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Europe orientale : faire la lumière sur le sort des Géorgiens, Ossètes et Russes portés disparus par suite des hostilités de 2008

26-05-2010 Interview

Djordje Drndarski, chef adjoint des opérations du CICR pour l'Europe orientale, explique comment les mécanismes de coordination peuvent aider les familles à savoir ce qu’il est advenu de leurs proches portés disparus.

 
    ©ICRC/J. Powell / ge-e-00573      
   
Tbet, Ossétie du Sud, une femme montre à une employée du CICR des photos de son fils, disparu lors du conflit, en 2008.      
       
         
    ©ICRC/J. Powell / ge-e-00595      
   
Centre pour personnes déplacées de Skra, en Géorgie. Mzia avec une photo de son mari, disparu au cours du conflit.      
       
   

  Quel est exactement le rôle du CICR dans la recherche des personnes disparues ?  

     

La première chose à relever, et aussi la plus importante, est que les familles des personnes disparues ont le droit de savoir ce qu’il est advenu de leurs proches. Aussi le CICR s'emploie-t-il à rappeler aux parties au conflit les dispositions du droit international humanitaire qui prévoient ce droit et à leur redire l’obligation qui leur incombe de rechercher activement les personnes portées disparues. Les familles ont besoin de pouvoir mettre un terme à l’incertitude, faire leur deuil et reprendre une vie normale. Permettez-moi de saisir cette occasion pour féliciter les trois parties concernées (Géorgie, Ossétie du Sud et Fédération de Russie) de s’être engagées à participer à cet important processus.

Le CICR joue principalement deux rôles : il agit en qualité d’intermédiaire neutre entre les parties et apporte son soutien aux familles de personnes disparues.

En sa qualité d'intermédiaire neutre, le CICR a obtenu l'accord des parties de mettre en place un mécanisme au sein duquel il coordonne de manière confidentielle l'échange d’informations entre les parties, et s’engage à fournir en tout temps le soutien technique nécessaire pour récupérer et identifier les restes humains.

Parallèlement, le CICR offre son aide aux familles qui font face à des problèmes d’ordre juridique, financier, social ou psychologique. (Voir aussi Personnes disparues : aider les familles à vivre avec l'incertitude).  
 
Je tiens à insister sur le fait que le mécanisme a été mis en place à des fins strictement humanitaires et qu’il est totalement apolitique. Le CICR s’est engagé à servir d’intermédiaire neutre pour résoudre ces questions, conformément aux dispositions applicables du droit international humanitaire.

  Comment le CICR obtient-il des informations sur les personnes disparues ?  

Une des activités les plus importantes du CICR en situation de conflit armé consiste à rétablir le contact entre membres de familles séparés les uns des autres. Pendant et après le conflit d’août 2008, le CICR a reçu des demandes de recherches de familles de personnes disparues. Il les a examinées avec les autorités. Au total, 1 234 demandes de recherches ont été déposées, mais heureusement, la plupart des cas ont rapidement été résolus et les liens familiaux rétablis.

Le CICR recherche des personnes dans des villes et des villages, visite des lieux de détention, vérifie des allégations d’arrestation et met tout en œuvre pour retrouver les personnes qui ont disparu. Quant aux participants au mécanisme de coordination, ils communiquent toutes les informations complémentaires qu’ils obtiennent. À l’heure actuelle, 47 personnes sont toujours portées disparues.

  Quelles formes de soutien technique le CICR peut-il apporter aux parties ?  

Le CICR contribue notamment à établir des listes de personnes disparues et à les mettre constamment à jour. Il met aussi à disposition son savoir-faire dans le domaine de la médecine légale, où le type de soutien qu’il fournit dépend des besoins spécifiques à chaque contexte particulier. Quelle que soit la situation, cependant, le CICR n'agira qu'avec l'accord des parties, et à leur demande. Le CICR contribue à renforcer la capacité des employés locaux à mener des activités médico-légales, grâce à des programmes de formation, des séminaires et des ateliers. Il offre également son appui dans les domaines de la collecte de données ante mortem , des exhumations et autres activités, et fournit du matériel destiné à l'analyse de laboratoire, ainsi que d'autres types de soutien technique permettant l'identification des restes humains conformément aux normes internationales. (Voir aussi Personnes portées disparues : aider ceux qui souffrent de ne pas savoir.)  
 
Il peut enfin, si les parties lui en font la demande, agir en qualité d'intermédiaire neutre pour le transfert de restes humains.

  Quel était le but des deux réunions en relation avec les hostilités de 2008 et quelles sont les perspectives d’avenir ?  

La disparition de personnes constitue une question névralgique dans toute la région du Caucase, compte tenu des conflits armés dont elle a été le théâtre depuis les années 1990. Au lendemain du dernier de ces conflits, une fois que la plupart des familles furent parvenues à rétablir le contact entre leurs membres, le CICR a rapidement mis en place un mécanisme humanitaire spécial dans le but de faire la lumière sur ce qu'il était advenu des personnes dont on n’avait pas retrouvé la trace, étant entendu qu’il est important de perdre le moins de temps possible.

La première réunion officielle de ce mécanisme s’est tenue en Suisse le 23 février 2010. Des représentants venus de Tbilissi, de Tskhinvali/Tskhinval et de Moscou y ont pris part. Une deuxième réunion a eu lieu le 29 avril. Les participants y ont discuté de questions relatives au mandat et ont échangé des informations dont ils disposaient sur des personnes disparues et des lieux d’inhumation. Un exposé sur les normes internationales d'exhumation et d'identification des restes humains a été présenté par une conseillère médico-légale du CICR, et les participants se sont penchés sur des mesures concrètes à prendre.

La liste des personnes toujours portées disparues est en cours d’examen, et une troisième réunion du mécanisme devrait se tenir en juin. Sur la base des commentaires recueillis auprès des participants, le CICR va évaluer le soutien technique supplémentaire dont chaque partie a encore besoin pour pouvoir mener les opérations de récupération et d’identification des restes conformément aux normes internationales en la matière.

  Existe-t-il d’autres endroits où le CICR dispose de mécanismes de coordination similaires et où il mène des activités médico-légales de ce genre ?  

     

Le CICR soutient des mécanismes de coordination visant à élucider le sort des personnes disparues dans le cadre des événements survenus au Kosovo entre 1998 et 2000, lors de la guerre du Golfe de 1990-1991, ainsi que dans d’autres situations. Il agit à différents titres, en fonction des besoins et des demandes des autorités concernées. À Chypres, le CICR a par exemple offert conseil et soutien en vue de la création et de la formation d’une équipe d’experts légistes mixte grecs et turcs, active dans la résolution de cas de disparition de personnes. Dans la région du Caucase, le CICR participe activement à la collecte de données concernant des personnes toujours portées disparues par suite du conflit du Haut-Karabakh, et forme des experts légistes locaux dans le Caucase du Nord. L’institution mène en outre des a ctivités médico-légales au Moyen-Orient et dans toute l’Amérique latine.