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Séisme en Haïti : une année après, le CICR continue de chercher les familles d’enfants séparés

06-01-2011 Interview

Depuis le 12 janvier 2010, le CICR a enregistré en Haïti 146 enfants séparés de leur famille. À ce jour, 59 d’entre eux ont été réunis avec leurs familles et 21 mis en contact avec des proches. Chacun de ces cas représente une longue et méticuleuse recherche, beaucoup de travail administratif, de nombreux déplacements et par-dessus tout, le souci permanent de préserver les droits des enfants séparés. Isabelle Jeanneret, responsable du programme de rétablissement des liens familiaux du CICR en Haïti, explique les enjeux de ce programme, porteur de tant d’espoir.

En quoi consiste votre travail de rétablissement des liens familiaux ? Est-ce que le cas de Haïti est particulier ?  

Le CICR travaille le plus souvent dans des situations de conflit armé. Dans le cas de Haïti, il s'agit d'une catastrophe naturelle, mais nos modalités de travail sont les mêmes : nous entamons une recherche familiale, soit lorsqu'un enfant non accompagné ou séparé recherche ses parents, soit lorsqu'un des parents est à la recherche de son enfant.

Après le séisme du 12 janvier, des équipes de secouristes du monde entier sont venues à l’aide de la population haïtienne. Certains ont évacué dans l’urgence des enfants en bas âge, sans toujours prendre leurs noms ou celui de leurs parents. Ainsi, en plus des enfants séparés de leurs parents qui ont été enregistrés en Haïti, d’autres avaient été évacués en France, aux États-unis ou dans les pays limitrophes. Pour cette raison, nous avons dû, beaucoup plus que dans d’autres contextes, travailler avec un grand nombre d’autres organisations du Mouvement international de la Croix-Rouge – la Croix-Rouge haïtienne, bien évidemment, mais également les Croix-Rouge américaine, française, canadienne, ou dominicaine… la recherche en réseau, c’est notre grand atout !

 Comment le programme de recherche familiale a-t-il évolué depuis janvier 2010 ?  

Juste après le séisme, la priorité a été de mettre en contact des milliers de familles avec leurs proches en Haïti et à l’étranger. Nous avons alor s installé des antennes mobiles offrant aux sinistrés un accès à Internet et à des téléphones satellites. A l’époque plus de 6 000 personnes se sont inscrites comme « saines et sauves » sur un site web spécialement mis en place par le CICR.

Une fois les moyens de communication rétablis dans le pays, les équipes de recherche du CICR, soutenues par les volontaires de la Croix-Rouge haïtienne, se sont concentrées pleinement sur la recherche familiale en faveur des enfants séparés, un travail de longue haleine qui demande beaucoup d’écoute et de patience.

Aujourd’hui, une grande partie de notre travail est terminée, mais nous suivons toujours une quarantaine de cas. Il s’agit, en autre, d’enfants – comme ceux qui se trouvent en Martinique et en Guadeloupe – qui sont en contact avec leurs familles mais dont la réunification n’est pas encore possible pour des raisons administratives ou de suivi médical.

Les dossiers individuels restant sont les plus difficiles à résoudre : nous avons déjà essayé presque tous les moyens à notre disposition et la recherche n'a pas encore abouti.

  Quelles difficultés avez-vous rencontrées?  

Une des plus grandes difficultés dans ce travail est de collecter suffisamment d’informations pour la recherche des parents des enfants les plus petits, ceux qui ne savent pas encore parler. Pour résoudre les cas de ces enfants nous avons fait une campagne d'affiches avec leurs photos.

  Quels ont été les moyens de recherche les plus efficaces ?  

C'est le travail de « détective porte-à-porte» de nos collègues : ils repèrent les lieux de la séparation, parlent aux voisins, visitent l'ancienne adresse où l’école, demandent à chacun « est-ce que vous le connaissez? » , etc.

Pour les cas les plus difficiles, les plus petits, les enfants qui ne peuvent nous donner des informations assez précises ou dont la maison a été détruite et la famille déplacée, nous diffusons des affiches avec leurs photos. La première campagne d'affiches a bien fonctionné, 8 enfants sur 17 ont retrouvé leur famille. Maintenant nous lançons une deuxième affiche, avec les cas les plus difficiles et j’espère que nous pourrons ainsi en résoudre d’autres.

  Que va-t-il se passer avec les enfants pour lesquels vous avez épuisé tous les moyens de recherche ?  

Si nous n’arrivons pas à retrouver leurs familles, certains enfants resteront sans doute dans leurs familles d’accueil (à condition que l’enfant et la famille soient d’accord) ou dans les centres où ils sont actuellement placés. Pour les autres, nous allons continuer de chercher des centres d’accueil et, le cas échéant, les remettre à l’IBERS (Institut du Bien-Etre et de Recherche Sociale), un établissement qui dépend du Ministère des affaires sociales d’Haïti. Mais nous n'en sommes pas encore à ce stade. Tant que les recherches continuent nous gardons l’espoir.


Lire aussi l'histoire d'Adems alias Samuel.


Photos

 

Isabelle Jeanneret avec le petit Adems qui a retrouvé sa famille grâce au CICR. Lire aussi l'histoire d'Adems alias Samuel.
© CICR

 

Grâce à un téléphone satellite du CICR, une femme rassure ses proches sur son état, quelques jours après le séisme.
© CICR

 

Une femme regarde une affiche distribuée par le CICR pour faciliter la recherche des cas les plus difficiles. A gauche se trouvent les photos des enfants à la recherche de leurs familles et à droite, ceux recherchés par leurs parents.
© CICR