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Yémen : assurer un approvisionnement en eau durable

24-03-2014 Interview

Le Yémen est confronté à de nombreux problèmes, la sécheresse étant l’un des plus graves. Les hydrologues prévoient que la capitale Sanaa aura épuisé ses ressources en eau d’ici à 2025, ce qui ferait d’elle la première capitale au monde à connaître une telle situation. Comment en est-on arrivé là ? Le problème tire son origine dans une crise environnementale qui remonte aux années 1970, lorsque la technologie des forages s’est développée pour pomper l’eau.

Andrea Pascarelli coordonne les activités « eau et habitat » du CICR au Yémen. Il nous explique comment le manque d’eau provoque des tensions supplémentaires et alimente le conflit et nous décrit ce que le CICR fait pour approvisionner en eau les personnes qui en ont le plus besoin.

Quel est exactement le problème du Yémen en ce qui concerne l’eau ?

Le Yémen était déjà confronté à des difficultés socio-économiques et à divers problèmes de sécurité avant le cycle de violences actuel. L’épuisement rapide des réserves d’eau souterraine a aggravé les choses. Les Yéménites pompent l’eau du sol à une vitesse telle que la nature n’est pas capable de reconstituer les réserves. De fait, ils « extraient » les eaux souterraines dans des quantités allant bien au-delà d’une consommation durable.

Il n’y a encore eu que très peu de pluie cette année. Nous nous attendons à une pénurie d’eau particulièrement aiguë dans les montagnes. Le Yémen est extrêmement vulnérable aux fluctuations du prix des denrées alimentaires sur les marchés mondiaux. Si le prix des aliments devait augmenter au Yémen, les réfugiés et les Yéménites économiquement vulnérables auraient de plus en plus de mal à subvenir à leurs besoins.

Que faites-vous pour que les personnes vulnérables continuent d’avoir accès à l’eau ?

Nous réparons les installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement qui ont été endommagées à cause du conflit ou dont l’entretien a été négligé, tout en tenant compte de considérations environnementales.

Notre travail accompagne des projets réalisés dans le domaine de la santé, et nous nous employons à optimiser l’utilisation des ressources en eau limitées pour l’irrigation des cultures et l’élevage du bétail.

Par exemple, à Al Hesn in Bani Oweir, un village du nord du Yémen (district de Sahar, gouvernorat de Saada), le CICR répare actuellement le réseau d’approvisionnement en eau dans son ensemble, de la source aux points de distribution. Quelque 5 000 personnes bénéficieront de ces travaux.

À Al Harf, principale ville du district d’Harf Sufyan, dans le gouvernorat d’Amran, le CICR a construit un château d’eau d’une capacité de 100 m3. Maintenant, nous rénovons le système de distribution d’eau de la ville, ce qui rétablira l’accès à l’eau potable de quelque 6 000 personnes.

À Al Madahig, dans le district d’Al Shamayteen du gouvernorat de Taïz, le CICR s’emploie à assurer l’accès à l’eau portable d’environ 6 000 personnes.

Quels sont les difficultés que vous rencontrez au Yémen pour surmonter le problème du manque d’eau ?

Ces dernières années, du fait de leur accès limité et de l’insécurité régnant dans le pays, la plupart des organisations humanitaires ont été contraintes de recourir à des intermédiaires pour distribuer des secours et mettre en œuvre des projets. De ce fait, de nombreuses communautés touchées par le conflit n’ont pas bénéficié de l’aide adéquate.

Le tribalisme reste un facteur de poids au Yémen. En raison de la nature des conflits tribaux et de la faible application des lois, il est particulièrement difficile pour des acteurs extérieurs de mener des activités dans le pays.

Le CICR s’emploie à œuvrer en faveur des personnes vulnérables dans ce pays où les lois ne sont souvent pas respectées, où les ressources naturelles sont limitées voire inexistantes et où les écosystèmes sont fragiles. Tous ces facteurs font qu’il est d’autant plus difficile de répondre efficacement aux besoins.


Photos

 

Andrea Pascarelli
© ICRC

Les hydrologues prévoient que la capitale Sanaa aura épuisé ses ressources en eau d’ici à 2025, ce qui ferait d’elle la première capitale au monde à connaître une telle situation. 

Les hydrologues prévoient que la capitale Sanaa aura épuisé ses ressources en eau d’ici à 2025, ce qui ferait d’elle la première capitale au monde à connaître une telle situation.
© Ed Ou

Dans de nombreuses régions rurales du Yémen, le CICR répare les réseaux de distribution d’eau dans leur ensemble afin de garantir un approvisionnement durable. 

Dans de nombreuses régions rurales du Yémen, le CICR répare les réseaux de distribution d’eau dans leur ensemble afin de garantir un approvisionnement durable.
/ CC BY-SA 2.0

Au Yémen, le CICR répare les installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement qui ont été endommagées à cause du conflit ou dont l’entretien a été négligé. 

Au Yémen, le CICR répare les installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement qui ont été endommagées à cause du conflit ou dont l’entretien a été négligé.
/ CC BY-SA 2.0

Le Yémen rencontre de nombreuses difficultés socio-économiques et une grave insécurité. L’épuisement rapide des réserves d’eau souterraine a aggravé les choses. 

Le Yémen rencontre de nombreuses difficultés socio-économiques et une grave insécurité. L’épuisement rapide des réserves d’eau souterraine a aggravé les choses.
/ CC BY-SA 2.0

Le CICR est présent au Yémen depuis 1962 et compte des bureaux à Sanaa, Aden, Saada et Taïz. Il tente depuis peu de trouver des solutions aux conflits liés au manque d’eau dans le pays. 

Le CICR est présent au Yémen depuis 1962 et compte des bureaux à Sanaa, Aden, Saada et Taïz. Il tente depuis peu de trouver des solutions aux conflits liés au manque d’eau dans le pays.
/ CC BY-SA 2.0