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Somalie/Kenya : un appel téléphonique pour sauvegarder les liens familiaux des réfugiés

27-09-2011 Interview

Pour répondre à l’arrivée massive de personnes fuyant la crise humanitaire en Somalie, le CICR et la Croix-Rouge du Kenya ont intensifié les activités de recherches dans les camps de réfugiés de Dadaab, au Kenya. Ivan Antonic, spécialiste du rétablissement des liens familiaux (RLF) au CICR, rentre d’une mission de trois semaines qui lui a permis de mettre sur pied le premier service de messages familiaux par téléphone mobile destiné aux réfugiés de l’Afrique de l’Est.

Quelle aide le CICR apporte-t-il aux réfugiés somaliens à Dadaab ?

L’un des besoins les plus urgents des personnes arrivant de Somalie est de pouvoir contacter les membres de leur famille restés dans ce pays pour leur faire savoir qu’ils sont bien arrivés et qu’ils sont sains et saufs. Ces dernières semaines, quelque 1 500 réfugiés, en moyenne, sont arrivés quotidiennement dans le camp. Nombre d’entre eux ont de terribles histoires à raconter sur leur dur voyage et ils sont épuisés. C’est non seulement un besoin urgent pour ces personnes d’entrer en contact avec leurs proches, mais c’est aussi une priorité pour le CICR, car les services de recherches font partie intégrante du Réseau des liens familiaux (RLF).

Les services RLF des quatre camps de réfugiés de Dadaab, situés à quelque 70 km de la frontière avec la Somalie, ont débuté dans les années 1980 ; ils donnent la possibilité aux réfugiés d’envoyer un message Croix-Rouge (MCR) à leurs proches en Somalie ou ailleurs dans le monde. Mais vous pouvez vous imaginer qu’il est très difficile actuellement de remettre des messages écrits dans certaines régions de Somalie, et cela prend énormément de temps. Donc le CICR innove en offrant un service de téléphonie mobile aux nouveaux arrivants : chacun d’entre eux peut appeler un proche où que ce soit dans le monde et lui parler pendant deux minutes pour lui dire qu’il est à Dadaab et qu’il va bien. C’est un moyen très rapide, efficace et bon marché d’aider ces personnes.

Les chiffres témoignent du succès de ce nouveau programme : depuis son démarrage il y a trois semaines, plus de 1 800 réfugiés par semaine, en moyenne, ont bénéficié de ce service gratuit, dont près de 800 mineurs. Leur nombre ne fait que croître. C’est une magnifique récompense de voir le sourire d’un petit garçon qui a enfin réussi à entendre la voix de sa mère au téléphone !

Comment fonctionnent les équipes de téléphonie mobile ?

Tous les jours, trois équipes de recherches travaillent dans les quatre camps situés autour de Dadaab. L’une des équipes installe sa tente chaque jour dans la zone où sont enregistrés les nouveaux arrivants. Pendant que les réfugiés attendent, souvent pendant des heures, d’être enregistrés puis transférés dans l’un des camps par les autorités kenyanes, l’équipe de collaborateurs du CICR et de volontaires de la Croix-Rouge du Kenya donne la possibilité à chaque réfugié de faire un appel téléphonique de deux minutes pour contacter le membre de sa famille de son choix, n’importe où dans le monde. La plupart choisissent d’appeler leurs proches restés en Somalie, mais certains appellent leur famille établie au Kenya ou à l’étranger, par exemple aux Etats-Unis ou en Australie. L’un d’entre eux est même parvenu à atteindre un proche en Libye !

Les autres équipes de recherches se rendent chaque jour dans des endroits différents, au nord et au sud de Dadaab. Ils utilisent un kit de recherches, normalement un grand coffre métallique qui contient tout ce qui est nécessaire à leur activité : les téléphones mobiles chargés, des listes des indicatifs de tous les pays, des drapeaux et des dossards, ainsi que des chronomètres pour que les volontaires puissent s’assurer que chacun respecte le temps de deux minutes qui lui est alloué. Le travail des volontaires de la Croix-Rouge du Kenya sur le terrain est essentiel. Comme beaucoup d’entre eux proviennent aussi, à l’origine, de communautés réfugiées au Kenya, ils parlent certaines langues locales de Somalie et peuvent aider les réfugiés à comprendre et à utiliser le service de téléphonie mobile.

Quels sont les principaux défis que doivent relever les équipes de recherches ?

Pour le moment, la tâche essentielle consiste à faire connaître ce service aux réfugiés qui arrivent à Dadaab. En général, ils sont épuisés lorsqu’ils atteignent enfin le Kenya, et ils ont peur. Très souvent, ils semblent être en état de choc, et comme ils reçoivent énormément d’informations lors de leurs premiers jours dans le camp, ils ont de la peine à tout comprendre et retenir. Mais nous y arriverons.

La rudesse du climat est une autre difficulté à laquelle se heurtent les équipes CICR/Croix-Rouge du Kenya : il fait chaud et sec, et il y a beaucoup de poussière, ce qui ne facilite pas la tâche. J’ai une grande estime pour mes collègues qui travaillent sans relâche dans ces conditions. Ils effectuent un travail très important et ce service est très apprécié. La semaine dernière par exemple, j’ai vu un vieil homme fondre en larmes lorsqu’il a finalement réussi à atteindre ses proches. Dans la culture somalienne, ce n’est pas quelque chose que vous voyez très souvent. Parfois, ces appels téléphoniques suscitent d’intenses émotions, aussi chez les volontaires qui gèrent l’opération.

Seul le temps nous dira, au cours de ces prochaines semaines, s’il est nécessaire de garder les deux équipes mobiles qui sont actuellement actives. Cela dépend de l’évolution de la situation humanitaire en Somalie et du nombre de réfugiés qui continueront à franchir la frontière pour venir au Kenya. Le CICR s’est engagé à soutenir les efforts de rétablissement des liens familiaux, en collaboration avec la Croix-Rouge du Kenya, aussi longtemps que nécessaire. C’est une tâche prioritaire qui fait d’ailleurs partie de la stratégie RLF sur 10 ans (2008-2018) du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Pour plus d’informations sur la stratégie RLF : Une stratégie sur dix ans pour renforcer le rétablissement des liens familiaux


Photos

Un des quatre camps de réfugiés de Dadaab, au Kenya. Un volontaire de la Croix-Rouge du Kenya aide un réfugié à téléphoner à l’un de ses proches. 

Un des quatre camps de réfugiés de Dadaab, au Kenya. Un volontaire de la Croix-Rouge du Kenya aide un réfugié à téléphoner à l’un de ses proches.
© ICRC / KE-E-00245

Dadaab,  Kenya. Ivan Antonic, délégué du CICR responsable des recherches 

Dadaab, Kenya. Ivan Antonic, délégué du CICR responsable des recherches
© ICRC / KE-E-00246

Camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya. Un garçon somalien parle à l’un de ses proches. 

Camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya. Un garçon somalien parle à l’un de ses proches.
© ICRC / KE-E-00247

Camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya. L’équipe mobile de recherches CICR / Croix-Rouge du Kenya.  

Camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya. L’équipe mobile de recherches CICR / Croix-Rouge du Kenya.
© ICRC / KE-E-00248

Kit de téléphonie mobile de l’équipe de rétablissement des liens familiaux (RLF) du CICR. 

Kit de téléphonie mobile de l’équipe de rétablissement des liens familiaux (RLF) du CICR.
© ICRC / KE-E-00249