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Côte d'Ivoire : veiller aux besoins des détenus

14-01-2011 Interview

Dans la période troublée que traverse le pays depuis le 28 novembre dernier, le CICR a renforcé ses visites aux personnes détenues. En 2004, face à un taux de malnutrition élevé dans certaines prisons, le CICR a lancé un important programme nutritionnel en soutien aux autorités pénitentiaires. Valérie Aubert, coordonnatrice de ces activités, explique.

 
       
    ©CICR/K. Panglungtshang      
   
    Abidjan. Une déléguée du CICR et l'équipe de la CRCI entrant la Maison d'Arrêt et Correction d'Abidjan (MACA).      
           
   

       
    ©CICR/K. Panglungtshang      
   
    Abidjan. Un volontaire de la CRCI en train d'assister un détenu à la désinsectisation.      
           
   

       
    ©CICR/K. Panglungtshang      
   
    Abidjan. Une déléguée du CICR lors d'un entretien sans témoin.      
           
   

   
   
     
    ©CICR      
   
    Valérie Aubert      
          Dans le contexte actuel de violences post-électorales, le CICR a-t-il pu accéder à tous les détenus ?

Depuis fin novembre, nos délégués ont répété leurs visites aux personnes détenues en relation avec la crise post-électorale dans les prisons et dans les lieux de détention provisoires tels que les postes de gendarmerie, da ns l'ensemble du pays et en particulier à Abidjan. Les proches des personnes arrêtées nous contactent et nous suivons ces allégations d'arrestations directement auprès des autorités détentrices compétentes, avec lesquelles nous entretenons des rapports de confiance basés sur un dialogue de longue date.
 
Jusqu'à présent nos visites ainsi que les entretiens sans témoins avec les personnes détenues ont été en général bien acceptés par les autorités détentrices. La priorité pour le CICR est de visiter les détenus dans les meilleurs délais et, s'ils le souhaitent, d'informer leurs proches de leur détention.
 
Depuis le début de la crise, les délégués du CICR ont pu visiter plus de 370 détenus et ont effectué plus de 300 appels téléphoniques afin de notifier les familles de la situation de leurs proches.
 
  Comment venez-vous en aide aux personnes qui sont sans nouvelles de leurs proches à cause de la crise ?

Le CICR a ouvert une ligne téléphonique, disponible 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, où un délégué est à l'écoute des familles qui sont sans nouvelles de leurs proches depuis les derniers événements. Les familles peuvent également s’adresser à notre délégation située au quartier des Deux Plateaux à Abidjan, ainsi qu’à nos bureaux à Gagnoa, Guiglo, Man, Korhogo et Bouaké.
 
Tous les appels et contacts sont traités de manière confidentielle. Au besoin et uniquement avec l'accord des familles, le CICR demande aux autorités concernées des informations sur les proches dont ces familles sont sans nouvelles.
 
  Quels sont les problèmes principaux que le CICR a pu observer depuis qu'il visite des détenus en Côte d'Ivoire ?

La priorité du CICR lors de ses visites est d'assurer que le s droits des détenus soient respectés et les besoins de base de chaque détenu satisfaits. Il s'agit notamment de veiller à un traitement digne et humain, une alimentation suffisante en qualité et quantité, d'assurer l’accès à des soins de santé appropriés, à l’eau potable, à un espace de vie suffisant. Les détenus ont aussi droit à un jugement sans retard.
 
Malheureusement, la situation nutritionnelle des détenus dans beaucoup des prisons en Côte d'Ivoire ainsi que leur accès aux soins médicaux demeure problématique, voire même critique dans certains lieux. Le problème est chronique et aggravé par certains dysfonctionnements du système carcéral. Concrètement, plus de 12 000 détenus sont aujourd'hui incarcérés dans les prisons en Côte d'Ivoire alors que la capacité officielle est de 6 700. Ce surpeuplement est notamment dû au grand nombre de personnes qui sont en détention préventive, donc toujours dans l'attente d'un jugement.
 
Le CICR reste vivement préoccupé par tous ces problèmes humanitaires. Il soutient les autorités pénitentiaires et judiciaires dans leurs efforts visant non seulement à améliorer les conditions de détention mais aussi à accélérer le processus judiciaire.
 
  En quoi consiste concrètement le programme nutritionnel du CICR dans les prisons ? Quel est le bilan de ce programme et quel est son avenir ?

Le taux de malnutrition des détenus est élevé dans neuf prisons de Côte d'ivoire. Le CICR y soutient le travail des autorités détentrices en délivrant chaque jour des rations supplémentaires de nourriture aux personnes malnutries. A l’heure actuelle, plus de 900 détenus vulnérables bénéficient de ce programme, permettant ainsi de réduire le nombre de décès dans les prisons à cause de la malnutrition et de maintenir la santé des détenus les plus fragiles.
 
Le CICR mène à bien ce progra mme nutritionnel en étroite coordination avec les autorités pénitentiaires, car c'est à elles qu'incombe la responsabilité première de la prise en charge des détenus. Le programme, lancé en 2004, est mis en œuvre pour les détenus de sept prisons dans le sud avec l'appui des volontaires de la Croix-Rouge de Côte d'Ivoire et pour les détenus de deux prisons dans le nord avec l'association Sainte Camille. Face à une situation similaire, le CICR avait déjà développé un programme de soutien nutritionnel à la fin des années'90.
 
Au vu de la situation qui prévaut aujourd'hui en Côte d'Ivoire, le CICR se voit contraint de poursuivre son assistance en nourriture pour ces détenus. Il pourrait même être amené à la renforcer à l'avenir.
 
Nous poursuivons également des programmes d'assistance dans le domaine de l'eau et l'assainissement, ainsi que de la santé. Nos équipes facilitent notamment l'accès à l'eau potable et conduisent des campagnes de désinsectisation régulières dans les prisons afin d'en améliorer l'hygiène.