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Bosnie-Herzégovine : une course contre le temps

15-11-2010 Interview

En Bosnie-Herzégovine, le sort de plus de 10 000 personnes disparues pendant le conflit au début des années 1990 – soit sept sur dix personnes disparues dans les Balkans occidentaux – n’est toujours pas élucidé. C’est à l'Institut pour les personnes disparues (Missing Persons Institute - MPI ) à Sarajevo qu’il incombe de faire la lumière sur leur sort. Les directeurs de l’Institut ont rencontré le président du CICR, Jakob Kellenberger, à Genève, le 12 novembre 2010. Barbara Hintermann, chef des opérations du CICR pour l’Amérique du Nord, de l'Ouest, centrale et l’Europe du Sud-Est évoque les questions en jeu.

     
    ©NB pictures for the ICRC / N. Danziger / ba-e-00079      
   
    Tuzla. (Commission internationale pour les personnes disparues (CIPD). Le « Livre des effets personnels. » montre les articles personnels dans l’espoir que les membres de leur famille pourront identifier un proche porté disparu.      
               
    ©NB pictures for the ICRC / N. Danziger / ba-e-00073      
   
    Srebrenica. Le « Livre des effets personnels » a confirmé les craintes de Dzida : son mari et au moins un de ses fils étaient parmi les personnes mortes à Srebrenica. Voir « chronique de vies disparues » pour connaître son histoire.      
               
    ©NB pictures for the ICRC / N. Danziger / ba-e-00058      
   
    Mémorial de Srebrenica-Potocaril. Chaque stèle représente une victime identifiée. Quelque 8 000 Bosniaques musulmans ont été tués lors des massacres de Srebrenica.      
           
     
     
   
Barbara Hintermann      

          Quelles sont les questions les plus urgentes ?

Les familles des personnes disparues vivent une véritable course contre la montre. Elles vieillissent, et elles ont désespérément besoin de savoir, avant de mourir, ce qu’il est advenu de leurs proches ; elles veulent savoir pour transmettre à la génération suivante. C’est crucial pour que la réconciliation puisse avoir lieu.

Je reviens d'une visite à Belgrade, à Zagreb, à Sarajevo et à Pristina et j'ai entendu des personnes exprimer de tels sentiments. Un homme âgé, qui avait finalement reçu la dépouille de son fils, a déclaré : « Savoir ce qui est arrivé à mon fils c’est comme le ramener à la maison. » Cette parole à elle seule suffit pour montrer combien il est essentiel de savoir pour faire le deuil avec dignité. C’est seulement à cette condition que la paix de l'esprit peut être trouvée. Les autorités doivent prendre des mesures de toute urgence. Je le ressens chaque fois que je visite la région, et à chaque fois, un peu plus que la fois précédente.

Il est surtout très urgent d'accélérer le processus, c’est-à-dire trouver et fournir des informations sur les tombes qui viennent d’être découvertes et s'assurer que les exhumations et l'identification des dépouilles a lieu en temps opportun. Une autre priorité est de maintenir le soutien psychosocial et l’accompagnement des familles qui continueront de souffrir tant que le sort de leurs proches disparus ne sera pas élucidé.

  Comment accélérer le processus ?    

Les autorités de Bosnie-Herzégovine doivent fournir tous les renseignements en leur possession susceptibles d’aider à élucider le sort des personnes disparues. Elles doivent faire des recherches dans leurs archives et partager ce qu’elles trouvent avec l’Institut des personnes disparues. C’est le devoir que leur dicte le droit international humanitaire.

  Comment l’Institut pour les personnes disparues y contribue-t-il ?  

Le MPI a été créé en 2004, par une décision des deux « entité gouvernemental es » : la Fédération de Bosnie-Herzégovine et la Republika Srpska. C'est une institution nationale et multi-ethnique, ce qui garantit son impartialité. Le MPI est responsable du processus d’exhumation et d'identification des dépouilles ; il fournit également un soutien psychologique aux familles des personnes disparues. Il importe que l'Institut dispose de tout le soutien politique et financier nécessaire des autorités. Il est essentiel aussi qu'il reçoive toutes les informations disponibles sur l'emplacement de sépultures.

J'aimerais souligner que le taux de réussite de l'identification personnes disparues dans les Balkans occidentaux, y compris en Bosnie-Herzégovine, est beaucoup plus élevé que partout ailleurs dans le monde. Le MPI y contribue depuis sa création. Il établit aujourd’hui une base de données centrale, consolide les données recueillies par diverses organisations concernées par le règlement du sort des personnes disparues. C'est une tâche énorme qui prendra du temps.

  Quelle est l’aide fournie par le CICR ?  

Le CICR fournit un soutien technique et matériel à l'Institut. Nous avons invité les trois directeurs du MPI à Genève pour des discussions avec divers experts. Nous avons aussi organisé une visite pour eux au Service international de recherches à Bad Arolsen. Nous espérons qu'ils retourneront à Sarajevo avec des idées neuves pour leur travail. Il est rassurant de voir comment les trois directeurs ont travaillé, avec un but commun, sans se laisser influencer par des questions d’'origine ethnique.

  Quel a été le message du président du CICR aux directeurs de l'Institut ?  

Notre président les a assurés de l'appui du CICR et de son engagement à aider à élucider le sort des personnes disparues en Bosnie-Herzégovine. Il a reconnu la contribution du MPI, et l’a encouragé à renforcer le fonctionnement de l'Institut afin qu'il puisse apporter aux familles un soutien à la fois adéquat et durable.