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Nigeria : le CICR aide des chirurgiens à sauver des vies

28-03-2013 Interview

Carlo Pacitti travaille comme chirurgien pour le CICR. À l’approche de la fin de sa mission au Nigeria, il évoque les six mois qu’il a passés dans le nord du pays.

En quoi consiste votre travail au Nigeria ?

Le CICR soutient plusieurs hôpitaux dans les États de Bauchi, de Kaduna et du Plateau, dans le nord du pays ; il leur apporte ses compétences techniques, les approvisionne en matériel et en fournitures, et forme le personnel.

Je suis à la tête d’une équipe chirurgicale qui compte d’autres spécialistes (1 anesthésiste, 3 infirmiers et 1 physiothérapeute). Ensemble, nous formons les chirurgiens et le personnel médical de quatre hôpitaux afin qu’ils sachent faire face aux afflux soudains et massifs de blessés.

L’équipe du CICR aide le personnel local à maîtriser le triage, à mieux gérer l’afflux massif de patients et à mettre en place des plans d’urgence.

Comment le CICR a-t-il été amené à travailler avec ces hôpitaux nigérians ?

Le 25 décembre 2011, jour de Noël, un kamikaze s’est fait exploser dans une église, à Madalla, près d’Abuja, faisant plusieurs dizaines de morts et de nombreux blessés. Quand notre infirmier est allé apporter des fournitures pour pansements, à l’hôpital national d’Abuja, le directeur de l’hôpital lui a demandé si le CICR pouvait envoyer du personnel supplémentaire pour aider à gérer l’afflux de blessés.

Le jour même, le CICR a décidé de dépêcher une équipe chirurgicale sur place et de lancer un vaste programme de soutien aux établissements médicaux situés dans les régions du pays exposées à la violence.

En janvier 2012, en accord avec le ministère fédéral de la Santé, le CICR a animé son premier stage de formation de chirurgiens nigérians, dont la plupart venait du nord du pays. À ce jour, environ 75 chirurgiens ont suivi cette formation.

Le CICR forme également des équipes d’intervention d’urgence de la Croix-Rouge nigériane à la prise en charge des blessés avant leur arrivée à l’hôpital.

Et enfin, tout hôpital confronté à un afflux massif de blessés à la suite d’actes de violence peut compter sur notre équipe. Nous pouvons être sur place en quelques heures.

Comment les hôpitaux qui ont bénéficié du soutien du CICR ont-ils été sélectionnés ? Quelles sont les difficultés qu’ils rencontrent ?

On observe une recrudescence de la violence armée et des affrontements intercommunautaires dans les régions du nord depuis 2010. Les hôpitaux situés dans ces régions sont de plus en plus souvent confrontés à des afflux soudains de blessés. Ils souffrent en outre d’une pénurie de personnel infirmier et de médecins qualifiés capables de prendre en charge les victimes de violences, ainsi que d’un manque d’équipement et d’infrastructures.

Les quatre hôpitaux (un privé, un fédéral, et deux publics) qui participent actuellement à notre programme de formation en cours d’emploi ont été choisis à l’issue d’une évaluation approfondie de leurs infrastructures, de leur équipement et, surtout, des compétences chirurgicales de leur personnel en matière de prise en charge des blessés par armes.

On nous a assuré – et nous l’avons constaté par nous-mêmes – que les quatre établissements dispensaient les soins nécessaires à tous les blessés, indépendamment de leur religion, sexe ou origine sociale.

Que retenez-vous de votre collaboration avec des équipes chirurgicales nigérianes ?

Les membres du personnel de l’hôpital étaient toujours ravis de nous voir et nous réservaient chaque fois un accueil très chaleureux. Au cours de nos tournées conjointes dans les hôpitaux, ils me demandaient souvent conseil, et pas seulement sur des cas de traumatismes. Cela montre que notre présence était bien acceptée et qu’ils nous faisaient confiance.

Cette expérience a été riche d’enseignements pour moi aussi. J’ai été impressionné par le niveau général des connaissances et des compétences chirurgicales de mes collègues nigérians, et plus encore par leur aptitude à travailler dans des conditions difficiles, par exemple sans éclairage ou à peine, ou encore sans certains instruments.

J’ai derrière moi de longues années de pratique de la chirurgie, aussi bien en Italie, mon pays natal, que pour le CICR, mais c’est la première fois que je participe à un programme de soutien aux hôpitaux d’une telle ampleur. J’ai trouvé l’expérience très enrichissante !

J’ai été heureux de pouvoir partager avec des collègues nigérians mes connaissances des techniques chirurgicales de base à employer pour soigner les blessures par armes et les traumatismes courants, et ainsi de mettre à profit l’expérience acquise dans ce domaine quand j’ai travaillé en Afghanistan pour le CICR.


Photos

Le docteur Carlo Pacitti, du CICR, opère un patient aux côtés d’un collègue nigérian à l’hôpital St-Gerard de Kaduna, au Nigeria, février 2013. 

Hôpital St-Gerard, Kaduna, Nigeria, février 2013.
Le docteur Carlo Pacitti opère un patient aux côtés d’un collègue nigérian. Au cours des trois dernières années, l’État de Kaduna a connu une recrudescence de la violence armée. Les hôpitaux de la région sont reconnaissants au CICR de les avoir aidés à bien se préparer pour faire face aux afflux massifs de blessés.
© CICR / S. Serry / v-p-ng-e-00475