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Zimbabwe : une action adaptée à des besoins humanitaires qui évoluent

03-11-2011 Interview

Quand Thomas Merkelbach qui quitte son poste de chef de la délégation régionale du CICR à Harare, a pris ses fonctions, le Zimbabwe était en proie à la violence, à la suite des élections de mars 2008. L’économie du pays était étranglée par l’hyperinflation et il était difficile d’accéder aux services essentiels. Trois ans après, Thomas Merkelbach fait le bilan des résultats obtenus au Zimbabwe et dans la région, et des problèmes auxquels il va encore falloir faire face à l’avenir.

Quelle était la situation humanitaire au Zimbabwe quand vous êtes arrivé ?

À cause de la violence qui a suivi les élections de mars 2008, des gens ont été déplacés et ont vu leurs maisons et leurs biens détruits. La situation était tellement difficile pour eux que nous avons dû distribuer de la nourriture et des articles essentiels tels que des couvertures à plus de 5 000 personnes dans tout le pays.

Quand la violence s’est arrêtée, les familles sont peu à peu rentrées chez elles. À la fin de l’année 2008 et au début de l’année 2009, nous avons aidé 13 000 fermiers, ainsi que leur famille et leur communauté, dans quatre districts des provinces du Mashonaland central et du Mashonaland oriental ; nous leur avons apporté une formation sur les techniques de l’agriculture de conservation et fourni des semences, des engrais et des outils agricoles pour qu’ils puissent reconstruire leur vie. Bien qu’il y ait eu des besoins importants dans de nombreux districts, nous avons choisi de nous concentrer sur ceux-là car ces régions, qui avaient régulièrement dû faire face dans le passé à des problèmes de sécurité alimentaire, avaient été frappées par la violence avec une intensité particulière.

La persistance de l’hyperinflation, qui a empêché de nombreuses personnes d’avoir accès aux services de santé et entraîné une épidémie de choléra en 2008, nous a conduit à augmenter notre soutien à 25 dispensaires de zones urbaines et rurales pour les aider à prodiguer des soins médicaux à un total de 1,2 million de personnes.

Est-ce que la situation a évolué depuis lors ?

L’environnement au Zimbabwe est plus stable, surtout maintenant que l’économie s’est rétablie. La population vit en général mieux et les fournisseurs de services ont plus de moyens pour planifier et investir afin d’améliorer la disponibilité des services publics essentiels. Nous avons de ce fait transféré aux autorités le soutien aux dispensaires de santé ruraux et à la compagnie rurale des eaux (au Fonds de développement du district). Malgré cela, les attentes de la population pour que les choses s’améliorent rapidement sont énormes et c’est sans doute le plus gros défi à relever ; c’est en effet la preuve d’un niveau d’espoir et de capacité à rebondir qui est très encourageant et admirable.

Ces dernières années, quels ont été les principales réalisations du CICR ?

Le gouvernement du Zimbabwe nous a donné accès aux prisons gérées par le ministère de la Justice en 2009. Depuis deux ans maintenant, nous pouvons visiter les détenus et apporter un soutien à la sécurité alimentaires dans les lieux de détention. Aujourd’hui, les ressources techniques et financières consenties à la direction des services pénitentiaires (Zimbabwe Prison Services, ZPS) par le gouvernement ont augmenté.

Un comité directeur conjoint du CICR et du ZPS suit de près le transfert de l’aide alimentaire du CICR, pour éviter toute dégradation des conditions des détenus. En cas de besoin, ce comité peut décider d’ajustements. Cela étant, les activités de renforcement des capacités dans le domaine de la production alimentaire, mais aussi de la rénovation d’infrastructures importantes, ainsi que le soutien du CICR aux services de santé pénitentiaires seront maintenus en 2012.

Quelles sont les activités que le CICR poursuit au Malawi, en Zambie et en Namibie ?

Un des rôles des Sociétés nationales est de porter secours aux blessés pendant des situations de violence. Des volontaires de la Croix-Rouge du Malawi ont ainsi prodigué des premiers secours d’urgence aux personnes blessées pendant les manifestations violentes de juillet 2011, et des volontaires de la Croix-Rouge de Zambie sont intervenus pendant les épisodes de violence qui ont marqué les élections générales de septembre 2011. Pour soutenir ses deux partenaires, le CICR leur a fourni des trousses de premiers secours, des véhicules et une formation, et il a également mis à disposition une équipe du CICR sur le terrain en Zambie.

Dans le cadre des activités que nous menons avec les Sociétés nationales dans la région, nous conduisons un programme de visites familiales avec la Croix-Rouge de Namibie. Deux fois par an, nous aidons les familles des personnes détenues à la suite des événements de 1999 dans la région de Caprivi, à se déplacer jusqu’aux lieux de détention. Cette aide est très utile car certaines des familles vivent à plus de 1 000 kilomètres des prisons où leurs proches sont détenus et ne peuvent s’y rendre régulièrement pour des visites.

Nous travaillons aussi avec toutes les Sociétés nationales de la Croix-Rouge de la région pour aider les personnes déplacées par les conflits à rétablir et garder le contact avec leur famille. Nous aidons ainsi des personnes de divers pays, de République démocratique du Congo à de Somalie, par exemple. Les contacts se font par le biais de messages Croix-Rouge mais de plus en plus et chaque fois que possible, par des moyens technologiques modernes tels que le courriel.

Quel type de relations le CICR entretient-il avec la Communauté de développement de l’Afrique australe ?

Nous entretenons une collaboration de longue date avec la SADC, la Communauté de développement de l’Afrique australe. Nous avons notamment un partenariat avec le Centre régional de formation pour le maintien de la paix de la SADC. Nous intervenons régulièrement devant des hauts responsables politiques et des officiers de police et de l’armée sur la place du droit international humanitaire et des principes humanitaires dans les opérations de maintien de la paix.

Quels sont les problèmes auxquels il faut encore faire face ?

Dans toute la région, il y a un certain nombre de situations qui ont le même impact humanitaire – des flambées de violence liées à des élections ou des manifestations d’opposition, des vagues de déplacements et de migrations causées par des conflits sur tout le continent africain, de graves catastrophes naturelles récurrentes et des menaces pour la sécurité économique.

Là où il y a des flambées de violence, nous allons continuer à suivre de près l’évolution de la situation et déployer nos équipes et nos ressources pour aider ceux qui en ont besoin ou soutenir les initiatives des Sociétés nationales qui vont dans le sens de notre mission. Avec nos partenaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, nous sommes prêts à intervenir chaque fois que nécessaire pour aider les plus vulnérables.

L’accueil chaleureux et la grande générosité dont moi-même et l’ensemble de l’institution continuons de faire l’objet dans toute la région montre combien le CICR est solidement implanté en Afrique australe après 50 années d’action humanitaire. J’espère en conséquences que nous allons pouvoir continuer à mener une action qui aura un réel impact sur la vie de dizaines de milliers de personnes dans toute la région.


Photos

Thomas Merkelbach 

Thomas Merkelbach
© CICR

Zimbabwe, 2010. Une mère et son enfant à la polyclinique de Glenview, pour une visite habituelle de contrôle et de vaccination. 

Zimbabwe, 2010. Une mère et son enfant à la polyclinique de Glenview, pour une visite habituelle de contrôle et de vaccination.
© CICR / O. Moeckli

Zimbabwe, ferme pénitentiaire d’Anju. Les détenus nettoient les graines de haricots des particules étrangères avant de les emballer dans des sacs de 50 kg. 

Zimbabwe, ferme pénitentiaire d’Anju. Les détenus nettoient les graines de haricots des particules étrangères avant de les emballer dans des sacs de 50 kg.
© CICR / D. Hove

Zimbabwe, ferme pénitentiaire d’Anju, 2011. Les détenus se mettent à plusieurs pour emballer les haricots dans des sacs. 

Zimbabwe, ferme pénitentiaire d’Anju, 2011. Les détenus se mettent à plusieurs pour emballer les haricots dans des sacs.
© CICR / D. Hove