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Promouvoir le travail du Service international de recherches en Europe de l’Est

17-12-2010 Interview

Une grande partie des documents sur les victimes des persécutions nazies conservés dans les archives du Service international de recherches (SIR) proviennent d’Europe de l’Est. Avec le concours du CICR, le SIR s’efforce de mieux faire connaître ce fait dans la région. Udo Wagner-Meige, collaborateur du CICR et conseiller du SIR, répond à nos questions.

     

     
   
     
         

  Les archives du SIR ont été ouvertes au public en novembre 2007. Quel a été l’impact sur les activités du service ?  

Cette ouverture a apporté au service une catégorie totalement nouvelle de « clients », les chercheurs, qui se sont ajoutés aux utilisateurs habituels du service, à savoir les victimes et leurs familles. Alors que ces dernières recherchent généralement des informatio ns sur des personnes, les chercheurs s’intéressent à une vaste gamme de sujets historiques. Le SIR a donc dû adapter ses procédures de travail à ces nouvelles demandes. Il a fallu ajuster les critères de recherches et prendre des décisions permettant de trouver un équilibre entre la nécessité de protéger des données personnelles sensibles et la nécessité de mettre à la disposition du public les informations indispensables aux recherches historiques.

     
     
   
    Le Service international de recherches (SIR), basé à Bad Arolsen, en Allemagne, est dirigé par la Commission internationale pour le Service international de recherches, qui comprend 11 États membres (Allemagne, Belgique, États-Unis d’Amériques, France, Grèce, Israël, Italie, Luxembourg, Pays-Bas et Royaume-Uni), conformément aux Accords de Bonn de 1955 et à leur Protocole d’amendement de 2006. Depuis 1955, le SIR est administré par le CICR, au nom de la Commission internationale, et financé par l’Allemagne. Ses archives contiennent plus de 30 millions de documents datant de la période nazie et des années qui ont immédiatement suivi, concernant le sort de plus de 17,5 millions de personnes.      
           
 

 Pourquoi vous concentrez-vous sur des pays de l’ex-Union soviétique ?  

Durant la guerre froide, le SIR se trouvait en Europe occidentale. Par conséquent, il était difficile, voire impossible, pour les victimes du bloc soviétique et leur famille de s’y rendre. Pour compenser, le SIR et le CICR déploient aujourd’hui des efforts concertés visant à mieux faire c onnaître le service dans trois pays qui appartenaient auparavant à l’Union soviétique : l’Ukraine, le Bélarus et la Fédération de Russie. De grandes parts de ces zones étaient occupées par l’Allemagne nazie, et le nombre de victimes y est très élevé.

Cette initiative du SIR, qui vise les derniers représentants de la génération des survivants, a pour objectif de garantir que toutes les personnes qui le désirent puissent prendre contact avec le service. Comme les archives ont été rendues publiques, ceux qui déposent des demandes peuvent maintenant recevoir des copies des dossiers qui documentent leur propre vie ou le sort d’un de leur proche sous le régime national-socialiste. Auparavant, ils n’auraient reçu qu’une page exposant le strict minimum. De plus, le SIR peut aujourd’hui recevoir et traiter des demandes en russe, ce qu’il ne pouvait pas faire auparavant.

Le SIR reçoit-il encore des demandes individuelles des victimes ou de leurs proches, 65 ans après la fin de la guerre ?  

Dans les territoires de l’ex-Union soviétique occupés par l’Allemagne nazie, 25% de la population civile est décédée. Par conséquent, aujourd’hui encore, pratiquement tous les habitants comptent un proche disparu ou décédé durant cette période. Les survivants sont encore parmi nous et ils veulent transmettre leurs connaissances avant qu’elles ne disparaissent avec eux. Mais de plus en plus de demandes sont aussi déposées par des membres de la jeune génération, ce qui montre que le besoin de comprendre le passé reste très important.

Que faites-vous pour mieux faire connaître le SIR dans les pays de l’ex-Union soviétique ?  

Cinq missions conjointes CICR-SIR ont été menées l’an dernier à Moscou, Kiev et Minsk, afin d’établir des relations avec d’autres archives couvra nt la même période ou le même sujet, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge – les partenaires les plus importants du SIR – et les associations de victimes ainsi que les institutions de recherches. Divers projets de coopération ont été proposés et certains d’entre eux se concrétisent déjà.

Ces missions ont-elles eu un impact ?  

La tendance est claire : il y a eu une recrudescence de demandes de ces pays. Le SIR est fier de pouvoir proposer son site Internet en russe depuis mai 2010. Le nombre de visites sur ce portail a quadruplé après les récentes missions effectuées dans la région. Ceux qui le désirent peuvent remplir en ligne un formulaire de demande en russe. Tout le service est gratuit pour les survivants et leurs proches.

Le CICR se retirera du SIR fin 2012. Quelles seront les conséquences pour le service ?  

Avec l’ouverture des archives à des fins de recherches, le travail du SIR se concentrera de plus en plus sur les recherches historiques, la documentation, la gestion des archives et l’éducation. Ces activités, qui vont bien au-delà de la tâche initiale du SIR (fournir des services de recherches), ne relèvent pas des responsabilités essentielles du CICR.

C’est pour cette raison que le CICR a conclu un accord avec les 11 membres de la Commission internationale pour le Service international de recherches, son organe directeur (voir encadré), prévoyant son retrait de sa fonction administrative avant fin 2012. Cela ouvrira la voie à l’adoption d’une structure de gestion adaptée à la nouvelle situation. Des négociations sont en cours avec les archives fédérales d’Allemagne, dans le but de conclure un accord établissant que l’institution collaborera avec le SIR et lui fournira des conseils.

Le CICR restera associé au SIR, car il jouera un rôle d’observateur et continuera de le faire profiter de ses compétences en matière de recherches.