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Des universitaires indonésiens comparent les dispositions du DIH aux règles de l’islam

15-02-2011 Interview

Fin 2010, la délégation régionale du CICR à Jakarta a organisé un cours d'introduction au droit international humanitaire (DIH) à l’intention d'une trentaine d'universitaires de diverses institutions académiques indonésiennes. Ameur Zemmali, du CICR, a participé à cet important événement qui s'est tenu à l’Universitas Muhammadiyah, dans la région de Sumatra du Nord.

     
    ©CICR/Usnu      
   
Sumatra, Indonésie. M. Ameur Zemali (à gauche) donnant une conférence sur le DIH et l'islam lors d'un atelier organisé à l’intention d'universitaires indonésiens      
           

Diplômé de la Faculté de droit de Tunis et docteur en droit de l’Université de Genève, Ameur Zemmali travaille pour le CICR depuis plus de vingt ans, au siège et sur le terrain. Il a donné de nombreux séminaires, conférences et cours sur le droit international humanitaire (DIH), notamment sur la relation entre le DIH et la jurisprudence islamique. Il est actuellement conseiller pour les questions relatives au monde musulman à la délégation du CICR à Amman, en Jordanie.

Quels sont les principaux sujets qui ont été abordé pendant le cours ?  

Ce cours sur le DIH est le premier à avoir été organisé en Indonésie à l'intention des professeurs d’études islamiques. Il a couvert les principaux aspects du DIH : la protection générale et la protection spécifique conférées aux personnes et aux biens en temps de conflit armé ; les principes de base relatifs aux moyens et méthodes de guerre ; les mécanismes de mise en œuvre du DIH (avec les compétences nationales et internationales) ; et la relation entre le DIH et le droit des droits de l’homme. Ces points ont été abordés en établissant des comparaisons avec les règles de l’islam.

Selon vous, pourquoi cette formation de quatre jours a-t-elle été si importante pour les participants ?  

Nous avons vu à quel point les participants attendaient de recevoir des informations fiables sur le DIH. Ils ont salué l'attention particulière que le CICR accorde aux préceptes humanitaires de l’islam. Cette formation a été l’aboutissement des démarches que le CICR a entreprises ces dernières années dans plusieurs régions d’Indonésie, en collaboration avec plusieurs institutions académiques islamiques. Ce cours est un exemple concret du travail de coopération qui a été engagé. 

À l'issue de ce cours, qu'attend le CICR des participants et des institutions académiques qu'ils représentaient ?  

Dans un pays comme l’Indonésie, si étendu et si divers, il nous faut absolument élargir et stimuler la coopération ces prochaines années. Les participants ont manifesté leur volonté d’intégrer le DIH à leurs programmes et de l’étudier de manière plus approfondie. À l’avenir, nous organiserons peut-être des formations sur certains sujets plus précis. Nous nous emploierons aussi à élargir les connaissances des théologiens musulmans, en prenant en compte leur bagage théorique.

Le CICR prévoit-il d’organiser, en Indonésie ou dans la région, d’autres formations similaires à l’intention des professeurs d’études islamiques, ou d’autres types d’activités ?  

Les participants ont clairement exprimé la nécessité de telles formations, et nous pensons qu’il est important d’y donner une suite au sein de leurs institutions respectives. Il faut rappeler que le CICR avait fait participer des intellectuels indonésiens à la première conférence internationale sur « l’islam et le DIH », qui s'était tenue à Islamabad en octobre 2004. D’une manière ou d’une autre, la participation à ces formations renforcera la représentation de l'Indonésie à l’étranger dans les forums et les réunions consacrées au DIH.

Comment avez-vous personnellement contribué au développement de la coopération du CICR avec les théologiens musulmans ?  

Les enseignements qui ont été tirés de nombreuses années de coopération avec les théoriciens et les oulémas des pays musulmans confirment qu’une solide connaissance théorique du DIH et du droit islamique est essentielle pour garantir la continuité et la promotion d'une telle coopération. Nous avons approfondi et élargi notre dialogue avec les oulémas en respectant pleinement leur identité, leurs opinions et leur science. Tout en soulignant les similarités entre les règles du DIH et celles de l'islam sur le même sujet, nous encourageons les chercheurs et les professeurs musulmans à étudier et enseigner le DIH, et à publier des articles sur le sujet, et à cette fin, nous leur fournissons de la documentation. Maintenir, élargir et renforcer le dialogue et les contacts avec les milieux académiques islamiques exige une vision claire fondée sur une analyse à la fois rétrospective et prospective, et surtout une grande capacité d’écoute.

 

DIH : 15 ans de partenariat avec le monde académique indonésien     

En Indonésie, le CICR fait la promotion du droit international humanitaire (DIH) dans les milieux académiques depuis 1997, en partenariat avec les principales institutions publiques et privées du pays. Son but est d’atteindre les décideurs et les faiseurs d’opinion de demain.   La délégation régionale organise régulièrement des formations sur le DIH, ainsi que des séances d’information et des re ncontres auxquelles participent des universitaires et des étudiants en droit, en sciences sociales et politiques et en études islamiques, ainsi que des représentants de l'école nationale d’administration. Elle facilite aussi la participation de ces personnes aux conférences, ateliers et séminaires nationaux et internationaux. De nombreuses universités ont ainsi intégré le DIH à leurs programmes et permettent de l’étudier, soit en tant que matière à part entière, soit dans le cadre d'une autre matière.   Afin de susciter un intérêt accru pour le DIH et d’évaluer le niveau de connaissance qu'en ont les étudiants, le CICR organise chaque année différentes manifestations, parmi lesquelles un concours de plaidoirie et un débat national sur le DIH, en coopération avec la Société indonésienne de droit international. Le nombre d'universités participant à ces événements ne cesse de croître.   En outre, le CICR est régulièrement invité à donner des conférences à l'Académie militaire et dans les écoles de l'armée de terre, de l'air et de la marine indonésiennes, dont l’intérêt pour le DIH ne cesse de croître.