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Chine : un documentaire sur les messages Croix-Rouge primé au festival international du film de Houston

29-05-2012 Interview

En avril dernier, 25 MOTS, un documentaire de 90 minutes réalisé par Liu Shen a remporté le Remi de bronze au 45e Festival international du film de Houston (WorldFest-Houston), le festival du film indépendant le plus ancien au monde. Produit avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le film retrace l’histoire de trois sœurs chinoises qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont pu rester en contact en échangeant des messages Croix-Rouge entre Nanjing, Berlin et Berkeley.

Grâce à ce documentaire, l’écrivain et cinéaste indépendant chinois Liu Shen sauve de l’oubli l’histoire extraordinaire de ces trois sœurs chinoises, dont il retrace la vie à travers une série de messages de 25 mots qu’elles se sont écrits. Il nous explique ici la genèse du film.

C’est votre premier film. Que ressentez-vous après avoir remporté cette distinction ?

Je n’avais jamais participé à la réalisation d’un film jusque-là, même si j’en rêvais depuis que j’étais étudiant à l’université. En cinéphile enthousiaste, j’étais alors abonné à de nombreuses revues de cinéma. Le prix que je viens de remporter m’a énormément encouragé ; il m’a prouvé qu’il faut poursuivre ses rêves jusqu’à ce qu’on puisse les réaliser. Du fait qu’il raconte une histoire vraie, un documentaire a en plus l’avantage de toucher davantage le cœur du public. Malgré les défauts techniques qu’il comporte, le film parvient à captiver pleinement l’attention des spectateurs, avant tout parce qu’il se base sur des faits réels. En deux mots, mon rêve est devenu réalité, et j’ai bon espoir de réaliser d’autres films de qualité à l’avenir.

Comment en êtes-vous venu à choisir une histoire de messages Croix-Rouge pour votre premier film ?

J’ai voulu raconter l’histoire d’une vieille voisine dans la ville du nord-est de la Chine où j’ai grandi. C’était une physicienne renommée, et je l’admirais depuis que j’étais petit enfant. Elle conservait une dizaine de messages Croix-Rouge qu’elle avait échangés avec ses proches alors qu’elle étudiait aux États-Unis. Elle est décédée en juillet 2008, à l’âge de 98 ans. J’ai découvert par hasard l’existence de ces messages, en parlant avec ses enfants, et j’ai tout de suite été passionné. C’est ainsi que j’ai décidé d’en faire un documentaire, d’autant que j’avais appris que ses sœurs, toutes deux nonagénaires, étaient encore en vie. J’aillais pouvoir tirer parti de leur expérience pour faire revivre leur histoire, en mettant en avant le rôle essentiel qu’ont eu ces messages Croix-Rouge dans la vie de ces trois sœurs. En témoigner était devenu comme un devoir, une véritable mission.

À quels obstacles vous êtes-vous heurté en réalisant ce documentaire ?

J’ai rencontré deux problèmes de taille. Tout d’abord, je n’avais pas suffisamment réfléchi aux questions de financement et, par manque de liquidités, je me suis retrouvé paralysé pendant un certain temps. Par ailleurs, je me suis heurté à des problèmes de technologie cinématographique. Je n’avais pas de grandes connaissances en la matière et mon équipe de tournage était très réduite : deux étudiants passionnés de cinéma, en tout et pour tout. Durant tout le tournage, nous n’avons compté que sur notre enthousiasme et notre intuition pour aller de l’avant. Je suis bien conscient des défauts que le film comporte, mais j’espère que cette expérience m’aidera à mûrir en tant que cinéaste.

Pendant le tournage, vous vous êtes rendu au siège du CICR pour rencontrer certaines personnes. Qu’avez-vous retiré de cette visite ?

Elle m’a redonné la motivation d’aller de l’avant. J’ai reçu un accueil chaleureux et un soutien précieux des collaborateurs du CICR. J’ai notamment eu l’honneur de rencontrer M. François Bugnion, un membre de l’Assemblée du CICR ; il m’a accordé un entretien et a été d’accord de me conseiller dans la réalisation de ce film. Il a même eu la gentillesse de rédiger une préface du livre qui sera publié sous le même titre. J’ai également pu consulter les archives de l’institution et visiter le Musée international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. On m’a aussi gentiment fourni des séquences vidéo et des images retraçant l’histoire du CICR. Ce matériel, qui illustre de manière vivante les activités déployées par l’institution pendant la Seconde Guerre mondiale, a contribué à donner un caractère plus authentique au documentaire. Ce que j’ai vécu à Genève m’a tellement séduit que j’ai décidé de m’engager au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ; j’ai en effet été enchanté de voir l’impact et le rayonnement que l’action du CICR a partout dans le monde.

Quels projets avez-vous pour votre documentaire ?

Les versions chinoise et anglaise du DVD viennent juste de sortir en Chine, et nous travaillons actuellement à leur promotion et diffusion à l’échelle internationale. En outre, un livre sera prochainement publié sous le même titre en édition bilingue anglais-chinois. Une chose qui a particulièrement retenu mon attention, avant de me lancer dans l’aventure, a été de constater que quasiment personne n’avait entendu parler de ces sœurs qui, des années durant, n’avaient communiqué que par le biais de ces messages de 25 mots. C’est pourtant une histoire tellement émouvante, qui montre bien le rôle historique des messages Croix-Rouge. C’est aussi la meilleure manière de promouvoir l’action du CICR, en particulier, et celle du Mouvement, en général. Je suis très heureux d’avoir fait revivre ces souvenirs et d’avoir pu partager ce pan d’histoire avec le reste du monde.

Avez-vous d’autres projets en tête ?

Pendant le tournage, j’ai eu l’occasion de faire quelques recherches sur l’histoire du Mouvement de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. J’espère pouvoir un jour y consacrer un nouveau film. J’aimerais aussi rebondir sur le succès que connaît 25 MOTS pour créer un site de média social en chinois qui porte le même nom, de manière à perpétuer l’esprit de la Croix-Rouge dans le monde d’aujourd’hui.


Photos

Nanjing, Chine. Le réalisateur de 25 MOTS, Liu Shen (à droite), s’entretient avec He Zeying et sa fille Liu Yida. 

Nanjing, Chine. Le réalisateur de 25 MOTS, Liu Shen (à droite), s’entretient avec He Zeying et sa fille Liu Yida.
© Soba International Group

Chine. He Zehui, physicienne nucléaire et membre de l’Académie chinoise des sciences, sœur de He Yizhen et de He Zeying. 

Chine. He Zehui, physicienne nucléaire et membre de l’Académie chinoise des sciences, sœur de He Yizhen et de He Zeying.
© Soba International Group

Shenyang, Chine. Le réalisateur Liu Shen s’entretient avec Ge Yunpei, la fille de Ge Tingsui et He Yizhen. 

Shenyang, Chine. Le réalisateur Liu Shen s’entretient avec Ge Yunpei, la fille de Ge Tingsui et He Yizhen.
© ICRC

Chine. Ge Yunpei montre une lettre écrite par sa mère He Yizhen à ses sœurs. 

Chine. Ge Yunpei montre une lettre écrite par sa mère He Yizhen à ses sœurs.
© Soba International Group