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Myanmar : une assistance impartiale aux victimes de la violence dans l'État de Rakhine est vitale

30-07-2012 Interview

Début juin, les violences opposant la communauté musulmane et la communauté rakhine ont touché des milliers de personnes dans l'État de Rakhine, à l'ouest du Myanmar. En collaboration avec la Croix-Rouge du Myanmar, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a fourni une assistance rudimentaire mais vitale aux personnes blessées, malades et déplacées. Récit d'Anne Ryniker, cheffe adjointe des opérations pour l'Asie et le Pacifique.

Quelle est la situation dans l'État de Rakhine ?

La violence a éclaté début juin et s’est vite propagée, principalement dans la partie septentrionale de l'État de Rakhine. Les villes de Maungdaw et en particulier de Sittwe ont été le plus durement frappées au regard du nombre important de personnes touchées. Selon les premiers chiffres officiels du 24 juin, les violences auraient fait 78 morts et 87 blessés, et endommagé 3 000 bâtiments résidentiels. On compte au moins 60 000 personnes déplacées dans la seule grande région de Sittwe ; bon nombre d'autres ont trouvé refuge chez des proches. Un mois plus tard, il est encore difficile d’évaluer de manière fiable le nombre total de personnes touchées.

La situation est-elle toujours tendue ?

Au-delà des pertes humaines et matérielles, la violence intercommunautaire a entraîné, de par sa nature même, des conséquences majeures. La méfiance et la peur mutuelle continuent d'entraver le mouvement des civils, notamment des agents des services publics et des travailleurs humanitaires, rendant souvent difficile pour les habitants l’accès aux services de base - tels que les soins de santé -, et pour les organisations humanitaires l’acheminement de l'aide.

Comment arrivez-vous à travailler dans ce contexte ?

Dans un tel climat de tension, les communautés ont du mal à continuer de nous accepter. Or cette acceptation est capitale pour que les organisations humanitaires soient en mesure de fournir une assistance. Pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, une approche neutre et impartiale (lien hypertexte: http://www.icrc.org/eng/resources/documents/interview/neutral-intermediary-interview-070708.htm) est essentielle. Les communautés doivent comprendre que l’aide que nous apportons est fondée uniquement sur les besoins de toutes les personnes touchées par la violence, sans distinction de race, de religion ou d'origine ethnique. Nos actes doivent correspondre à nos paroles si nous voulons que notre impartialité soit crédible aux yeux du public. Notre mode d’action ne peut reposer que sur la confiance. C'est pourquoi le CICR ne peut pas utiliser d’escortes militaires ou d'autres escortes armées.

Quelles sont les causes profondes de ce conflit ?

La situation est très complexe, elle est profondément ancrée dans l'histoire du pays et, plus généralement, de la région. Les questions en jeu sont la prévention de la violence, les besoins humanitaires, le développement économique, la citoyenneté, et l'accès à la terre et aux autres ressources. Elles requièrent des solutions politiques sur lesquelles le CICR ne prend pas position. Comme dit précédemment, le CICR vise en priorité à obtenir un accès dans la région pour y mener son action humanitaire. Notre rôle n'est pas de se lancer dans une polémique de nature politique ou d'analyser la situation publiquement. Cela dit, le CICR souhaite que toutes les communautés puissent vivre en harmonie, dans un environnement sûr, et il appelle toutes les parties concernées à prendre des mesures à cette fin.

Quelle est la réponse de la Croix-Rouge du Myanmar et du CICR ?

Les volontaires de la Croix-Rouge du Myanmar sont intervenus très vite après la flambée de violence, fournissant assistance aux personnes déplacées dans 17 sites principaux. Ils ont notamment dispensé les premiers soins à quelque 2 000 blessés (procédant à des évacuations médicales, si nécessaire), apporté un soutien psychologique à plus de 1 500 personnes, et une aide avec l'approvisionnement en eau et l'assainissement. Deux unités de purification de l'eau ont été installées pour les civils des deux communautés : l'une à Sittwe et l'autre dans le village de Thee Chaung. Plus de 8 000 personnes dans 16 sites différents ont en outre été directement approvisionnées en eau potable.

Les volontaires de la Croix-Rouge du Myanmar ont distribué des articles de première nécessité aux personnes déplacées (ustensiles de cuisine, bâches et savon, par exemple). Ils ont aussi aidé les personnes séparées de leurs familles à renouer avec leurs proches en mettant à leur disposition des téléphones et en leur permettant d'écrire de courts messages.

Depuis le 16 juin, une équipe d'urgence du CICR en poste à Sittwe, comprenant à la fois des collaborateurs nationaux et des expatriés, a fourni à la Croix-Rouge du Myanmar un soutien technique, logistique et financier. Travaillant conjointement, le CICR et la Société nationale ont réussi à ce jour de se déplacer sans entrave et sans escorte armée.

Avez-vous contacté les autorités pour leur faire part de vos préoccupations ?

Comme dans d'autres contextes à travers le monde, nous travaillons sur une base confidentielle et bilatérale avec les autorités compétentes lorsque cela est jugé nécessaire.

Quelle est la stratégie plus générale du CICR ?

Notre objectif immédiat est de nous concentrer sur les besoins vitaux dans deux domaines clés : les soins de santé, ainsi que l'approvisionnement en eau et l'assainissement. La Croix-Rouge du Myanmar et le CICR mettront à disposition des secouristes pour aider le personnel médical des unités de soins mobiles gérées par les autorités médicales publiques et d’autres, comme l'Association médicale du Myanmar. Au total, les secouristes interviendront sur 20 à 25 sites principaux couverts par ces unités et dirigeront les patients des deux communautés vers des hôpitaux. Les deux organisations continueront aussi à fournir de l'eau potable et à répondre aux besoins d'assainissement des personnes déplacées.

Comment allez-vous mettre en oeuvre cette stratégie ?

En s'appuyant sur un nombre important de volontaires de la Croix-Rouge du Myanmar recrutés dans différentes parties du pays qui interviendront à tour de rôle. En sus de l'assistance financière et technique, le personnel du CICR travaille quotidiennement aux côtés des collègues de la Croix-Rouge du Myanmar, menant conjointement des enquêtes et autres activités, telles que le transport des volontaires et des patients dans des véhicules portant l'emblème de la croix rouge.

Comment voyez-vous l'avenir de cette opération humanitaire ?

Toutes les activités sont en cours. Des progrès ont pu être réalisés car la Croix-Rouge du Myanmar et le CICR ont réussi à ce jour à fonctionner « à travers les lignes » et de manière indépendante. Toutefois, l'acceptation par tous, clé de voûte de l'ensemble de notre réponse, ne saurait être tenue pour acquise : elle se gagne jour après jour. Nous nous sommes engagés à aller jusqu’au bout et à accroître notre aide.


Photos

Anne Ryniker, cheffe adjointe des opérations pour l'Asie et le Pacifique au CICR. 

Anne Ryniker, cheffe adjointe des opérations pour l'Asie et le Pacifique au CICR.
© ICRC