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S’adapter aux nouveaux défis pour mieux protéger les personnes victimes de la guerre ou d’autres formes de violence.

26-04-2013 Interview

Afin de veiller à ce que les personnes reçoivent la protection à laquelle elles ont droit, les activités menées en leur faveur doivent être adaptées en permanence aux changements rapides d’environnement. Guilhem Ravier, responsable des activités de protection du CICR, explique.

Que peut-on faire pour protéger les personnes dans les situations de conflit armé, et pourquoi ont-elles besoin de protection ?

Partout dans le monde, des millions de personnes subissent les effets de la guerre et de la violence. Les États et les groupes armés sont responsables d’épargner les civils, mais ils sont souvent dans l’incapacité de le faire ou n’en ont pas la volonté. Il arrive même qu’ils soient eux-mêmes les instigateurs de la violence contre les civils ou d’autres catégories de personnes devant être protégées.

Veiller à ce que les personnes qui ont droit à être protégées au titre du droit international le soient réellement peut prendre plusieurs formes : visiter des détenus afin de s’assurer que leurs conditions de vie et le traitement qui leur est réservé sont conformes à certaines normes, rappeler aux parties à des conflits les obligations qui sont les leurs, et veiller à ce que les gens aient accès aux soins de santé.

Qu’est-ce que les organisations humanitaires entendent exactement par « activités de protection » ?

Les activités de protection consistent notamment à promouvoir le respect des règles du droit international, en particulier du droit international humanitaire, à prévenir les violations du droit ou à y mettre un terme, et à atténuer les souffrances de la population en cas de non-respect de ces règles. Il s’agit en outre de réduire au minimum les dangers auxquels les personnes sont exposées.

Les personnes protégées le sont en vertu du droit international humanitaire et d’autres règles de droit régissant la conduite des hostilités. Le rôle des personnes actives dans le domaine de la protection est de veiller à ce que ceux qui sont responsables d’appliquer ces dispositions le fassent effectivement.

En quoi les activités de protection ont-elles changé dernièrement ?

Beaucoup de changements sont en effet intervenus, dont deux qui ont eu un impact considérable sur le travail de protection. Il y a tout d’abord l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication au service des activités de protection, ce qui comporte à la fois des avantages et des inconvénients. Par exemple, lorsque des données sensibles sont collectées à distance, il s’agit de les gérer de manière adéquate, de façon à ne pas mettre en danger les personnes concernées. Deuxièmement, du fait que des forces de maintien de la paix des Nations Unies et d’autres forces militaires et de police sous mandat international sont aujourd’hui régulièrement chargées d’assurer la « protection des civils », les organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme doivent décider de la manière d’interagir avec les forces en question, afin de travailler de manière complémentaire en évitant toute confusion des rôles.

Il convient en effet de mentionner que de plus de plus d’organisations se retrouvent aujourd’hui associées à des activités de protection partout dans le monde. Or, si tous les acteurs dans ce domaine ont des rôles complémentaires, ils accomplissent des tâches bien distinctes et ont recours à des approches différentes. Il est dès lors important que nous comprenions qui sont ceux qui mènent à bien des activités de protection et comment ils le font, si nous voulons que chacun se voit attribuer des responsabilités spécifiques, de façon à tirer le meilleur profit des ressources disponibles et à pouvoir répondre à l’ensemble des besoins.

Quels sont les principes essentiels qui régissent les activités menées par les personnes travaillant dans le domaine de la protection ?

La priorité est de garantir le respect des personnes et de s’abstenir de nuire. Les activités de protection doivent être menées en tenant compte de l’intérêt supérieur des personnes à qui elles s’adressent, et avec leur consentement éclairé. Il va sans dire que ces activités ne doivent pas exposer les bénéficiaires à des dangers plus grands encore, mais qu’il faut au contraire qu’elles contribuent à améliorer leur sécurité.

Si l’on veut qu’elles soient efficaces, les activités de protection demandent de ceux qui en sont chargés une combinaison de compétences diverses avec un sens éthique développé. Tous ces aspects sont abordés dans un manuel intitulé Standards professionnels pour les activités de protection, dont une édition mise à jour vient d’être publiée, au terme d’un processus consultatif conduit par le CICR, avec la participation d’organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme actives dans le domaine.

Quelle est l’influence des nouvelles technologies sur la manière dont le CICR et d’autres organisations humanitaires s’emploient à protéger les personnes touchées par un conflit armé ou d’autres situations de violence ?

Cela a surtout trait à la façon de collecter les données et de communiquer avec les personnes intéressées. Recueillir et échanger des informations concernant des abus de droits de l’homme ou des violations du droit international humanitaire est aujourd’hui très facile et très rapide. De telles données peuvent même être communiquées directement par les victimes de telles infractions, pour qui il est urgent de faire connaître la situation dans laquelle elles se trouvent et les besoins qui sont les leurs. Les réseaux sociaux, les plateformes de microblogage et autres services de messagerie ont notamment été utilisés en Syrie, en Libye et ailleurs dans le monde pour solliciter l’aide du CICR. Les technologies de la communication peuvent aussi servir à mettre en évidence des situations d’abus et de violations récurrentes, à identifier des communautés ayant besoin d’aide et à planifier des actions appropriées.

Les nouveaux outils de travail collaboratif, comme l’externalisation ouverte (crowdsourcing), peuvent être un moyen très efficace pour collecter et analyser des informations sur des cas de violence ou d’infraction avérés, et sur les conséquences qui en découlent pour les personnes ou les communautés concernées. Les nouvelles technologies n’offrent cependant pas que des avantages. En effet, leur utilisation pose aussi toute une série de problèmes, notamment la protection des sources, la perte de contrôle des utilisateurs sur leurs données personnelles, l’usage abusif de ces dernières, etc.

Comment les acteurs de la protection font-ils pour pallier les inconvénients liés à l’utilisation des nouvelles technologies ?

Des données ne seront collectées que s’il s’agit d’améliorer la sécurité et la dignité des personnes concernées. Les acteurs de la protection évalueront systématiquement les risques, en faisant en sorte de les limiter au minimum. Le processus de collecte de données doit obéir à des normes d’exactitude et de transparence strictes, et ne peut être entamé sans le consentement éclairé des intéressés.
Au CICR, la protection des données est une préoccupation permanente. S’agissant par exemple du site Internet que nous avons mis en place pour permettre à des membres de familles dispersées de rétablir le contact, nous avons tout mis en œuvre pour protéger les données personnelles des utilisateurs de cet outil. Seuls certains collaborateurs de la Croix-Rouge ou du Croissant-Rouge sont habilités à modifier les données disponibles sur le site. Ce qui n’est pas le cas pour d’autres sites Web, où les données sont à la vue de tous et peuvent être modifiées par n’importe qui.

Quels rapports les acteurs de la protection entretiennent-ils avec les forces militaires et de police chargées de protéger les civils ?

Les responsabilités en matière de protection qui incombent aux forces de maintien de la paix sont très différentes de celles des organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme actives dans le domaine de la protection. Les forces de maintien de la paix sont tenues de se conformer au DIH lorsqu’elles sont impliquées dans les hostilités. Elles peuvent être amenées à intervenir pour protéger les civils contre les parties au conflit. Aussi jouent-elles un rôle qui, tout en étant complémentaire, se distingue de celui des organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme.
La confusion entre ces différents rôles peut engendrer des difficultés supplémentaires pour les organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme, par exemple en entravant l’accès des travailleurs humanitaires aux personnes ayant besoin de leur assistance, ou encore, en leur faisant courir davantage de risques, tout le monde ne considérant pas les forces de maintien de la paix des Nations Unies comme neutres et impartiales. D’où aussi l’importance pour les acteurs de la protection de prendre attentivement en compte les possibles conséquences de ce genre de coopération sur la façon dont ils seront perçus et acceptés.