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La délégation régionale du CICR au Koweït

01-09-2011 Interview

La délégation régionale du CICR au Koweït couvre les six pays du Conseil de coopération du Golfe, à savoir le Royaume d'Arabie saoudite, le Koweït, le Royaume de Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis et le Sultanat d'Oman. Le chef de la délégation, Gérard Peytrignet, présente les activités menées par le CICR dans cette région, en rapport notamment avec le « printemps arabe », et lors de la récente escalade de violence à Bahreïn.

Dans quelles circonstances la délégation régionale du Koweït est-elle née et quelles sont aujourd’hui ses activités et ses priorités ?

Née il y a 20 ans, après la guerre du Golfe de 1990-1991, la délégation régionale du CICR au Koweït a centré ses opérations sur la situation des prisonniers de guerre, des internés, des personnes portées disparues et des déplacés civils, en application des règles du droit international humanitaire. La recherche des personnes disparues lors du conflit se poursuit encore, le CICR présidant la Commission tripartite instituée en 1991 entre les pays de la coalition, le Koweït et l'Irak ; des réunions régulières visent à coordonner la collecte d'informations afin de retrouver les restes de disparus et d’organiser leur collecte, exhumation et identification.

Le CICR a ensuite élargi ses activités opérationnelles et non opérationnelles. En fonction des crises ou des tensions, il a entrepris des visites à des détenus de sécurité et autres catégories de prisonniers au Koweït, au Qatar et jusqu’en 2001 à Bahreïn. L’institution est également active dans les domaines du rétablissement des liens familiaux, de la recherche de personnes portées disparues, de l'échange de nouvelles entre détenus et leurs familles et d’autres services. Les détenus de Guantanamo peuvent bénéficier de conversations téléphoniques et vidéoconférences avec leurs familles à travers la délégation régionale et en collaboration avec les Sociétés nationales du Croissant-Rouge (par exemple en Arabie saoudite).

Dans le domaine de l'action préventive, le CICR mène depuis des années des programmes visant à faire connaître le droit international humanitaire, ainsi que le rôle du CICR et du Mouvement auprès des forces armées et de sécurité, des hauts responsables, des milieux académiques, des médias et de la société civile, et à développer un environnement favorable à l'action humanitaire et au respect des normes et principes humanitaires. Nous travaillons avec les médias de la région et les sensibilisons aux enjeux humanitaires ; un accord de coopération de sensibilisation a été signé cette année à cette fin avec la chaîne Al-Jazira.

Le CICR a intensifié son interaction avec les milieux islamiques, par ses institutions officielles et via des centres de recherche, des organisations caritatives et des mouvements politiques ou sociaux pour mieux faire comprendre et accepter le caractère indépendant de son action et sa base non religieuse. La délégation s’attache activement à mobiliser des fonds afin de permettre une contribution plus substantielle de cette partie du monde aux actions menées par l’institution avec les Sociétés nationales des pays de la région, en application de son mandat humanitaire universel ; des visites de dirigeants du CICR permettent de dialoguer avec les responsables concernés sur les problématiques humanitaires du moment et à assurer un meilleur ancrage institutionnel dans la région.

La délégation régionale a-t-elle des partenaires pour mettre en œuvre ses programmes, et comment se prépare-t-elle à de possibles situations d'urgence dans la région ?

Les Sociétés nationales de la région constituent notre partenaire naturel et nous entretenons des liens étroits avec elles ; au plan interne, elles apportent des secours, mènent des actions de santé ou sociales, et à l’extérieur, elles conduisent des actions de coopération ou fournissent des secours d'urgence, agissant parfois comme le bras humanitaire de leurs gouvernements.  

Les récents événements du « printemps arabe » ont clairement montré l'importance du travail des Sociétés nationales, notamment en Tunisie, en Libye, en Égypte, au Yémen ou en Syrie ; nous cherchons à nous assurer que les Sociétés nationales de la région sont en mesure d’assumer leurs responsabilités en cas de nécessité et de répondre de manière neutre et impartiale à des besoins tels que l'évacuation et les soins à des blessés ou l'assistance à des déplacés internes ou réfugiés. Nous avons mené pendant trois semaines un cours sur la gestion des catastrophes avec la Société du Croissant-Rouge des Émirats arabes unis, et un premier cours H.E.L.P. (Health Emergency in Large Populations) – visant à améliorer le professionnalisme des collaborateurs chargés de la réalisation des programmes d'assistance humanitaire menés dans les situations d'urgence – s'est déroulé en coopération avec le Croissant-Rouge du Qatar. En Arabie saoudite, pays d'importance stratégique pour le CICR, la délégation s'emploie à renforcer la coopération avec la Société nationale dans une série de domaines.

S'agissant des conséquences du « printemps arabe » dans le Golfe, comment la délégation a-t-elle par exemple réagi à l’escalade de la violence à Bahreïn ?

Comme dans d'autres pays arabes, le CICR s'est immédiatement employé à faire face aux conséquences humanitaires de la violence, et si possible à jouer son rôle spécifique d'intermédiaire neutre dans ce type de violences internes. Nous nous sommes donc rendus sur place dès les premiers affrontements entre manifestants et forces de l'ordre pour nous entretenir avec les hautes autorités, leur rappeler le rôle du CICR et solliciter leur appui pour pouvoir remplir nos obligations envers les différentes catégories de personnes touchées, notamment les blessés et les détenus.  

Nous avons, selon notre habitude, rappelé les normes de droit régissant l’usage de la force, le traitement des personnes, l’accès aux soins et la protection des actions de secours et de santé. Le CICR a aussi collaboré avec la Société du Croissant-Rouge de Bahreïn et l'a soutenue pour lui permettre d’intervenir en cas d'aggravation de la situation et d’acheminer des secours d'urgence aux hôpitaux, en cas de besoin.

Depuis février 2011, la délégation effectue des missions régulières à Bahreïn et s'efforce de mener un dialogue constructif avec les autorités pour les convaincre de l'importance du respect des normes et des principes humanitaires afin de restreindre l'usage de la force et de limiter les souffrances de la population. Un dialogue suivi a aussi été mené avec le gouvernement afin d’obtenir l’autorisation de reprendre les visites aux détenus de sécurité. Un entretien avec le ministre de l'Intérieur et divers hauts responsables de la police, début juillet, a confirmé l'intérêt du gouvernement d’autoriser le CICR à visiter les détenus, notamment pour vérifier leurs conditions de détention et le traitement qui leur est réservé. La signature prochaine d’un accord devrait nous permettre de commencer les visites dans les semaines à venir.


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Gérard Peytrignet