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Le Service international de recherches évolue avec le temps

23-12-2008 Interview

Le Service international de recherches (SIR), à Bad Arolsen, en Allemagne, contient 50 millions de documents sur les persécutions nazies. Il propose ses services aux victimes et à leur famille et met ces documents à disposition à des fins de recherches. Son chef Reto Meister, qui quitte son poste, évoque l’évolution du Service ces deux dernières années et son avenir.

     
©CICR      

       Reto Meister 

       

 

  Quel est le rôle du CICR à Arolsen aujourd’hui ?  

En 1955, les gouvernements* qui géraient le SIR ont demandé au CICR de se charger de la gestion quotidienne de l’institution. C’est donc ce que nous faisons. C’est une situation inhabituelle pour le CICR, dans la mesure où nous ne sommes pas indépendants en ce qui concerne la définition des politiques et le budget. Notre financement, 14 millions d’euros en 2008, provient entièrement du gouvernement allemand.

Toutes les décisions politiques sont prises par la Commission internationale. Par conséquent, en tant que directeur, ou que représentant du CICR à la tête du SIR, j’ai rencontré des problèmes de gestion très différents de ceux qu’implique la gestion d’une délégation du CICR sur le terrain.

     

    © SIR/R. Ehrlich      
   
Le site du Service international de recherches 

       

   

Quelles ont été vos premières impressions du SIR et quelles étaient vos priorités pour sa gestion future ?  

À mon avis, le potentiel de l’institution n’était pas pleinement exploité et les services qu’elle offrait auraient certainement pu être améliorés. Je pensais, voyais et entendais autour de moi ce qu’on attendait du SIR – et ce qui pouvait être fait de cette immense collection de documents, concernant les personnes qu’elle représentait, leurs souvenirs et les perspectives de recherches. Nous définissions nos priorités autour de ces principaux critères.

Nos partenaires – principalement la communauté des survivants – étaient déçus, fâchés et frustrés par la lenteur à laquelle on répondait à leurs questions, ainsi que par le contenu des réponses et le ton des communications. Pour moi, une priorité absolue – un aspect clé de notre mission – était de rattraper le retard, de modifier le contenu des messages et d’accroître la vitesse à laquelle ils étaient envoyés.

Un autre but était de faire connaître le SIR. Nous existions mais nous travaillions seuls, hors d’atteinte, sans relations ou dialogue avec le secteur de la communauté des chercheurs travaillant sur les questions humanitaires et l’héritage du XXe siècle.

 

Comment le SIR a-t-il évolué durant votre mandat ?  

     

    © SIR/R. Ehrlich      
   
Quelques-uns des 50 millions de documents des archives du SIR 

       

 

La structure de l’institution, en particulier les secteurs qui ne fonctionnaient pas bien, a été réformée. Le personnel a en outre été mieux informé de la nature et du rôle du SIR. Loin d’être un travail de fonctionnaire ordinaire, notre rôle est de servir. Au début, nous manquions d’assurance, mais progressivement nous avons commencé à nous rendre compte que nos activités suscitaient un intérêt, que nous fournissions un service précieux par notre accumulation de connaissances, de collections et de savoir-faire historique.

Nous avons essentiellement commencé à transformer une institution qui commençait à perdre toute raison d’être en une institution offrant une foule de possibilités de jouer un rôle dans un cadre plus large.

Notre organe directeur, la Commission internationale, a pleinement soutenu l’ouverture des archives à des fins de recherches historiques et la fourniture de copies numériques de documents aux dépositaires des archives des États membres de la Commission. Le SIR évoluait enfin comme le voulait la Commission.

Les familles des victimes de l’holocauste ont elles aussi recommencé à espérer. Elles sentaient qu’elles seraient traitées humainement, avec gentillesse et professionnalisme, que le personnel du SIR leur accorderait toute son attention, et qu’elles trouveraient l’aide dont elles avaient besoin pour obtenir des informations et l’accès aux documents sur leur vie ou celle de leurs proches.

Pour d’autres parties prenantes, comme les sites commémoratifs en Allemagne, les facultés de droit et les facultés spécialisées dans le national-socialisme en Allemagne et ailleurs, l’accès aux archives du SIR a ouvert des perspectives de recherche très motivantes. Elles se sont rendu compte que les collections cou vraient plus que la question unique, dramatique et tragique de l’holocauste. Ainsi, par notre intermédiaire, elles ont pu consulter des dossiers sur les travailleurs forcés et la migration d’après-guerre en Europe.

 

Quels ont été les accomplissements les plus importants du SIR durant votre mandat ?  

Quand je suis arrivé en 2006, il y avait un retard de 400 000 dossiers. Début 2007, 110 000 dossiers étaient en suspens, certaines personnes attendant depuis sept ans. Ce retard a maintenant été comblé.

Sans aucun doute, la qualité de nos réponses s’est améliorée. Le nouveau site Internet du SIR a beaucoup aidé à cet égard. Il permet aux personnes de soumettre des demandes en ligne, et les services proposés comprennent le bulletin d’information du SIR, des informations pour les visiteurs individuels ou les groupes, les publications actuelles du SIR, la possibilité de déposer des demandes de recherches, et les sites Internet et les adresses d’autres services de recherches et mémoriaux.

Je dirais en outre que l’atmosphère de travail au SIR s’est considérablement améliorée. Nous avons dorénavant une identité institutionnelle claire et reconnaissable. Notre assurance s’est renforcée et le personnel se sent généralement mieux dans son travail.

Un point essentiel est que de vastes secteurs de l’institution continuent de mener le processus de changement continu.

 

Quel rôle jouera le CICR à Arolsen à l’avenir ?  

Pour le moment, le CICR s’engage pleinement à poursuivre ce processus de changement, continuant de transformer le SIR en une institution bien structurée qui fonctionne bien, avec des personnes qualifiées et motivées.

Le CICR s’engage aussi à garantir que les collections des archives sont numérisées et transmises aux organisations partenaires à l’étranger, notamment le Yad Vashem à Jérusalem (qui abrite la base de données centrale des noms et dossiers de millions de victimes juives de l’holocauste), le musée du Mémorial de l’holocauste (« United States Holocaust Memorial Museum ») à Washington et l’Institut de la mémoire nationale à Varsovie.

Progressivement, le CICR se retirera de la gestion du SIR, car la nature de ses opérations et de ses services s’éloigne de plus en plus de l’identité et de la mission du CICR. Dans cette perspective, un groupe d’étude stratégique examine actuellement diverses options, concernant tant les activités et produits futurs du SIR que la question de sa structure, de sa personnalité juridique et de son financement.

 

Généralités  

La Seconde Guerre mondiale semble être terminée depuis longtemps, mais les souffrances qui ont été infligées à des millions de civils et de prisonniers de guerre ne doivent jamais être oubliées. Plus de 60 ans après la fin de la guerre, le Service international de recherches (SIR), situé à Arolsen, en Allemagne, continue de préserver leur mémoire en documentant le sort des victimes civiles des persécutions nazies et de leur famille. Les archives qu’il possède sur l’incarcération, le travail forcé et la migration des civils durant la période nationale-socialiste de l’histoire allemande sont devenues une source importante pour les recherches historiques.

Les archives originales ont été confiées au SIR par les États parties aux Accords de Bonn de 1955, principalement les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Au fil des ans, le SIR a acquis d’autres données de sources diverses, enrichissant son fonds d’origine. Aujourd’hui, les archives du SIR consistent en plus de 30 millions de documents contenant des informations sur 17,5 millions de personnes. Ces documents représentent une chronique et un témoignage uniques, relatant les histoires individuelles d’individus et de groupes de victimes.

Pour plus d’informations, veuillez consulter le site du SIR : http://www.its-arolsen.org/fr/page_daccueil/index.html    


* Le SIR est dirigé par la Commission internationale du Service international de recherche (CI/SIR), qui compte 11 nations, conformément aux Accords de Bonn de 1955 et à leurs Protocoles de 2006. Les membres de la Commission sont : l’Allemagne, la Belgique, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, la Grèce, Israël, l’Italie, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Pologne. Le CICR gère le SIR pour la CI/SIR.