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Défis financiers : la réponse du CICR

27-04-2011 Interview

Yves Daccord, directeur général du CICR, explique comment l'organisation entend répondre à des besoins humanitaires en augmentation, alors que les budgets des donateurs sont sous pression.

On assiste aujourd'hui à une augmentation des besoins humanitaires, parallèlement à une baisse du financement global des organisations humanitaires. Comment imaginez-vous remédier à cette situation ?    

Nous traversons en effet une période très difficile. Depuis quelques mois, les co nflits armés et la violence interne se sont multipliés dans le monde. C'est notamment le cas en Libye et en Côte d'Ivoire, où le CICR est parmi les rares organisations présentes sur le terrain, au cœur des combats. Il fournit une assistance vitale – médicaments, matériel médical, vivres, eau – aux habitants de Misrata et d'Abidjan. Face à la dégradation spectaculaire de la situation humanitaire dans plusieurs régions du monde, en particulier au Moyen-Orient, le CICR a dû, depuis 2010, intensifier ses activités et élargir son champ d'action. Et ce, pour répondre aux besoins les plus pressants de femmes, d'hommes et d'enfants touchés par des situations de violence ou de conflits armés, anciens ou nouveaux. Nous pensons à des pays tels que la Libye, la Tunisie et la Syrie, ou encore le Yémen, l'Afghanistan et la République démocratique du Congo, pour n'en citer que quelques-uns. Rappelons que le CICR est présent dans plus de 80 pays à travers le monde.
 
Parallèlement, la crise économique mondiale met à plus rude épreuve encore le budget de quelques-uns de nos principaux donateurs. En d'autres termes, il est fort probable que les fonds disponibles cette année pour l'action humanitaire globale soient inférieurs à ceux des années précédentes. Or, plus de 90 % du budget du CICR est couvert par les États parties aux Conventions de Genève.

Ne vous êtes-vous pas montrés trop optimistes en proposant votre budget 2011 ?  

Notre budget record pour 2011 − qui s'élève à 1,046 milliard de francs suisses pour les opérations terrain et à 183,5 millions pour les activités du siège – reflète fidèlement les besoins humanitaires identifiés par nos délégations sur le terrain, ainsi que notre capacité à y répondre efficacement. Certes, nous avons toujours su qu'il serait plus difficile de financer notre budget cette année que les années précédentes. Mais les pressions financ ières qui pèsent sur certains États donateurs et le caractère imprévisible des violences et des troubles qui agitent le Moyen-Orient ont aggravé la situation.

Toutefois nous pensons que nos donateurs sauront nous apporter le soutien dont nous avons besoin, même si des ajustements s’imposent au vu de la conjoncture actuelle.

Est-ce la première fois que le CICR fait face à une telle situation ?  

Non, ce n’est pas la première fois. À la fin des années 1990, le CICR avait déjà rencontré certaines difficultés pour financer ses opérations. Ces dix dernières années, toutefois, l'institution a pu compter sur un soutien important de la part de ses donateurs, obtenant ainsi un financement de qualité pour ses activités sur le terrain comme au siège. À travers notre accès aux populations vulnérables, notre approche fondée sur des principes et notre réponse humanitaire rapide et adéquate, nous sommes en mesure de satisfaire les attentes en termes d’assistance et de protection des personnes touchées par les conflits. C’est grâce à cela que nous avons pu et que nous pourrons nous assurer le soutien permanent de nos donateurs.

Quelles mesures le CICR compte-t-il prendre ?  

Malgré la conjoncture difficile liée à l’accroissement des besoins humanitaires à un moment où le volume des contributions des donateurs diminue, le CICR reste déterminé à maintenir ses objectifs opérationnels tels qu’il les a fixés pour 2011. Notre priorité sera toujours de répondre aux besoins humanitaires qui découlent des conflits armés et autres situations de violence partout dans le monde. À cette fin, différentes mesures sont envisagées.

Premièrement, nous nous employons déjà activement à développer et à diversifier les sources de financement du CICR.

Deuxièmement, afin de faire le meilleur usage des ressources di sponibles, nous sommes sur le point d’adopter des mesures durables. Il s’agira notamment de privilégier certaines activités sur le terrain et au siège, et/ou d’en suspendre d’autres. Autrement dit, le CICR étudie différents scénarios, notamment des réductions de budget. Ces économies pourraient s’élever à 80 millions de francs suisses s’agissant de nos opérations sur le terrain (sur un budget initialement devisé à 1,046 milliard) et à 3,5 millions de francs pour le siège (sur un budget initial de 183,5 millions). Même si ces coupes deviennent effectives, notre budget global révisé excédera toujours celui de 2010.

Le CICR envisage-t-il de repenser sa stratégie de financement ?  

Oui. Nous avions d’ailleurs déjà envisagé de le faire au vu des mutations rapides que connaît notre monde. Les événements qui se sont produits dernièrement sur la scène internationale confortent le CICR dans sa volonté d’aller dans cette direction. Aussi étudions-nous des possibilités de mobiliser davantage les États donateurs traditionnels et de diversifier nos sources de financement. Nous envisageons ainsi de nous tourner de manière proactive vers les États émergents et vers certains acteurs clés du secteur privé.

Quand serez-vous en mesure d'en dire plus sur l'ampleur des réductions budgétaires ?  

La décision définitive concernant la nature et l’ampleur de nos réductions budgétaires pour les opérations sur le terrain et les activités du siège sera prise d’ici fin mai. Nous aurons alors une idée plus claire de la situation financière globale de l’institution, de même que du montant consolidé des contributions annoncées par nos principaux donateurs.

Les coupes budgétaires à venir n’ont d’autre but que de nous donner les moyens de répondre le plus efficacement possible aux besoins des personnes vulnérables dans les régions du monde en proie à des conflits.




Photos

Yves Daccord, directeur général du CICR 

Yves Daccord, directeur général du CICR
© CICR