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Journée mondiale de l'alimentation: nécessité d'anticiper les chocs

14-10-2011 Interview

Une grave crise alimentaire frappe actuellement la Corne de l’Afrique et la Somalie en particulier. Agnès Dhur, cheffe du département pour la sécurité économique au CICR, s'exprime sur les causes et les conséquences humanitaires des difficultés alimentaires à l'occasion de la Journée mondiale de l'alimentation de dimanche 16 octobre 2011. Elle explique pourquoi il est fondamental de pouvoir anticiper leur apparition afin de mieux y répondre.

Quels sont les défis de la situation en Somalie aujourd’hui ?

Ce qui est très difficile, c’est de faire en sorte que les populations soient capables de produire elles-mêmes ou d'acheter la nourriture dont elles ont besoin. Les mauvaises récoltes, la flambée des prix des aliments auxquelles s’ajoute une situation de violence extrême limitent l'accès aux aliments. Si nous sommes en ce moment en train de distribuer de la nourriture à plus d’un million de personnes pour faire face à l’urgence, nous mettons aussi tout en oeuvre pour rétablir les capacités de production. C’est pourquoi nous avons également distribué aux agriculteurs des semences, des engrais et des outils afin d’assurer que ceux qui restent dans les zones les plus touchées puissent retrouver un minimum d'autosuffisance. En 2010, nos distributions de semences ont couvert quatre mois des besoins des agriculteurs dans ce domaine. La situation se complique aussi pour les personnes vivant dans les villes car elles dépendent totalement des marchés pour leur alimentation et subissent de plein fouet la hausse des prix. Dans des cités comme El Garas, Dusa Mareb, Galcayo et Galinsoor dans le centre du pays, le CICR tente de soutenir l'économie locale en aidant des personnes à générer des revenus en aidant par exemple à la création de boulangeries, meuneries, pressoirs à huile et ateliers de couture.

Quelles sont les conséquences de la fluctuation des prix des denrées alimentaires ?

Dans les pays où  nous travaillons, de nombreuses familles consacrent près de 80% de leur budget aux dépenses liées à l’alimentation. Avec la fluctuation des prix, le risque est de voir leur capacité à acheter de la nourriture réduite de façon brutale et imprévisible. Une combinaison de facteurs contribue à ces fluctuations, comme la production de biocarburants, les mauvaises récoltes, la compétition sur les ressources environnementales, et l'augmentation de la spéculation et de la demande pour les aliments. Les familles et les infrastructures dans nombre de ces pays ne peuvent pas influencer ces causes et ne parviennent pas à anticiper les fluctuations de prix. Si l’on prend l’exemple d’une administration pénitentiaire qui doit planifier les dépenses de nourriture pour les détenus, il est très difficile de faire un budget qui anticipe ce genre de choc. Dans ces contextes, le CICR peut contribuer à l’alimentation des détenus en soutenant les administrations dans la production de nourriture, comme au Zimbabwe ou en République Démocratique du Congo.

Dans une situation où l’urgence n’atteint pas le niveau de la Somalie actuellement, que peut faire le CICR pour sécuriser l'accès à la nourriture des populations touchées par les conflits ?

L'appui à la production agricole et à l'accès au revenu est la principale approche. Par exemple, dans une situation où les prix augmentent et varient, il arrive souvent que les populations soient poussées à changer leur aliment de base afin de réduire le coût de leur alimentation. Nous avons assisté à ce phénomène en Afrique centrale où les populations urbaines habituées à manger du riz et du maïs ont dû se replier sur le manioc qui est meilleur marché. Mais dans toute la région y inclus la République Centrafricaine et le Soudan du Sud, la maladie de la mosaïque fait des ravages. Ce virus s’attaque aux plants de manioc allant jusqu'à faire perdre au cultivateur près de 80% de sa récolte. Pour en venir à bout, il n’y a qu’un seul remède : fournir aux familles des variétés tolérantes. Le CICR a donc lancé un programme de multiplication de manioc afin que ces variétés tolérantes soient ensuite utilisées dans d’autres zones du pays voire dans des pays limitrophes. C’est une opération délicate car une fois coupées, il faut replanter les boutures le plus vite possible. Ce programme permet aux cultivateurs de redémarrer leur production de manioc dans des zones où celle-ci était quasiment tombée à zéro. Les communautés, qu'elles soient isolées à cause d'un conflit ou qu'elles doivent faire face à une arrivée massive de déplacés ou de réfugiés, retrouvent ainsi leur pleine capacité de production de cet aliment de base.

Dans les milieux urbains ou pour des populations pour lesquelles une intervention agricole n'est pas appropriée, l'offre de projets micro-économiques permet à des familles vulnérables d'augmenter et de diversifier leurs sources de revenus. Ainsi au Kirghizstan, de nombreux commerçants et artisans ont tout perdu lors des violences en 2010. L'aide du CICR sous forme de dons financiers et de cours de gestion d'entreprise leur a permis de reprendre leurs activités professionnelles et par là même de s'affranchir de l'aide humanitaire.


Photos

 

Somalie. Des enfants souffrant de malnutrition dans un hôpital à Mogadiscio.
© CICR / A. Liohn / v-p-so-e-00608

 

République démocratique du Congo, Province du Nord-Kivu. Sur leur petite parcelle, une femme et son mari plantent les semences qu'ils ont reçues du CICR.
© CICR / P. Yazdi / v-p-cd-e-01183

 

Colombie, Village de Chuapal. Un employé du CICR discute avec la population locale dans une pépinière de cacaoyers mise en place par le CICR dans le cadre d'un projet visant à générer des revenus alternatifs.
© CICR / B. Heger / v-p-co-e-02114

Kirghizistan. Une femme utilise la machine à coudre qu’elle a pu se procurer grâce aux fonds fournis par le CICR dans le cadre d’une initiative micro-économique. 

Kirghizistan. Une femme utilise la machine à coudre qu’elle a pu se procurer grâce aux fonds fournis par le CICR dans le cadre d’une initiative micro-économique.
© CICR