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Colombie : le CICR élabore un modèle pour atténuer la violence urbaine à Medellín

27-12-2012 Interview

Dans huit quartiers de la ville de Medellín, le CICR a lancé le projet intitulé « Más espacios humanitarios, más alternativas » (plus d’espaces humanitaires, plus de solutions) afin d'atténuer les effets de la violence armée dans les communautés. L'initiative, qui durera quatre ans, est mise en œuvre depuis 2011 en association avec la section d'Antioquia de la Croix-Rouge colombienne et en coordination avec d'autres institutions publiques et privées. Arrivé au terme de sa mission en Colombie, Stéphane Jacquier, chef du projet, fait un bilan de la situation humanitaire dans la ville et des activités qui y sont menées par le CICR.

Comment décririez-vous la situation humanitaire qui a amené le CICR à réaliser ce projet à Medellín ?

Dans la ville, les conséquences de la violence armée sont parfois plus graves que dans les zones rurales où le CICR travaille habituellement. La densité démographique est plus forte qu'à la campagne, et les acteurs armés sont présents au milieu des communautés. Il existe des frontières invisibles qui entravent non seulement la circulation des personnes mais aussi l'accès à l'éducation et aux soins de santé. En outre, les conséquences sur le plan humanitaire sont similaires à celles d'un conflit armé : il y a des homicides, des blessés, des disparitions forcées, des menaces, des déplacements intra-urbains, des enrôlements, de la violence sexuelle, des infractions contre la mission médicale, des spoliations ou des extorsions de fonds.

Que peut apporter le CICR dans de tels cas ?

Nous nous sommes rendu compte que nous pouvions jouer un rôle important pour contribuer à atténuer les conséquences humanitaires, du fait que nous sommes acceptés en Colombie. Par rapport à d'autres institutions, nous bénéficions d'atouts comme les contacts et le dialogue confidentiel avec les parties ennemies, et la possibilité de mener une action globale dans les communautés et de proposer des solutions aux souffrances causées par la violence armée au sein de la population.

Quels résultats avez-vous obtenus à ce jour ?

Nous élaborons un modèle d'intervention globale axé sur trois actions : prévention de la violence dans l'environnement scolaire, protection de la population et assistance aux communautés. La première consiste à intervenir auprès d'élèves de classes du sixième au neuvième degré, de leurs parents et de leurs enseignants. Conjointement avec la section d'Antioquia, nous leur parlons des normes de vie en commun, de résolution des conflits selon une approche créative, du danger que représentent les armes, de mesures d'autoprotection, de premiers soins, et de santé sexuelle et génésique. La deuxième action consiste à protéger la population : nous diffusons auprès des membres des forces de l'ordre les principes humanitaires et les normes relatives à l'emploi de la force, à l'arrestation et à la détention ; et nous visitons les établissements pénitentiaires et les centre éducatifs fermés pour mineurs. Nous voulons non seulement évaluer les conditions de détention et le traitement réservé aux détenus, mais aussi nous assurer que les jeunes ont accès à l'éducation et à des perspectives d'emploi, ce qui réduit les risques de récidive.

Réalisez-vous des programmes d'aide directe à la population ?

La dernière action porte précisément sur l'assistance aux communautés : nous essayons d'améliorer l'accès aux soins de santé, en même temps que nous formons les chefs de communauté à la santé sexuelle et génésique, ainsi qu'aux premiers soins, pour qu'ils relaient à leur tour l'information dans leur communauté. Les autres activités sont la gestion de l'assistance apportée à la population touchée par la violence, à travers les programmes sociaux existants, et la mise en place de moyens qui permettent de générer des revenus. Par exemple, au cours de cette première année, nous avons aidé une centaine de familles à gérer des microcrédits ; et un psychologue et un assistant social les accompagnent tout au long du processus.

Quel est le principal objectif d'une organisation comme le CICR dans les milieux urbains ?

Bien que le CICR soit présent depuis plus de 40 ans dans le pays, la nature de la violence armée dans les milieux urbains, ainsi que dans certaines zones rurales, fait que nous devons définir la manière d'accomplir notre mission humanitaire à la lumière d'un cadre juridique différent du droit international humanitaire. À Medellín, il a fallu commencer à zéro : nous faire connaître au sein des communautés et expliquer en quoi consistent nos principes de neutralité, d'impartialité et d'indépendance, pour que tout le monde comprenne comment nous pouvons venir en aide aux victimes de la violence armée.

Quels sont les résultats attendus au terme de la mise en œuvre du projet ?

Nous pensons que les activités de prévention, de protection et d'assistance sont indissociables. L'objectif ultime est d'articuler ce modèle d'intervention globale dans les zones touchées par la violence armée avec les initiatives publiques et privées existantes et de le reproduire pour atténuer mais aussi prévenir les violences.


Photos

Bogota. Stéphane Jacquier, chef sortant du projet Más espacios humanitarios, más alternativas, qui est mis en œuvre à Medellín. 

Bogota.
Stéphane Jacquier, chef sortant du projet « Más espacios humanitarios, más alternativas », qui est mis en œuvre à Medellín.
© CICR / Jequier, Pascal

Antioquia, Medellín. Certaines zones de Medellín sont le théâtre de violences armées qui ont des conséquences humanitaires pour la population civile. 

Antioquia, Medellín.
Certaines zones de Medellín sont le théâtre de violences armées qui ont des conséquences humanitaires pour la population civile.
© CICR