduire à banaliser les violations graves du droit des conflits armés. Il appréhende que ces actes illégaux soient finalement perçus comme relevant d’un comportement acceptable. Cependant, le CICR n’est pas impliqué dans le débat sur le niveau de violence des jeux vidéo.

Quelles sont les violations du droit des conflits armés qui vous préoccupent le plus ?

Le CICR est préoccupé par les scénarios qui, par exemple, décrivent l'usage de la torture, en particulier lors des interrogatoires, par les attaques délibérées contre les civils, l'assassinat de détenus ou de blessés, les attaques contre les personnels de santé, les structures médicales et les moyens de transport tels que les ambulances ; il est également préoccupé par l'idée que toute personne se trouvant sur le champ de bataille encourt le risque d’être tuée.

Faudrait-il interdire des jeux vidéo qui décrivent de telles scènes ?

Il n'est pas réaliste de croire que ces scènes puissent être extirpées des jeux vidéo. Des violations se produisent sur les vrais champs de bataille et peuvent donc être incluses dans les jeux vidéo. D'après le CICR, il est utile que les joueurs comprennent ce qui est acceptable et ce qui est interdit dans la conduite de la guerre à partir de récompenses et de sanctions incorporées dans le jeu.

Ce principe s'applique-t-il aussi à des jeux de guerre qui font davantage appel à l’imagination ?

Non, le CICR s'intéresse uniquement aux jeux vidéo qui simulent des situations de guerre réelle. Sa suggestion  ne concerne pas les scénarios qui font davantage appel à l’imagination comme les fictions médiévales ou les guerres de science-fiction intergalactiques.

Selon des médias, certains actes virtuels exécutés dans les jeux vidéo équivaudraient à des violations graves du droit des conflits armés. Est-ce exact ?

Non, les violations graves du droit de la guerre ne peuvent se produire que dans la réalité. Personne ne peut commettre un crime de guerre simplement en jouant à un jeu vidéo.

Pourquoi le CICR s'intéresse-t-il aux jeux vidéo qui simulent une guerre réelle ?

Le CICR s'intéresse aux questions concernant des jeux vidéo qui simulent une guerre parce que les joueurs sont face à des choix comme sur un champ de bataille réel.

Les États sont tenus de respecter et de faire respecter le droit des conflits armés, et de faire connaître ses règles le plus largement possible, en tout lieu et en tout temps. Dans la réalité, les forces armées doivent respecter le droit de la guerre. Les jeux vidéo qui simulent l’expérience des forces armées peuvent donc également faciliter une prise de conscience des règles à respecter pendant un affrontement armé. C’est un des aspects qui intéresse le CICR. De fait, certains jeux vidéo tiennent déjà compte de la manière dont le personnel militaire est formé dans la réalité pour se comporter dans des situations de conflit.

Le mandat confié au CICR par les États Membres porte sur la promotion du droit international humanitaire, connu également comme droit des conflits armés, et sur les principes humanitaires universels. Vu ce mandat et la longue expérience du CICR en matière de conflits armés, l’institution s'intéresse nécessairement au développement des jeux vidéo.

Le CICR travaille-t-il avec des concepteurs de jeux vidéo pour s’assurer que le droit des conflits armés est correctement pris en compte dans certains jeux ?

Le CICR travaille avec des concepteurs de jeux vidéo pour les aider à intégrer les règles du droit de la guerre dans leur travail. Il se félicite que certains jeux vidéo portant sur des thèmes liés à la guerre tiennent déjà compte du droit des conflits armés. Le CICR s’est dit prêt à engager un dialogue avec le secteur des jeux vidéo pour définir la place que les principes humanitaires doivent occuper dans les jeux.

Les jeux ne risquent-ils pas de devenir moralisateurs et ennuyeux ?

Nous n’avons pas l’intention de gâcher le plaisir des joueurs en interrompant le jeu par exemple par des spots qui énuméreraient des règles de droit ou présenteraient un cours sur le droit de la guerre.

Nous aimerions que le droit des conflits armés soit intégré dans les jeux afin que les joueurs en aient une expérience réaliste et soient directement confrontés aux dilemmes que connaissent de vrais combattants sur de vrais champs de bataille. Les ventes très importantes de nouvelles versions appliquant ces règles prouve que l'intégration du droit de la guerre ne porte en rien ombrage au succès commercial des jeux.

Le CICR ne devrait-il pas s'intéresser avant tout aux conflits réels ?

Absolument. Les conflits armés et leurs conséquences humanitaires sont en fait la préoccupation première du CICR.

Avec son effectif de quelque 12 000 personnes, le CICR mène des activités humanitaires dans des situations de conflit armé dans le monde entier. Le CICR est souvent la première organisation qui arriver sur le terrain lorsqu’un conflit armé éclate et qui porte assistance aux détenus, aux personnes déplacées ou touchées d'une manière ou d'une autre par un conflit. Il s'attache à mieux faire respecter le droit de la guerre et œuvre au respect de la dignité des personnes touchées par la guerre.

De par leur popularité croissante, les jeux vidéo ont le pouvoir d’exercer une grande influence sur la manière dont les jeunes, les futures recrues et la société dans son ensemble perçoivent l’acceptable et l’interdit dans des situations de conflit armé. C’est pourquoi, le CICR suit les développements de ce secteur, en particulier les jeux qui simulent un conflit armé réel.

Pourquoi le CICR s'intéresse-t-il aux jeux vidéo plutôt qu'aux livres, aux bandes dessinées, aux séries télévisées ou aux films ?

Il arrive que le CICR soit occasionnellement contacté par des réalisateurs ou des écrivains pour décrire ses activités dans des conflits armés présents ou passés. Le CICR a donc des contacts avec d'autres secteurs du monde des loisirs. Mais les jeux vidéo constituent un phénomène entièrement nouveau. Contrairement aux supports traditionnels, tels que le cinéma, les jeux vidéo impliquent que les joueurs prennent sciemment des décisions, sur le recours ou non à la force, par exemple.

Le CICR s'intéresse exclusivement aux simulations de conflits armés et pas à tous les jeux vidéo. Certaines de ces simulations sont d'ailleurs conçues et produites par des sociétés qui développent des champs de bataille virtuels destinés à l'entraînement des forces armées, dont le droit des conflits armés fait partie intégrante.

La XXXIe Conférence internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge s'est-elle exprimée sur ce point ?

L'objectif global de la XXXIe Conférence internationale, réunie à Genève en novembre 2011, visait à renforcer le droit international humanitaire et l'action humanitaire. Au cours d'un événement parallèle, les participants ont examiné la question du droit international humanitaire dans les simulations de guerre. Ils ont envisagé différentes possibilités qui permettraient d'inclure les règles du droit de la guerre dans les simulations. Il s'agissait d'une discussion informelle. Aucune résolution, aucun plan d'action n'a été adopté.