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L’ancrage historique du CICR à Genève est capital

13-09-2013 Interview

Depuis sa création il y a 150 ans, la plus ancienne organisation humanitaire au monde continue d’évoluer. Internationalisation de son personnel, optimisation des services, diversification des sources de financement, innovation et adaptation aux nouvelles technologies, et fidélité à ses principes sont les maîtres mots de l'institution, profondément ancrée à Genève. Les explications d'Yves Daccord, Directeur-Général.

Quels sont les principaux défis organisationnels auxquels le CICR est confronté aujourd’hui ?

Ils sont multiples mais peuvent se résumer en un défi principal : nous devons nous adapter à un monde qui change, tout en restant fidèles à nos fondamentaux.

Cela signifie par exemple que nous devons poursuivre l'internationalisation de nos équipes, pour diversifier nos compétences, être encore plus proches des réalités du terrain et des populations auprès desquelles nous travaillons. Aujourd'hui, nos quelque 13 000 collaborateurs dans le monde représentent plus de 130 nationalités. Ceci tout en maintenant la neutralité et l’indépendance du CICR qui constituent son identité et sa marque de fabrique.

Il nous faut aussi chercher de nouvelles façons de faire notre métier d'humanitaires, innover dans nos pratiques et nos partenariats, et utiliser les nouvelles technologies pour être plus rapides et efficaces, notamment vis-à-vis des bénéficiaires de nos actions. Enfin, nous devons asseoir notre base de financements tout en optimisant la manière dont nous les utilisons.

Quel est l’état actuel de vos finances ?

Il est encore un peu tôt pour se prononcer de manière définitive, mais nous devrions terminer l’exercice 2013 avec un budget équilibré. Nous sommes parvenus à couvrir l’augmentation exceptionnelle des besoins humanitaires sur le terrain grâce à la hausse des contributions.  

Il est vrai cependant que depuis plusieurs années nous vivons des situations compliquées, liées notamment à la crise économique qui a touché et touche encore certains de nos donateurs traditionnels. Comme beaucoup d'autres organisations humanitaires, nous évoluons aujourd’hui dans un environnement imprévisible où les financements sont incertains.

Quelques-uns de nos donateurs augmentent leur contribution, comme l’on fait récemment la Suisse, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l'Allemagne et le Koweït, par exemple. D’autres réduisent parfois leur participation à la dernière minute. C’est pourquoi nous réalisons plusieurs projections chiffrées par année, qui évoluent en fonction de nos prévisions de dépenses et de financements.

Afin d'assurer un équilibre budgétaire durable, nous réfléchissons à la meilleure manière de fonctionner et d'employer l'argent que nos donateurs nous confient, sur le terrain comme au siège. Ce souci d'efficacité nous habite en permanence.

Est-il correct que vos activités en Syrie pèsent sur votre situation budgétaire ?

Non. La crise humanitaire en Syrie est sous le feu des projecteurs et fait l'objet d'une relative générosité des donateurs. Ce n’est pas le manque d’argent qui nous empêche d’agir à la hauteur des besoins humanitaires immenses en Syrie, c’est la difficulté d'accéder aux populations prises au piège des combats. Par contre, certaines de nos actions sont plus difficiles à financer que d’autres, comme en Irak, dans les territoires palestiniens ou en Colombie.

Quelles mesures concrètes prenez-vous ?

Nous recherchons à la fois à augmenter nos dons (ceux en provenance des Etats mais aussi du grand public et du secteur privé) et à rationaliser nos dépenses. Nous voulons qu'un maximum aille directement à nos activités sur le terrain en faveur des personnes touchées par les crises humanitaires, en Syrie, en Afghanistan ou au Congo par exemple. Il en va de notre responsabilité tant vis-à-vis des personnes que nous aidons que vis-à-vis de nos donateurs.

Après une croissance constante depuis 10 ans, notre objectif est de réduire nos coûts de fonctionnement au siège de 1,5 à 2,5 % par an (entre 3 et 5 millions de francs suisses), à compter de 2014 et jusqu'en 2018. Pour cela, et entre autres mesures, nous étudions la possibilité de conduire un certain nombre d'activités de soutien, en particulier logistiques, informatiques et administratives, dans d'autres pays.

Cette réflexion n'est pas nouvelle et s’inscrit dans la continuité. Une partie de nos activités comptables est effectuée aux Philippines depuis près de deux décennies et certains des rapports destinés à nos donateurs y sont également réalisés depuis deux ans. Plus de 50 personnes travaillent à Manille. D’autres services dans les domaines de la communication et de la formation sont réalisés depuis l’Argentine, l’Egypte, le Kenya, la Thaïlande ou la Russie.

Quelle est la place future du CICR à Genève ?

Le siège du CICR reste et restera bien implanté à Genève, avec une structure et des équipes à la hauteur des défis qui sont les nôtres aujourd'hui.

Les économies escomptées dans les années à venir nous permettront d’investir dans de nouveaux domaines prioritaires. Nous voulons par exemple renforcer nos actions dans le domaine de la santé et de la réponse à la violence sexuelle dans les situations de guerre et de violence armée. La réflexion stratégique et l’appui nécessaire pour cela se feront en grande partie depuis notre siège.

Nous avons ces dernières années beaucoup investi à Genève et dans sa région, en ouvrant notamment en 2011 un nouveau centre logistique à Satigny. Nous aurions pu choisir de la construire ailleurs, à Dubaï par exemple, mais nous avons privilégié Genève. Nous venons d’inaugurer cette semaine un nouveau centre de conférences et d'accueil des visiteurs, qui renforceront la place de Genève comme référence internationale dans le domaine de l’action et des questions humanitaires.

Ces processus de changements sont-ils bien acceptés à l’interne, et comment y associez-vous vos cadres et collaborateurs ?

Les réflexions en cours sur l’optimisation de nos services sont menées avec les cadres responsables de ces services, et les décisions et leur mise en œuvre se feront avec eux. Nos collaborateurs sont régulièrement tenus au courant de ces travaux et nous sommes en dialogue régulier avec l'association du personnel sur ces sujets, comme sur tous ceux qui concernent la vie et l'avenir de notre organisation.

Si certaines fonctions de soutien venaient à être déplacées hors de Genève dans les années qui viennent, cela sera fait de manière graduelle et dans le respect des collaborateurs concernés. Je comprends les crispations et les craintes que ces évolutions suscitent. En aucun cas il ne s’agit de délocaliser notre siège. L’ancrage genevois du CICR est historique et essentiel pour son avenir.