Tsunami : regard rétrospectif sur une action d'urgence
19-12-2005 Interview
Près de 12 mois après le tsunami, Reto Meister, le délégué général du CICR pour l'Asie et le Pacifique, parle de l'action menée par l'organisation suite à la catastrophe.
La phase d'urgence est maintenant derrière nous. Les victimes sont aujourd’hui occupées à reconstruire ce qui a été détruit et à relancer l'économie. Ce que nous voulions faire a été fait, tant à Sri Lanka qu'en Aceh. Prenons l'exe mple de l'hôpital de Banda Aceh, qui nous a permis de venir en aide à plus de 10 000 patients en ambulatoire et de procéder à quelque 700 opérations chirurgicales. En mai, nous avons remis cette structure au ministère indonésien de la Santé publique. D'autres opérations de secours d'urgence, comme le nettoyage à Sri Lanka de 3 000 puits contaminés par les débris et l'eau salée, ont permis de fournir de l'eau potable. L'institution a aussi pu apporter une aide d’urgence à 300 000 personnes en Indonésie et 180 000 à Sri Lanka.
Dans ces deux contextes, l'attention du CICR se porte maintenant à nouveau sur les questions liées au conflit armé. À la mi-août, l'accord d’Helsinki entre le gouvernement indonésien et le Free Aceh Movement a permis au CICR de se rendre dans de nombreuses régions qui n'étaient pas accessibles auparavant. Les besoins des civils habitant ces régions font actuellement l'objet d'évaluations et une réponse y est apportée.
La coordination a été une question capitale soulevée lors des opérations menées après le tsunami et, plus récemment, après le séisme en Asie du Sud. Comment le CICR procède-t-il en pareil cas ?
Il vous sera difficile de coordonner si vous ne savez pas avec précision au départ combien de personnes vous pouvez vraiment secourir. Quand le CICR a parlé d’aider 300 000 personnes en Aceh, il était important de savoir que les moyens pour le faire étaient disponibles. Si toutes les organisations ont cette approche, la coordination devient alors possible. Il est beaucoup plus difficile de coordonner sur la base de plans hypothétiques.
Le but ultime de la coordination devrait être d'éviter les pénuries et la répétition des mêmes activités. Surtout et avant tout, le CICR a assuré la coordination en étroite coopération a vec les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et les autorités indonésiennes et sri-lankaises. Au sein du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, cela a été un succès, car la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et toutes les autres Sociétés nationales participantes ont ainsi pu être associées. Pendant la phase de reconstruction, le rôle du CICR en tant que coordonnateur a diminué, mais dans la première phase, nous avons tout mis en œuvre pour donner aux Sociétés nationales la possibilité de mener leurs activités dans des conditions de sécurité optimales.
Après le tsunami, le CICR a lancé des appels pour une rallonge budgétaire de plus de 20 millions de francs suisses pour Sri Lanka et une trentaine de millions pour l'Indonésie. Comment le CICR peut-il rendre des comptes sur l'argent ainsi récolté ?
Nos appels pour une rallonge budgétaire en faveur des victimes du tsunami faisaient suite aux évaluations des besoins d'urgence que nous avions réalisées dans les premiers jours après la catastrophe et ils nous ont permis d'y répondre de manière réaliste et planifiée, réponse qui s'inscrivait dans le cadre d’une opération de secours plus vaste. Quant à l'obligation de rendre des comptes, nous avons nos propres mécanismes internes et systèmes d'audit. Le CICR présente chaque année des rapports financiers conformes aux normes comptables IFRS ( International Financial Reporting Standards – appelées précédemment normes IAS) et vérifiés par une société d'audit internationale. C'est le cas pour toutes nos opérations, y compris le tsunami.
Le CICR dit qu'il restera l'année prochaine dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan pour continuer d'aider les victimes du tremblement de terre, alors qu’il s'est retiré relativement vite de ses activités liées au tsunami. Pourquoi cette différence ?
Nous estimons qu'il est juste de rester impliqué dans la partie du Cachemire sous administration pakistanaise parce que les besoins que nous constatons et les réponses que nous pouvons y apporter ne peuvent se limiter à des activités ponctuelles d'assistance de protection. Et surtout parce que, vu le climat froid et l'étendue des dégâts, la phase d'urgence durera tout l'hiver au moins. Nous voulons donc rester pendant toute la durée de l'hiver, jusqu'à l'année prochaine, tant que les gens ont besoin d'aide pour se relever de cette catastrophe. Mais dans le cas du tsunami, le CICR ne participera pas à la reconstruction.
Quelles leçons peut-on tirer de l'action menée après le tsunami ?
D'abord, elle a confirmé le fait que nous pouvons compter sur nos partenaires du Mouvement. Si l'on compare l'origine des dons, il est frappant de constater que, tant pour le tsunami que pour le tremblement terre plus récent, la majorité des dons viennent des Sociétés nationales et, à travers elles, du grand public. Et ce soutien comprend les ressources humaines : il y a en effet des opérations que nous n'aurions pas pu réaliser sans l’aide des Sociétés nationales.
Ensuite, nous avons réalisé qu'un système de réponse rapide qui fonctionne bien est nécessaire au siège comme sur le terrain. Vous devez avoir des plans détaillés, mais vous devez aussi être flexible pour les adapter aux circonstances nouvelles.
Enfin, si vous êtes sur le terrain et que vous avez les moyens d'agir pour vraiment changer le cours des choses, il faut le faire. Il serait irresponsable de dire que notre mandat ne nous a pas permis d'agir. Nous avons dû le faire et l'avons fait correctement. Et cel a a eu des effets positifs sur la vie de nombreuses personnes.
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