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Mexique : faciliter l’identification des migrants disparus dans la région

09-05-2012 Interview

Les 23 et 24 avril s’est tenue dans la ville de Mexico la première réunion des services de médecine légale du Mexique, de El Salvador, du Guatemala et du Honduras, dans le but d’établir des mécanismes régionaux destinés à faciliter l’identification des dépouilles mortelles, plus particulièrement celles de migrants décédés alors qu’ils tentaient de se rendre aux États-Unis.

Anne Montavon, coordonnatrice Protection du CICR pour le Mexique, l’Amérique centrale et Cuba, souligne combien il importe d’établir ce qu’il est advenu des migrants portés disparus dans les pays de la région.

Quelle sont la nature et la gravité du problème humanitaire dans la région ?

Chaque année, au Mexique et en Amérique centrale, des centaines de corps sont inhumés sans avoir été identifiés au préalable. Il s’agit pour la plupart de migrants ayant connu une mort tragique alors qu’ils tentaient de se rendre aux États-Unis.

Ne pas savoir ce qu’il est advenu d’un proche, qu’il s’agisse d’un père, d’une mère, d’un frère, d’une sœur, d’un conjoint, d’un fils ou d’une fille, donne lieu à de terribles souffrances. Dans la plupart des cas, les personnes qui vivent une telle situation ont beaucoup de mal à aller de l’avant ou vivent dans l’angoisse et l’incertitude liées à la disparition de leur proche.

Il est important que les familles soient informées du sort de leurs êtres chers et puissent faire leur deuil en cas de décès de ceux-ci. Le cycle de la douleur doit absolument être rompu. La médecine légale contribue à donner une certitude aux familles quant à ce qu’il est advenu de leurs proches, de manière à ce qu’elles puissent leur faire leurs adieux et honorer leur mémoire.

Quel était l’objectif de la réunion et qui y a participé ?

Des instituts de médecine légale et des représentants des ministères des Affaires étrangères de El Salvador, du Guatemala y du Honduras ont participé à la réunion. Pour le compte du Mexique, étaient représentés les services médicolégaux fédéraux et des États du Chiapas, de Durango, d’Oaxaca, de Tamaulipas y de Veracruz, ainsi que le Service de médecine légale du District fédéral et d’autres institutions concernées.

La réunion visait la création de mécanismes de coordination et de communication destinés à faciliter l’identification des dépouilles pouvant potentiellement être celles de migrants.

Les participants à la réunion ont examiné la contribution que peut apporter la médecine légale au phénomène migratoire et ont cherché des moyens d’améliorer l’échange d’information entre les différents pays et institutions. Ils ont aussi étudié la possibilité de mettre en œuvre des protocoles communs pour faciliter le processus de recherche et de gestion des corps.

L’objectif est que les familles puissent découvrir ce qu’il est advenu de leurs proches et être aidées de la meilleure manière possible dans cette tâche difficile. Pour ce faire, il est essentiel de renforcer les services de prise en charge, afin que les familles déclarent les cas de disparition et que le suivi nécessaire puisse être effectué. Il est indispensable d’améliorer la collecte de données individuelles ante mortem et post mortem, car le processus d’identification est plus facile si les informations standard complètes sont disponibles.

Pourquoi le CICR s’occupe-t-il des questions relatives aux personnes disparues et, plus particulièrement, des questions de médecine légale ?

Les activités de prévention des disparitions, le rétablissement du contact entre les membres d’une famille dispersée et la recherche de personnes font partie intégrante de la mission du CICR consistant à protéger et assister les victimes des conflits armés et autres situations de violence.

La médecine légale peut apporter une grande contribution à la recherche des personnes disparues par l’identification des corps. C’est pourquoi, en 2003, le CICR a ouvert un département de médecine légale, qui fournit des orientations et dispense des formations aux experts légistes de dizaines de pays.

Depuis quand le CICR travaille-t-il au Mexique dans le domaine de la médecine légale, et quelle est la situation actuelle ?

Au Mexique, le CICR entretient un dialogue avec les autorités depuis 2010 en vue de diminuer le nombre de personnes inhumées sans avoir été identifiées au préalable. Il fournit ainsi un soutien au renforcement des capacités ainsi que des conseils aux experts légistes et aux institutions concernées dans l’ensemble du pays, afin de faciliter l’identification des corps, la prise en charge des familles et la coordination entre les institutions compétentes.

En 2011, une rencontre a eu lieu au niveau national entre les services de médecine légale, en collaboration avec le Tribunal supérieur de justice du District fédéral. À cette occasion, un groupe de travail composé de spécialistes de la médecine légale provenant de divers États du Mexique et soutenu par des experts légistes du CICR a présenté un projet de protocole unique et des formulaires aux fins de l’identification des dépouilles mortelles.

Des ateliers sur l’anthropologie, l’odontologie et la médecine légale ont aussi été organisés dans le but d’aider à l’identification des corps. La médecine légale et les sciences qui l’entourent, par une gestion adéquate des corps et une bonne prise en charge des familles, peut contribuer de façon substantielle à atténuer les conséquences humanitaires du phénomène migratoire et constitue donc un axe central de l’action du CICR dans la région.

À part le Mexique, le CICR a-t-il apporté un soutien à d’autres pays de la région dans le domaine de la médecine légale ?

Il l’a fait, oui. Au Honduras récemment, à la suite de l’incendie de la prison de Comayagua, où plus de 360 personnes ont péri. Le CICR a soutenu les efforts déployés par les autorités pour répondre aux besoins dans le domaine médicolégal, principalement s’agissant d’identifier les victimes et de fournir un soutien psychologique à leurs proches. Trois experts médicolégaux ont aussi participé aux différentes étapes du processus d’identification et formulé des recommandations sur la meilleure procédure à suivre pour récupérer les corps et les restituer aux familles ou en disposer de manière définitive.

Le CICR prévoit également d’étendre ses activités dans le domaine médicolégal à d’autres pays d’Amérique centrale. L’organisation de cette première réunion régionale constitue un pas important dans cette direction.


Photos

Anne Montavon, coordonnatrice Protection à la délégation du CICR à Mexico. 

Anne Montavon, coordonnatrice Protection à la délégation du CICR à Mexico.
© CICR

Des migrants en provenance d'Amérique centrale montent dans un train à Tenosique, au Mexique. Durant leur trajet ils devront faire face à des risques d'accidents et d'agressions. 

Des migrants en provenance d'Amérique centrale montent dans un train à Tenosique, au Mexique. Durant leur trajet ils devront faire face à des risques d'accidents et d'agressions.
© CICR / A. Argotte

Tenosique, Mexique. Des migrants en provenance d'Amérique central voyagent sur le toit d'un train.  

Tenosique, Mexique. Des migrants en provenance d'Amérique central voyagent sur le toit d'un train.
© CICR / A. Argotte

Mexico. Des femmes montrent des photos de leurs proches disparus devant la Basilique de la Vierge de Guadalupe. 

Mexico. Des femmes montrent des photos de leurs proches disparus devant la Basilique de la Vierge de Guadalupe.
© Reuters