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Libye : les secouristes en première ligne

01-03-2013 Interview

Lors du conflit libyen de 2011, le travail du personnel de santé et des services d’urgence a été essentiel pour sauver des vies. Pendant plus d’un an, Abdulbadih El Dada, délégué du CICR chargé des premiers secours, a travaillé en étroite collaboration avec des volontaires et des médecins.

Quel était le principal objectif de votre mission ?

Ma mission consistait essentiellement à former des volontaires du Croissant-Rouge libyen aux premiers secours afin qu’ils sachent comment prendre en charge les blessés ayant besoin de soins d’urgence. Mais lorsque je suis arrivé en Libye en mai 2011, je me suis rendu compte que les volontaires du Croissant-Rouge libyen n’étaient pas les seuls à s’occuper des blessés. D’autres groupes de volontaires, composés de médecins et de personnel infirmier, s’étaient formés spontanément dans les zones de conflit. Comme il n’y avait pas assez de secouristes, ils étaient en première ligne. Lorsque nous avons pris contact avec eux, nous avons constaté que rien n’avait été organisé pour évacuer les blessés vers les hôpitaux.

Nous avons donc travaillé avec ces groupes à mettre en place un hôpital de campagne et une stratégie d’évacuation des blessés. Au bout d'un mois, nous avions mis sur pied un protocole d’évacuation vers les centres de soins. L’idée était la suivante : évacuer en premier lieu les blessés des zones de combat vers des points de rassemblement, afin que les médecins puissent les trier en fonction de la gravité de leurs blessures. Ceux qui devaient être opérés étaient emmenés directement à l’hôpital ; ceux dont l’état était moins critique mais qui avaient tout de même besoin de soins d’urgence, en particulier lorsque les combats alentour faisaient rage, étaient conduits à l’hôpital de campagne.

Nous avons organisé des séances de formation aux premiers secours dans les hôpitaux de campagne, pour les médecins et le personnel infirmier, mais aussi pour les volontaires et les conducteurs ambulanciers qui n’avaient aucune connaissance médicale. Nous avons également formé du personnel à Misrata et aussi, par la suite, dans la partie est du pays.

Quels sont les souvenirs les plus marquants que vous gardez de votre expérience en Libye?

Travailler sur le lieu même des affrontements a été très dur. J’ai dû franchir les lignes à Syrte (au nord du pays), à Sabah (au sud) et à Tripoli, pour livrer des fournitures médicales au personnel de santé, ainsi que de la nourriture et d’autres articles de première nécessité aux civils démunis. Ce n’était pas facile. Même pendant les cessez-le-feu, il y avait des échanges de tirs, et il était dangereux de franchir les lignes.

À Misrata, nous nous sommes rendu compte que la prise en charge des dépouilles mortelles se faisait très mal. Nous avons donc formé des groupes de volontaires issus de la population locale à la collecte et à l’inhumation des corps. Lorsque Tripoli est tombé, nous avons récupéré, avec l’aide de volontaires, les corps qui gisaient dans les rues ou qui étaient entassés dans les morgues. Il y en avait des centaines. Il fallait absolument les identifier, les photographier et préciser pour chacun l’endroit où il avait été trouvé, où il avait été enterré, etc.

Même pour moi qui ai travaillé plus de dix ans comme secouriste pour le Croissant-Rouge libanais, le fait de m'occuper de cadavres n’a jamais été anodin, car derrière chaque corps, il y a une personne avec une famille et une histoire. La proximité des morts me rappelle combien les premiers secours sont essentiels pour sauver des vies.

Que fait actuellement le CICR pour renforcer les services de premiers secours en Libye ?

En ce moment, nous travaillons en étroite collaboration avec les équipes du Croissant-Rouge libyen pour accroître leurs capacités à fournir des soins d’urgence. Nous collaborons également avec des organisations spécialisées dans la gestion de crise en Libye et nous organisons des formations pour les services médicaux d’urgence, les organismes de protection civile, etc.

Récemment, lors d’un exercice, nous avons procédé à la reconstitution d’un crash aérien. Il s’agissait d’un exercice de grande ampleur auquel participaient l’Autorité nationale chargée de la sécurité, le Croissant-Rouge libyen, les services médicaux d’urgence, Libyan Aid, le comité de gestion de crise du cabinet du Premier ministre, ainsi que les ministères de l’Intérieur, de la Santé et de la Défense. Ce type de simulation grandeur nature permet à toutes les parties prenantes d’être bien préparées et de savoir réagir dans une situation d’urgence. La coordination est essentielle dans ce genre de circonstances.


Photos

Abdulbadih El Dada, délégué du CICR chargé des premiers secours, anime une séance de formation destinée, entre autres, aux membres du personnel du Croissant-Rouge libyen. 

Ghat, au sud-ouest de la Libye, janvier 2013.
Abdulbadih El Dada, délégué du CICR chargé des premiers secours, anime une séance de formation destinée, entre autres, aux membres du personnel du Croissant-Rouge libyen.
© ICRC

Abdulbadih El Dada, délégué du CICR chargé des premiers secours, et plusieurs membres du personnel du Croissant-Rouge libyen transportent un corps à la morgue tandis qu’une équipe du CICR évacue le personnel et les patients de l’hôpital. 

Hôpital Ibn Sina, Syrte, Libye, octobre 2011.
Abdulbadih El Dada, délégué du CICR chargé des premiers secours, et plusieurs membres du personnel du Croissant-Rouge libyen transportent un corps à la morgue tandis qu’une équipe du CICR évacue le personnel et les patients de l’hôpital.
© ICRC

Des secouristes du Croissant-Rouge libyen évacuent un  

Aéroport Ma'tigah, Tripoli, Libye.
Des secouristes du Croissant-Rouge libyen évacuent un "accidenté" lors d'un exercice de simulation.
© ICRC / M. Hawas