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Irak : la situation demeure incertaine pour les résidents du camp d'Ashraf

13-12-2011 Interview

Le camp d'Ashraf, situé à 80 km au nord-est de Bagdad, abrite plus de 3 000 Iraniens membres de l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien. Ces derniers mois, les autorités irakiennes ont répété qu'elles comptaient fermer le camp fin 2011. Beat Schweizer, chef de la délégation du CICR en Irak, décrit le rôle du CICR et sa réponse face à cette situation.

Les autorités irakiennes ont indiqué qu'elles allaient fermer le camp fin 2011. Quelle est la position du CICR à ce sujet ?

Le CICR se félicite de l'engagement pris par les autorités irakiennes de ne pas transférer en Iran, contre leur gré, les résidents du camp d'Ashraf ; et il continuera de suivre de près la situation pour s'assurer que les autorités irakiennes respectent leur engagement. Il continuera aussi d'inciter les autorités à remplir leur obligation de protéger la dignité ainsi que le bien-être physique et mental des résidents du camp. S'il est vrai que les résidents du camp d'Ashraf doivent respecter les lois et les règlements irakiens, il est également vrai que les autorités irakiennes doivent faire respecter les droits fondamentaux de ces personnes, tout comme elles le feraient pour n'importe qui d'autre sur le territoire irakien. En outre, elles doivent faire en sorte que les résidents du camp d'Ashraf aient accès, en toutes circonstances, à l'eau, aux produits alimentaires et aux services de base tels que les soins de santé.

Je tiens à souligner que le CICR ne fait partie d'aucun mécanisme visant à fermer le camp ou à en transférer les résidents, et qu'il maintiendra sa position sur ce point.

Que fera le CICR en cas de recours à la force pour transférer les résidents du camp d'Ashraf ?

Le CICR continuera d'appeler toutes les parties concernées à s'abstenir d'employer la force et à respecter le droit applicable. Tout emploi de la force doit être conforme aux principes internationalement reconnus régissant les opérations de maintien de l'ordre ; c'est là une obligation légale. Et la dignité humaine doit être respectée quoiqu'il arrive.

Que fera le CICR si des résidents sont arrêtés ?

Le CICR est prêt à visiter toutes les personnes du camp d'Ashraf qui seraient détenues par les autorités irakiennes. Nous évaluerions leurs conditions de détention et le traitement qui leur serait réservé, et les aiderions à rétablir le contact avec leurs proches, au moyen des message Croix-Rouge par exemple. Le CICR visite déjà régulièrement des détenus en Irak, et nous offririons la même assistance à tous les détenus provenant du camp d'Ashraf.

En 2009, le CICR a visité 36 résidents d'Ashraf détenus par les autorités irakiennes. En avril 2011, il a visité six personnes arrêtées en relation avec les affrontements entre les forces de sécurité irakiennes et les résidents du camp. Les autorités ont relâché ces six personnes peu après leur mise en détention.

Que fait le CICR pour les résidents du camp d'Ashraf qui demandent l’asile et veulent être réinstallés dans un pays tiers ?

Nous facilitons le rapatriement des anciens résidents du camp d'Ashraf qui souhaitent retourner en Iran. Depuis 2003, le CICR a pris des dispositions pour rapatrier plus de 250 résidents du camp d'Ashraf dans leur pays d'origine, en coopération avec sa délégation à Téhéran. En 2011, il a contribué à rapatrier sept anciens résidents, les derniers rapatriements ayant eu lieu en août.

Le CICR est prêt à poursuivre ses efforts pour rapatrier en Iran les résidents du camp d'Ashraf, à leur demande, avec leur consentement et en accord avec les autorités irakiennes et iraniennes. Si les résidents du camp veulent demander l'asile ou être réinstallés dans un pays tiers, le CICR les orientera vers le HCR. Nous pouvons offrir une aide directe dans certains cas, par exemple en délivrant des documents de voyage une fois que les autorités d'un pays donné ont convenu d'accepter une personne. Le CICR peut également faciliter les contacts avec des proches à l'étranger.

Quelle était la réponse du CICR face aux affrontements d'avril dernier entre les forces irakiennes et les résidents du camp ?

Le CICR a maintenu un dialogue permanent avec les autorités irakiennes pour s'assurer que l'emploi de la force par les autorités de police soit conforme aux normes régissant les opérations de maintien de l'ordre. Nous avons également envoyé des assortiments de matériel de pansement à l'hôpital de Baquba, où les victimes étaient soignées, et visité six résidents arrêtés par les autorités irakiennes au cours des affrontements.

Quelle est la situation actuelle dans le camp d'Ashraf ?

Le CICR n'a pas effectué récemment de visites dans le camp d'Ashraf. C'est la Mission d'assistance des Nations Unies pour l'Irak qui surveille actuellement la situation sur place.

Le CICR demeure résolu à fournir une aide humanitaire indépendante aux résidents et à leur famille. Bien que nous ne disposions pas de chiffres précis, nous estimons à plus de 3 200 le nombre de personnes installées dans le camp.