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Somalie : 20 ans de services médicaux d’urgence à l’hôpital Keysaney malgré un climat de forte insécurité

07-06-2012 Interview

Yusuf Mohamed Hassan, directeur de l’hôpital Keysaney à Mogadiscio depuis 2004, explique qu’en fournissant des soins de manière neutre et impartiale, l’hôpital a pu assurer la continuité de ses services au cours des 20 dernières années dans l’un des environnements les plus dangereux de la planète.

Depuis quand l’hôpital Keysaney est-il opérationnel ?

À l’origine, le bâtiment faisait office de prison. Le CICR a entrepris des travaux en vue de transformer les locaux en hôpital ouvert à tous, sans distinction de clan ni d’appartenance politique. L’hôpital a officiellement ouvert ses portes le 2 février 1992. À cette époque, les combats s’étaient intensifiés et l’hôpital prenait en charge un grand nombre de patients chaque jour. Au fil des ans, il est arrivé que le nombre de patients admis dépasse la capacité d’accueil de l’hôpital lorsque la situation se détériorait.

Quel est le principal défi à relever pour assurer le fonctionnement d’un hôpital à Mogadiscio aujourd’hui ?

L’insécurité est le principal problème, notamment lorsque des combats font rage à proximité de l’hôpital. Il est très fréquent que des affrontements se produisent à Mogadiscio, ce qui a parfois pour effet d’entraver la chaîne d’approvisionnement ou l’accès aux hôpitaux. Notre personnel est également sous pression : lorsque des combats éclatent, on ne sait jamais comment les choses vont tourner. Les membres de leurs familles sont eux-mêmes en danger. En dépit de ces problèmes, nous faisons de notre mieux pour aller de l’avant et continuer à sauver des vies. Nous sommes déterminés à continuer de servir la population somalienne. L’hôpital Keysaney est un établissement clé, qui joue un rôle essentiel dans la fourniture de soins médicaux d’urgence aux personnes touchées par la guerre depuis 20 ans.

Comment êtes-vous parvenu à faire votre travail dans de telles conditions ?

Deux décennies de conflit armé ont fait payer un lourd tribut à la population et causé des ravages dans le pays, provoquant une crise humanitaire de longue durée. Les combats entre différentes factions politiques ont détruit des infrastructures essentielles, notamment des hôpitaux, dans l’ensemble du pays. Malgré tout, l’hôpital Keysaney a pris en charge plus de 216 000 personnes, dont 30 000 blessés par armes, depuis son inauguration il y a 20 ans. Je suis convaincu que c’est grâce à notre impartialité et à notre neutralité que nous avons pu continuer à fournir nos services durant toutes ces années.  

Quel est votre souvenir le plus marquant dans cet hôpital ?

Il n’a jamais été facile de soigner des blessés dans un pays comme la Somalie. Un jour, des affrontements ont éclaté à Mogadiscio et nous avons dû faire face à un grand nombre de blessés. Je me souviens notamment d’une famille de huit personnes. À peine arrivée, la mère est décédée alors qu’elle était en train d’allaiter son bébé de trois mois. C’est la pire expérience que j’aie vécue durant ma carrière à l’hôpital. La situation était ingérable pour toutes mes équipes. Nous avons eu notre lot de cas désespérés presque au quotidien. Mais nous vivons aussi des moments de joie – par exemple lorsqu’un bébé naît. La vie continue, malgré tout. En fin de compte, nous sommes ici pour sauver des vies.

Le CICR a terminé cette année des travaux de rénovation à l’hôpital. En quoi ont-ils consisté ?

Ces travaux ont permis d’agrandir l’hôpital en construisant un bloc opératoire ultramoderne. Les membres du personnel n’oublieront jamais ce qu’ils ont ressenti le jour où ils ont travaillé pour la première fois dans le nouveau bloc. Auparavant, j’avais vraiment l’impression de travailler dans une prison. Avec le soutien du CICR, l’hôpital a été complètement réaménagé et doté de salles spécialement conçues pour les interventions chirurgicales. Cela nous facilite la tâche et nous motive tous dans notre travail au quotidien.

 


Photos

Dr Yusuf Mohamed Hassan, directeur de l'hôpital Keysaney 

Dr Yusuf Mohamed Hassan, directeur de l'hôpital Keysaney
© ICRC

Mogadiscio, 2012. Entrée de l’hôpital Keysaney 

Mogadiscio, 2012. Entrée de l’hôpital Keysaney
© ICRC / so-e-00641