Tchad : apporter une aide vitale aux personnes déplacées avant les pluies
29-06-2007 Interview
En raison d’une vague d’affrontements interethniques et de combats entre troupes gouvernementales et opposition armée en décembre 2006, qui ont forcé de nombreux Tchadiens à abandonner leurs récoltes et à prendre la fuite, des pénuries alimentaires menacent bon nombre de personnes déplacées. Anahita Kar, du CICR, décrit la stratification complexe du conflit et les raisons pour lesquelles il reste peu de temps au personnel et aux volontaires pour éviter la catastrophe.
Quelle est la situation humanitaire actuelle au Tchad?
Au cours des 18 derniers mois, le Tchad a passé par les diverses strates complexes d'une bataille permanente. D’une part, il y a les conflits qui sont propres au Tchad, et d’autre part, le conflit au Darfour, qui a débordé par certains aspects mais qui n’est pas au coeur de la crise que connaît le Tchad. On ne peut assez insister sur ce point, que les médias ont parfois omis de préciser. Le conflit tchadien est de nature tchadienne. Ce n’est pas un conflit soudanais. C’est un conflit armé interne dans lequel l’armée nationale se bat contre des groupes d’opposition qui cherchent à renverser le gouvernement. Les affrontements violents qui en résultent sont en partie responsables des déplacements internes.
Il reste peu d’unités de l’armée nationale pour protéger la population civile le long de la frontière orientale avec le Soudan. De ce fait, les communautés frontalières se retrouvent sans protection et sont très vulnérables, puisque l’armée nationale a mis ses forces dans la lutte contre l’opposition armée. Ainsi, des incursions par-dessus la frontière séparant le Soudan du Tchad se sont terminées par des attaques contre les populations civiles, en général pour des raisons économiques, qui ont provoqué de nouveaux déplacements.
Finalement, et c’est l’élément le plus important, les tensions interethniques et les conflits entre communautés qui ont éclaté ces six derniers mois se sont exacerbés de manière notable, augmentant encore l'insécurité générale et les déplacements de po pulations.
Au début de 2007, tous ces éléments se sont conjugués pour provoquer une crise d’ordre humanitaire sans précédent parmi la population tchadienne de l’est du pays. Je tiens à faire la distinction entre la population tchadienne déplacée, qui est de l’ordre de 120 000 à 140 000 personnes, et les réfugiés soudanais qui se sont établis dans des camps le long de la frontière orientale depuis 2003 et qui sont au nombre de 235 000 environ. Alors que les réfugiés vivent tous dans des camps, les personnes déplacées fuient généralement vers des villages où se trouve un membre de leur famille, ou qui ont un lien avec leur groupe ethnique ou leur tribu. Habituellement, les personnes déplacées demandent aux villages de les accueillir.
Les déplacés internes sont dispersés dans toute la région orientale, à la frontière entre le Tchad et le Soudan.
Quelles sont les activités prioritaires actuelles du CICR ?
Nous nous hâtons de procéder à des distributions de nourriture, de semences, d'outils et d’articles non alimentaires et de renforcer les abris. Nous sommes pressés par le temps car la saison des pluies va débuter fin juin et se poursuivre jusqu'en octobre. Lorsque les pluies auront commencé, il sera pratiquement impossible d'avoir accès aux personnes dans le besoin, surtout avec des véhicules lourds. Nous essayons donc d’atteindre le plus grand nombre possible de personnes déplacées, qui ont déjà dû changer d’endroit plusieurs fois et qui ne sont plus en mesure de subvenir à leurs besoins. Normalement, les Tchadiens conservent de la farine et une partie des dernières récoltes, mais cette fois, ce ne fut pas possible en raison des combats qui ont éclaté en septembre 2006. Une énorme flambée de violence s’est produite, qui a obligé de nombr euses personnes à fuir en plein milieu des récoltes. Les semences essentielles n’ont donc pas pu être stockées. Le CICR a effectué un examen de la situation et nous sommes parvenus à la conclusion qu'une grande partie des personnes déplacées étaient menacées par la malnutrition.
Le but essentiel est de fournir des vivres aux personnes déplacées afin qu'elles puissent satisfaire leurs besoins jusqu'à la prochaine récolte, et de donner des semences et des outils à celles qui ont accès à des terres et qui ont été identifiées lors de l'examen mentionné. L’objectif est de tirer le meilleur parti des cultures de cette saison, dont on espère une bonne récolte lorsque les pluies cesseront en septembre. Le but principal du CICR est d'éviter que les populations déplacées ne s'installent définitivement à l’endroit où elles se sont réfugiées, de les aider, ainsi que les communautés d’accueil, à garder ou à recouvrer leur autonomie, et de les encourager à retourner dans leur village d'origine lorsque les conditions de sécurité le permettent. Nous avons également distribué des articles non alimentaires, tels que des couvertures supplémentaires, des nattes et des bâches pour renforcer les abris temporaires, ainsi que des articles d'hygiène et des ustensiles qui seront indispensables pendant la longue saison des pluies.
Les distributions du CICR s’adressent aux déplacés tchadiens, plutôt qu’aux réfugiés soudanais qui bénéficient de l’aide d’autres organisations humanitaires. La seule activité importante que le CICR déploie en faveur des réfugiés soudanais au Tchad, c’est le rétablissement des liens familiaux. En moyenne, 10 000 messages Croix-Rouge sont échangés chaque année entre les réfugiés soudanais et leurs familles restées au Darfour.
Comment voyez-vous l’évolution de la situation au cours de ces prochains mois ?
Actuellement, nous travaillons dans l'urgence pour pouvoir approvisionner les personnes déplacées avant le début de la saison des pluies. D'un autre côté, les pluies apportent un certain calme par rapport à la situation que nous avons connue, car il devient très difficile de se déplacer, ce qui empêche la prolifération des conflits armés. Comme l'année dernière, nous nous attendons à une tranquillité relative jusqu'à la fin des pluies, en octobre. Mais malgré tout, nous resterons vigilants face à la situation critique que connaissent les populations tchadiennes déplacées.
-
Partager
|

