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Haïti : la santé en détention et ses enjeux

19-04-2012 Interview

Le CICR visite les personnes détenues en Haïti de façon continue depuis 1994. Il s'investit notamment dans un vaste effort visant à aider les autorités haïtiennes à faire face aux différents problèmes engendrés par la surpopulation carcérale et les mauvaises conditions de détention. La santé des détenus constitue l’un des défis majeurs auxquels les autorités s'efforcent de répondre avec le soutien, entre autres, du CICR afin de contenir la propagation de maladies infectieuses comme la tuberculose et le VIH/SIDA.

Sandra Martin, médecin au CICR, travaille en étroite collaboration avec les autorités et le personnel médical pénitentiaire pour l'amélioration de l'accès aux soins dans les lieux de détention en Haïti.

Pourquoi est-il important de s'attaquer au problème de la santé en détention ?

Une prison a la particularité d'être un espace à la fois clos et ouvert : les détenus non seulement y cohabitent, mais sont également en contact avec le monde extérieur puisqu'ils sont surveillés et assistés par des agents pénitentiaires et du personnel de soutien et qu’ils reçoivent la visite de membres de leur famille.

Dans une prison, les infections peuvent se propager très vite si un système de prévention et de prise en charge systématique des maladies n’a pas été mis en place. Les détenus peuvent par exemple être porteurs d’une maladie infectieuse lors de leur admission en prison. Au contact de ces détenus, le personnel pénitentiaire et les familles risquent ainsi de contracter la maladie et de la transmettre à la population externe, ou inversement. Cet exemple montre bien que la santé carcérale constitue un réel enjeu de santé publique.

Quels sont les problèmes liés à la santé dans les prisons haïtiennes ?

L'accès aux soins de santé demeure le problème majeur en détention. Les principales causes en sont la surpopulation carcérale et le manque de personnel dans les services de santé des prisons.

Prenons l'exemple de la prison civile de Port-au-Prince, le plus grand établissement pénitentiaire haïtien. Les détenus restent la plupart du temps enfermés dans des cellules surpeuplées, sans sanitaires. Beaucoup d'entre eux tombent malades, la promiscuité favorisant la propagation de maladies comme le choléra, la gale, la grippe ou encore la tuberculose – endémique en Haïti. Malheureusement, il n'y a pas suffisamment de personnel médical dans la prison pour pouvoir dépister et soigner efficacement les détenus.

Globalement, le personnel pénitentiaire reste en sous-effectif par rapport aux besoins d’une population carcérale en surnombre. Il est indispensable de renforcer les effectifs pour remédier autant que possible aux problèmes existants de façon à garantir une meilleure prise en charge des besoins des détenus, notamment en termes de soins de santé. La pénurie de personnel a par exemple des conséquences directes sur la gestion de la sécurité, qui, à son tour, a une incidence sur l'accès aux soins.

Quelles sont les solutions apportées ou proposées par le CICR ?

Depuis 1994, le CICR travaille en étroite collaboration avec les autorités haïtiennes et leur propose son expertise afin d'améliorer les conditions de détention. Le CICR forme et encadre également le personnel médical des prisons sur les maladies les plus courantes en détention ainsi que sur la gestion et la consommation des médicaments.

En cas d'urgence, le CICR facilite le recrutement de personnel médical supplémentaire et distribue des médicaments et du matériel médical. Ce fut le cas lors de l'épidémie de choléra : le CICR avait aidé la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP) à renforcer les structures médicales dans les prisons touchées en embauchant une dizaine d'infirmières supplémentaires. En outre, les dispensaires des prisons ont été régulièrement approvisionnés en médicaments, sels de réhydratation orale et perfusions de solutés.

Depuis avril 2011, une équipe de promotion de l'hygiène, composée d'un infirmier et d'un ingénieur en eau et habitat du CICR, a été mise sur pied afin de former et sensibiliser les détenus et les agents pénitentiaires à l'impact de l'hygiène sur la santé dans les prisons. Cette équipe est également prête à intervenir dans les lieux de détention en cas d'urgence.

Avec le soutien du CICR, un projet santé portant sur la prise en charge et la prévention des maladies infectieuses en milieu carcéral a été signé en 2009 entre le centre GHESKIO (institution privée haïtienne œuvrant dans la recherche et le traitement du VIH/SIDA), l'ONG américaine Health Through Walls et le ministère de la Justice. La mise en œuvre de ce projet a contribué à faire baisser sensiblement le taux de mortalité par tuberculose dans la prison civile de Port-au-Prince. Ce résultat positif est très encourageant, l'objectif étant que les autorités haïtiennes étendent le projet à d'autres prisons du pays.

Vous avez évoqué la bonne collaboration avec les autorités. Quelles sont les attentes du CICR à l’égard des autorités et des autres acteurs pour l'avenir ?

Nous souhaiterions qu'un plan global de promotion de la santé des détenus soit élaboré et mis en œuvre par les autorités compétentes, pourquoi pas dans le cadre d'une table ronde sectorielle réunissant toutes les parties intéressées. Il faudrait continuer à travailler de façon à assurer plus de synergies et de coordination entre les autorités haïtiennes et les organisations œuvrant dans le domaine de la santé carcérale. Un renforcement des relations de travail entre les ministères de la Justice et de la Santé ne pourrait être que bénéfique pour la prise en charge de la santé de détenus. Le CICR, pour sa part, continuera à offrir son expertise et à jouer son rôle de facilitateur et de mobilisateur auprès d'autres acteurs compétents désirant s'associer à un plan d'action des autorités haïtiennes dans le domaine de la santé en milieu carcéral.


Photos

Sandra Martin, délégation du CICR en Haïti. 

Sandra Martin

Sandra Martin, lors d'une visite à la prison civile de Port-au-Prince 

Sandra Martin, lors d'une visite à la prison civile de Port-au-Prince
© CICR

Prince. Campagne contre la gale et les vers intestinaux. 

Prison civile de Port-au-Prince. Campagne contre la gale et les vers intestinaux.
© CICR / J.J. Charles

Prison des Cayes. Un infirmier du CICR pose une perfusion intraveineuse à un détenu. 

Prison des Cayes. Un infirmier du CICR pose une perfusion intraveineuse à un détenu.
© CICR / J. D. Massier