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Croix-Rouge chypriote : la 188e Société nationale du Mouvement

23-02-2012 Interview

Au cours de sa session des 22 et 23 février 2012, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a reconnu la Croix-Rouge chypriote comme la 188e Société nationale du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. Le directeur du droit international et de la coopération au CICR, Philip Spoerri, nous en parle.

Pourquoi la Croix-Rouge chypriote, qui existait comme une organisation indépendante depuis 1960, a-t-elle été reconnue seulement maintenant ?

Chaque fois que la Croix-Rouge chypriote a présenté une demande de reconnaissance – la première fois, c'était en 1971 –, elle ne remplissait pas tous les critères spécifiés dans les Statuts du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge pour être reconnue comme Société nationale. L’adoption récente par la Croix-Rouge chypriote de nouveaux instruments statutaires de base a ouvert la voie à cette procédure de reconnaissance, et le CICR, en vertu des responsabilités statutaires qui lui incombaient, a examiné attentivement la situation juridique de la Société afin d’évaluer si elle satisfaisait aux dix conditions de reconnaissance. Nous sommes aujourd’hui heureux d’accueillir la 188e Société nationale, qui a été reconnue comme composante du Mouvement.

Qu’entendez-vous par « Mouvement » ?

Le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui est une organisation composée du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et, depuis que la Croix-Rouge chypriote a été reconnue, de 188 Sociétés nationales de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge.

La Croix-Rouge chypriote, tout comme ses 187 organisations sœurs, joue un large éventail de rôles et poursuit divers objectifs afin de soutenir les personnes et les communautés qui ont besoin de son aide. Elle fournit des services ambulanciers, administre un foyer pour enfants malades, apporte une assistance aux migrants, etc. Conformément à la loi de 1967 sur la Croix-Rouge chypriote, elle agit également en tant qu’auxiliaire des autorités nationales de la République de Chypre dans le domaine humanitaire et joue un rôle central dans la préparation aux catastrophes et l’intervention en cas de catastrophe.

La situation politique sur l’île de Chypre a-t-elle fait obstacle à la procédure de reconnaissance ?

La procédure de reconnaissance d’une nouvelle Société nationale au sein du Mouvement obéit à des considérations d’ordre strictement juridique et est déterminée par les dix conditions de reconnaissance dont je vous ai parlé. Il est également tenu compte de la pratique passée et des précédents. Les considérations politiques ou les conflits n’entrent pas en ligne de compte dans les décisions ; celles-ci sont fondées sur les Principes fondamentaux du Mouvement, en particulier celui de neutralité, et sur l’engagement pris par la Société nationale d’offrir ses services à toutes les personnes et à toutes les communautés. Il convient aussi de souligner que la décision de reconnaître une Société nationale n’a qu’un effet au niveau du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Pouvez-vous nous rappeler les critères auxquels doit répondre une Société nationale pour être reconnue au sein du Mouvement ?

Les dix conditions de reconnaissance sont indiquées à l’article 4 des Statuts du Mouvement. La première condition est que l’État sur le territoire duquel une Société nationale postulante est constituée, conformément à la législation nationale, doit adhérer aux Conventions de Genève de 1949. D’autres conditions concernent le statut d’autonomie de la Société nationale postulante vis-à-vis du gouvernement, l’usage d’un emblème reconnu et le respect des sept Principes fondamentaux du Mouvement.

La septième condition, à savoir que la Société nationale postulante ait accès à l’ensemble du territoire de l’État, a posé problème, étant donné le contexte politique actuel sur l’île de Chypre. Cependant, le CICR a conclu, en se fondant sur des précédents, que cette situation ne pouvait pas empêcher la Croix-Rouge chypriote de présenter une demande de reconnaissance, au vu du fait que la Société n’était pas en mesure d’étendre son action à l’ensemble du territoire de l’île de Chypre en raison de circonstances qu’elle ne maîtrisait pas. Cette décision concorde avec l’interprétation de la septième condition que fait depuis longtemps la Commission conjointe CICR/Fédération internationale pour les Statuts des Sociétés nationales, qui est chargée d’examiner les nouvelles demandes de reconnaissance et d’admission au sein de la Fédération.

La Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge doit encore examiner ce dossier avant de prendre une décision finale sur l’admission de la Croix-Rouge chypriote. Cette procédure ne peut être officiellement conduite avant la tenue de l’Assemblée générale de la Fédération en 2013.

Les considérations culturelles ou religieuses influencent-elles cette procédure d'admission ?

Eu égard au Principe fondamental d’impartialité, propre au Mouvement, les opérations de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge doivent être menées sans discrimination fondée sur la nationalité, la race, les croyances religieuses, la classe sociale ou les opinions politiques.

En 2012, les plus grandes opérations du CICR ont été conduites en faveur de personnes vivant dans le monde musulman, dans des pays comme l’Afghanistan, la Somalie, l’Irak, le Pakistan et le Soudan. Dans ces pays, nous travaillons très étroitement avec les Sociétés nationales du Croissant-Rouge, comme nous le faisons avec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge dans d’autres contextes. En fin de compte, nous avons pour objectif d’atténuer les souffrances, et nous nous attachons à répondre en priorité aux besoins humanitaires les plus urgents, indépendamment des questions d’origine et de culture.

Quelles relations le CICR et le Mouvement entretiennent-ils avec la « Société du Croissant-Rouge turc du Nord de Chypre » ?

Le CICR tient à soutenir le développement des activités que cette entité mène en faveur des personnes qui ont besoin d’une assistance. Des discussions sont en cours avec la Fédération pour planifier une mission conjointe afin de rencontrer les représentants du Croissant-Rouge turc du Nord de Chypre et de discuter des circonstances et des arrangements nécessaires pour pouvoir établir un véritable dialogue.


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Directeur du droit international et de la coopération du CICR. 

Directeur du droit international et de la coopération du CICR.
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