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Syrie : les victimes de la violence sont coupées de l'aide extérieure

16-05-2011

Béatrice Mégevand-Roggo, chef des opérations du CICR pour le Proche- et Moyen-Orient, parle de la situation en Syrie, des principales préoccupations du CICR et de ce que fait l'institution pour venir en aide aux victimes.

     
     
   
     

          

Comment se présente la situation actuellement, et quelles sont vos principales préoccupations ?  

Nous suivons la situation de près, mais il est difficile d'en avoir une image complète. Nous n'avons que des informations restreintes et parfois difficiles à vérifier de façon indépendante, et l'accès reste très limité, notamment aux villes où ont lieu les démonstrations. On a fait état de nombreuses arrestations, ce qui est inquiétant. Les jeudis ont été des journées préoccupantes, et les vendredis sont gén éralement des jours de deuil, aussi bien en Syrie qu'ailleurs dans la région.

En ce moment, le CICR est particulièrement préoccupé par trois aspects de la situation.

Tout d'abord, d'après les informations disponibles, un grand nombre de personnes auraient été incarcérées.

Ensuite, l'usage de la force fait beaucoup de victimes, surtout les vendredis. Tous les protagonistes de la violence doivent respecter en tout temps la vie et la dignité humaines et doivent faire preuve du maximum de retenue.

Troisièmement, le personnel médical et les volontaires du Croissant-Rouge arabe syrien qui apportent les premiers secours et évacuent les blessés doivent pouvoir faire leur travail et sauver des vies. L'accès aux blessés ne doit pas être arbitrairement bloqué, et tous les protagonistes doivent laisser les ambulances, les autres véhicules et les établissements de soins accomplir leur tâche humanitaire.

Ces préoccupations s'appliquent aussi à d'autres pays de la région, en particulier le Yémen et Bahreïn. Si la situation est différente d'un pays à l'autre, il y a des facteurs communs : la façon dont la force est utilisée, les attaques portées contre des services sanitaires et le fait qu'on ne leur permet pas de faire leur travail, qui est de sauver des vies.

     

Que faites-vous pour aider les personnes détenues dans le cadre des troubles qui secouent la région ?       

Malheureusement, nous n'avons pas accès aux détenus en Syrie, et il n'est pas possible d'avoir une estimation indépendante du nombre de personnes qui sont détenues. Nous effectuons des visites dans d'autres pays de la région, notamment en Jordanie, au Liban, en Tunisie et au Yémen, et nous espérons que nous pourrons aussi commencer bientôt à visiter des détenus à Bahreïn. Nous sommes actuellement en discussion avec le gouvernement syrien sur la possibilité de visiter les lieux de détention en Syrie, mais je ne peux pas vous en dire plus sur nos négociations car cela relève de notre dialogue confidentiel avec les autorités.

Ce que je peux dire, c'est que nous avons fait savoir à maintes reprises que nous étions prêts à offrir nos compétences dans le domaine de la détention. Nous sommes absolument convaincus que des visites du CICR permettraient de réduire la tension, ne serait-ce qu'en rassurant les familles qui sont inquiètes du sort de proches.

 

Que faites-vous pour les populations touchées par la violence ?  

Nous n'avons pu faire que très peu en comparaison des besoins jusqu'à présent, mais ce que nous avons réussi à faire, nous le devons largement au Croissant-Rouge arabe syrien. Il est profondément ancré dans la société syrienne et dispose d'un vaste réseau de personnel et de volontaires très motivés, qui font un magnifique travail. Nous travaillons main dans la main avec eux sur le terrain, et c'est un atout précieux.

Selon nos informations, les articles dont on a le besoin le plus urgent sont le matériel de premiers secours et les autres fournitures médicales, ainsi que la nourriture et l'eau. Notre but est d'apporter de l'aide à tous ceux qui en ont besoin. Pour y parvenir, nous devons avoir accès aux lieux où se déroulent les manifestations, parce que c'est là que sont les victimes.

À ce jour, nous avons pu nous rendre à Daraa une fois, avec le Croissant-Rouge arabe syrien et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge , mais il ne nous a pas été possible d'aller à Homs, Banyas ou ailleurs. Cependant, nous poursuivons nos discussions avec les autorités syriennes et nous espérons, d'ici le début de la semaine prochaine, pouvoir nous rendre dans ces villes avec le Croissant-Rouge syrien et y apporter de la nourriture, du lait pour bébés et du matériel de premiers secours. Alors que le CICR attend encore l'accès à ces lieux, le Croissant-Rouge syrien y est actif, distribue de la nourriture et d'autres articles et évacue les victimes.