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Burundi : améliorer l'accès de la population à l'eau potable

28-10-2008 Interview

Les collines de ce petit État d'Afrique centrale regorgent de cet or bleu qui fait si souvent défaut sur le continent. Pourtant, de trop nombreux habitants sont encore privés d'eau potable. Interview avec Filipa Anacoreta, coordinatrice des programmes " eau et habitat " du CICR au Burundi.

     

     
   
Filipa Anacoreta, coordinatrice des programmes " eau et habitat " du CICR au Burundi.      
        Pour quelles raisons y a-t-il un problème d'accès à l'eau potable au Burundi ?

Contrairement à ce qui se produit d'autres pays, le problème du Burundi ne réside pas dans la rareté des ressources en eau, mais dans une exploitation déficiente de celles-ci.

La plupart des installations datent de la période belge et n'ont pas été mises à niveau depuis. Par exemple à Rumonge, u n centre urbain dans le sud du pays où vivent environ 50 000 personnes, le réseau avait été dimensionné pour une population cinq fois inférieure à ce qu'elle est devenue. Les infrastructures ne pouvant plus combler les besoins de la population, celle-ci a eu recours à l'eau du lac et une épidémie de choléra s'en est suivie - le CICR a alors réalisé un projet d'augmentation de la production d'eau de la ville (2006).

Les problèmes d'exploitation des ressources sont aussi la conséquence des nombreuses destructions de l'infrastructure provoquées par le conflit qui a secoué le pays durant les années 90. Une étude faite localement a montré que si toutes les infrastructures étaient réhabilitées, 70% de la population rurale aurait accès à l'eau potable, alors que ce taux est seulement de 40%.

     
    ©ICRC /C. Kaplun      
   
Le nouveau réservoir de Rumonge      
         

Quelles sont les priorités du CICR dans l'établissement de ses programmes eau et habitat ?

Lorsque le CICR est revenu au Burundi, en 1999, il s'est trouvé contraint, pour des questions de sécurité, de limiter son accès aux zones urbaines. Les interventions en milieu rural n'ont recommencé qu'en 2004. La plupart des grands bailleurs travaillent essentiellement dans les villes, or ce sont dans les campagnes que les besoins sont les plus considérables : 70% de la population des villes à accès à l'eau potable, contre seulement 40% dans les campagnes. Le CICR a décidé de concentrer une part importante de ses activités eau et habitat dans les zones rurales les moins bien dotées en infrastructures.

Notre objectif principal est d'améliorer l'accès de la population à l'eau potable et d'en faire bénéficier le plus grand nombre possible. Il s'agit dans la plupart des cas de réhabiliter, de renforcer ou d'étendre des réseaux déjà existants.

Quels sont les partenaires principaux avec lesquels le CICR collabore ?

Nous travaillons en étroite collaboration avec la Regideso (Régie de production et de distribution d'eau et d'électricité) pour tous les projets réalisés en milieu urbain. Dans les zones rurales, notre partenaire est la DGHER (Direction générale de l'hydraulique et des énergies rurales).

Nos partenaires ne disposent pas toujours des capacités techniques nécessaires à la réalisation, l'exploitation et la gestion des projets. Pour cette raison, nous leur apportons également un soutien en matière de formation. Des collaborateurs de ces deux entreprises publiques vont ainsi participer, à la fin de cette année, à un cours dispensé par des experts de l'Office international de l'eau de Limoges (France) sur l'exploitation des stations de pompage et des groupes électromoteurs.

Le CICR s'efforce également de renforcer les capacités et de responsabiliser les collaborateurs des Comités locaux d'eau et les Régies communales d'eau, afin qu'ils soient à même d'assurer eux-mêmes la gestion (la collecte des redevances notamment) et la maintenance des infrastructures réhabilitées.

Quels sont les principaux projets en cours ou à venir?

     
    ©ICRC/C. Kaplun      
   
A Mabanda, durant les travaux.      
        Une évaluation, menée par la Délégation au premier semestre 2008, a permis d'identifier les interventions prioritaires sur la base de critères tels que les besoins ou l'engagement des autorités à suivre et entretenir les installations.

En ce moment, nous venons d'achever des travaux relatifs à deux projets urbains (à Gatumba et à Mabanda), qui bénéficieront à quelque 37 000 hab itants lorsque la Regideso aura achevé sa part des travaux.

D'autre part, un projet rural au profit de près de 9 000 personnes a été inauguré récemment à Isale et un autre, en faveur d'environ 10 000 bénéficiaires, va l'être prochainement à Rwanzari.

En 2009 nous avons prévu de procéder à quatre réhabilitations d'adductions en milieu rural combinées à des aménagements de sources dans les provinces de Cibitoke, Mabanda, Ruyigi et Kirundo. Enfin, un projet de réhabilitation d'adduction à Cibitoke, en zone urbaine est également envisagé.