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Soudan : la santé animale, une question de vie ou de mort au Darfour

25-01-2012 Interview

En Afrique subsaharienne, les nomades vivent de leur bétail. Ils traitent leurs bêtes comme des membres de la famille. Si leurs animaux contractent une maladie et meurent, ils risquent de perdre leurs seules chances d'avoir accès au strict nécessaire, comme la nourriture, les soins de santé et l'éducation.

Pour les communautés pastorales du Darfour, le bétail est indispensable à la survie et constitue la base de l'économie locale. Les animaux sont échangés contre des biens essentiels, comme la nourriture de base, les médicaments et les vêtements, ou sont offerts en contribution aux événements sociaux. En échange d'un bélier, les gardiens de troupeau peuvent obtenir environ deux gros sacs de sorgho, ce qui suffit à nourrir une famille pendant trois mois. Les bovins mâles sont échangés contre dix sacs de sorgho tout au plus, ce qui permet de nourrir six personnes pendant 15 mois. Les gardiens de troupeau possèdent habituellement entre 100 et 200 têtes de bétail et certains jusqu'à 2 000. Cependant, les familles pastorales sont souvent nombreuses ; les animaux appartiennent donc à un grand nombre de personnes. Celles qui possèdent plusieurs centaines d'animaux sont considérées comme très riches, mais elles sont aussi très rares.

Depuis que le CICR a étendu son soutien à la santé animale au sein des communautés, en formant des agents de santé animale et en menant des campagnes de vaccination de grande ampleur dans les zones reculées du Darfour, les gardiens de troupeau ont constaté une baisse spectaculaire du nombre de morts à la suite de maladie. La formation et les campagnes de vaccination sont organisées en étroite coopération avec le ministère des Ressources animales et de la Pêche.

Ursula Kayali, collaboratrice du CICR spécialisée dans l'élevage, en poste au Soudan, explique ce que le CICR fait pour soutenir au niveau local les communautés nomades au Darfour, une région touchée par le conflit armé et les affrontements tribaux depuis 2003.

Quel est le rôle du CICR dans le domaine de la santé animale au sein des communautés soudanaises ?

Le CICR, en étroite coopération avec le ministère des Ressources animales et de la Pêche, soutient la fourniture de soins vétérinaires dans les communautés nomades à travers le Darfour. Depuis 2005, près de 300 agents communautaires de santé animale, vivant dans les zones reculées du Darfour touchées par le conflit armé, ont été formés aux services vétérinaires de base, tels que la vaccination, et dotés de médicaments et d'instruments nécessaires pour le traitement des animaux malades. Le CICR continue de former des agents de santé animale dans les zones qui ne sont pas encore couvertes et il organise des cours annuels de remise à niveau à l'intention des personnes qui ont déjà suivi une formation.

Avec le soutien qu'il apporte, le CICR compte surmonter les difficultés liées à la fourniture de services vétérinaires aux communautés très mobiles dans les terrains difficiles, où les infrastructures sont limitées et les conditions de sécurité précaires, tout en assurant à long terme la viabilité de ces services. La fourniture de services de soins de santé animale au Darfour a été sérieusement mise à mal par le conflit armé en cours. Les dispensaires vétérinaires dans les zones rurales ont été détruits ou pillés, et les agents vétérinaires publics n'ont plus accès à certaines communautés. L'intérêt majeur de former des agents de santé animale dans les communautés est que ces agents suivent les animaux tout au long de leur migration et qu'ils sont toujours disponibles. Maintenant que les services publics recouvrent leurs capacités, ces agents travaillent de plus en plus avec les services vétérinaires de l'État.

Qui sont les agents communautaires de santé animale, et quels services fournissent-ils ?

Le CICR donne aux communautés les moyens d'assurer la viabilité des services vétérinaires. Les agents de santé animale sont choisis par la communauté et formés par le CICR en coopération avec le ministère des Ressources animales et de la Pêche, sur la base du programme national de formation vétérinaire.

Ils apprennent à déceler les maladies et à fournir des services de base en matière de santé animale dans les zones reculées où les gardiens de troupeau ont peu de chances d'avoir accès à des services vétérinaires, y compris les vaccinations animales. Grâce à la formation et au matériel fournis par le CICR, ils peuvent traiter les maladies les plus courantes, telles que les infestations parasitaires ou les infections, et soigner les plaies. Tous les agents de santé animale qui ont été formés reçoivent des médicaments (en particulier, produits antiparasitaires, antibiotiques et désinfectants, en plus des seringues et des aiguilles), des outils pour soigner les dents et les sabots et des instruments de petite chirurgie. Ils donnent également des conseils à leur communauté sur la manière de prévenir les maladies animales et jouent un rôle important dans le domaine de la santé publique, par exemple en assurant l'inspection de la viande. Non seulement leurs services améliorent considérablement la santé animale mais ils protègent aussi la santé des personnes.

En outre, les agents communautaires de santé animale ont soutenu les dernières campagnes de vaccination qui ont permis de traiter en 2011 près d'un million d'animaux au Darfour seulement. Certaines communautés ont vu le taux mortalité de leur bétail divisé par dix à la suite de la vaccination.

Quelles sont les conséquences de la sécheresse pour la vie des gardiens de troupeau et de leur communauté ?

Avec le manque de pluies, la désertification et les conditions d'insécurité au Darfour, il est difficile pour les gardiens de troupeau de parvenir jusqu'aux points d'eau et zones de pâturage où ils avaient l'habitude de mener leurs animaux. Aussi commencent-ils à déplacer leur troupeau plus tôt dans l'année, en quête de nouvelles pâtures. La surpopulation animale accroît le risque de propagation de maladies parmi le bétail déjà affaibli. La prévention des maladies mortelles telles que la septicémie hémorragique, le charbon symptomatique ou la peste des petits ruminants, et la fourniture de traitements de base sont d'autant plus importants dans cette situation. Par exemple, la septicémie hémorragique est une infection bactérienne qui touche toutes les espèces de bétail et cause une forte morbidité et mortalité dans les troupeaux. Les symptômes sont une forte fièvre et un gonflement au niveau du cou ou de la poitrine, et la transmission de la maladie aux autres animaux se fait facilement par les sécrétions nasales. Dans le cas de cette maladie, seule une vaccination régulière peut prévenir la forte mortalité des animaux.

Les communautés pastorales bénéficient également des efforts déployés par le CICR pour réparer les points de distribution d'eau publics le long des routes de migration du bétail. Cette année, en collaboration avec les communautés locales et les services des eaux, le CICR a permis à 213 000 personnes ainsi qu'à leur bétail d'avoir accès à l'eau potable au Darfour.


Photos

Ursula Kayali (en haut à droite), collaboratrice du CICR spécialisée dans l'élevage, en visite sur le terrain, au Darfour. 

Ursula Kayali (en haut à droite), collaboratrice du CICR spécialisée dans l'élevage, en visite sur le terrain, au Darfour.
© ICRC