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Liban : L’afflux de réfugiés syriens pose d’énormes problèmes

24-08-2013 Interview

À la fin de son mandat de chef des opérations du CICR au Liban, Jürg Montani explique comment l’afflux de centaines de milliers de réfugiés de la Syrie voisine a déclenché une crise humanitaire dont on ne voit pas la fin.

Combien y a-t-il de réfugiés de Syrie au Liban aujourd’hui et comment leur venez-vous en aide ?

Il y a au moins 700 000 réfugiés syriens au Liban aujourd’hui si l’on en croit le HCR et plus d’un million selon le gouvernement, sans parler des plus de 60 000 réfugiés palestiniens qui ont aussi fui la violence en Syrie. On est loin de la situation qui régnait au printemps 2011, à mon arrivée au Liban. Le soulèvement avait commencé en Syrie quelques mois plus tôt et le nombre des réfugiés ne dépassait pas quelques milliers. Le Moyen-Orient était en effervescence mais, pour l’essentiel, le Liban n’était pas touché.

Une de nos priorités a été de veiller à ce que les blessés de guerre syriens soient soignés dans des hôpitaux de la plaine de la Bekaa. Nos efforts sont étroitement coordonnés avec ceux de notre principal partenaire, la Croix-Rouge libanaise, qui transfère les blessés dans les hôpitaux et fait un travail remarquable. Le nombre des blessés dont les frais de traitement sont pris en charge par le CICR a augmenté de manière spectaculaire en 2013, ce qui vous donne une idée de l’escalade de la violence en Syrie. Nous en sommes actuellement à 700 cas, contre 600 en 2012 et environ 120 en 2011.

La responsabilité de l’assistance aux réfugiés incombe au premier chef aux autorités libanaises, au HCR et à l’UNRWA, entre autres. Cependant, étant donné l’ampleur de la crise, nous sommes intervenus quand il est apparu que leur action ne suffisait pas à répondre à tous les besoins. Nous avons, par exemple, distribué des denrées alimentaires et d’autres articles aux réfugiés, qui arrivent souvent épuisés et avec très peu d’affaires personnelles, sinon aucune. De plus, nos ingénieurs travaillent avec les municipalités pour accroître les capacités du réseau d’alimentation en eau afin qu’il puisse satisfaire une demande en augmentation constante.

De l’avis de certains, la crise syrienne est l’une des plus tragiques de l’histoire moderne. Comment décririez-vous la situation des réfugiés syriens au Liban en général ?

Les premiers arrivés ont été accueillis par des amis et des parents, et c’est encore le cas pour beaucoup. Mais leur nombre ne faisant que croître et la situation s’éternisant, leurs conditions de vie sont devenues de plus en plus difficiles. Certaines collectivités n’ont plus de bâtiments publics et de lieu pour accueillir décemment les réfugiés. Nous avons vu des campements improvisés surgir un peu partout dans le pays. Dans les villes, on peut voir des familles de réfugiés dormir en plein air, sous les ponts. La situation devient de plus en plus difficile et le sera plus encore en hiver. De plus, les réfugiés ont peu de possibilités de gagner de l’argent. Sur le marché du travail, ils entrent souvent en concurrence avec des Libanais aussi démunis qu’eux, ce qui crée des tensions. L’assistance humanitaire pourvoit aux besoins élémentaires mais il reste beaucoup à faire dans le domaine de l’éducation et des soins de santé.  

Et n’oublions pas la pression sociale et économique qui s’exerce sur les populations d’accueil ni le fait que de nombreux Libanais ont le sentiment, à tort ou à raison, d’avoir autant besoin d’aide que certains des réfugiés.

Attendez-vous encore des réfugiés au Liban ? Le pays sera-t-il en mesure d’absorber un nouvel afflux ?

C’est une période très éprouvante pour le pays et pour les organisations humanitaires mais j’ai décidé d’être optimiste. Je veux croire que le Liban restera en dehors de la crise syrienne, bien que certains événements montrent qu’il sera de plus en plus mis à l’épreuve. Il est difficile d’imaginer comment le Liban pourrait faire face à l’arrivée de nouveaux réfugiés. Mais il y a un an, il était presque impossible d’imaginer comment le Liban absorberait un nombre voisin de celui que nous avons maintenant. Et pourtant il l’a fait. Cela ne cesse de nous étonner. Je crois cependant que, pour que cela continue, le Liban devra trouver de nouveaux moyens de faire face aux conséquences de l’afflux de réfugiés et que le pays aura besoin d’aide. Financière bien sûr, mais aussi de soutien et de solidarité politiques. La délégation du CICR à Beyrouth continuera à apporter son soutien, mais ces problèmes relèvent au premier chef de la responsabilité du gouvernement et des institutions des Nations Unies.

Quelles autres activités, qui ne soient pas liées aux problèmes des réfugiés, avez-vous menées au Liban ?

Nous passons une grande partie de notre temps à aider les familles des milliers de personnes qui ont été portées disparues au Liban depuis le début de la guerre civile en 1975. Au cours des deux dernières années, le CICR a pu procéder à une évaluation complète des besoins spécifiques de ces familles et nous allons travailler avec les autorités et la société civile pour y répondre. Nous avons aussi commencé à réunir des informations détaillées sur chacune des personnes portées disparues et nous nous mettrons bientôt à recueillir des échantillons ADN de leurs familles. Tout cela, pour nous préparer à donner aux familles la réponse qu’elles attendent le plus : « où est notre cher disparu ? ». Le jour où les autorités libanaises seront prêtes à franchir le pas, nous voulons être sûrs que tout sera prêt.

Nous visitons aussi tous les lieux de détention du Liban placés sous l’autorité du ministère de l’Intérieur ou du ministère de la Défense. Nous surveillons les conditions de détention et le traitement des détenus, et soumettons à la discussion des moyens très pratiques d’apporter des améliorations. Une initiative prise par le CICR sur le problème de l’accès aux soins de santé dans les lieux de détention, par exemple, a amené les autorités compétentes à se réunir régulièrement pour trouver des solutions. Et cela marche. Dans l’ensemble, le CICR est bien épaulé par les autorités libanaises dans toutes ses activités.

En ce qui concerne notre aide à la Croix-Rouge libanaise et, en plus de notre opération conjointe de transfert et de traitement de blessés syriens au Liban, nous continuons à fournir une assistance financière et technique dans le but de renforcer les services d’urgence de la Société nationale.


Photos

Jürg Montani, chef de la délégation du CICR au Liban. 

Jürg Montani, chef de la délégation du CICR au Liban.