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Iran : des spécialistes de la réadaptation physique découvrent tout ce qu’ils ont en commun

14-01-2010 Interview

Des spécialistes de la réadaptation physique d’Afrique et du Moyen Orient se sont récemment rencontrés à Téhéran dans le cadre d’un séminaire. À cette occasion, ils ont découvert l’universalité de nombreux problèmes. Heureusement, ils ont aussi pris connaissance de la volonté des Sociétés nationales et du CICR d’apporter un soutien, comme en témoignent les entretiens avec certains participants.

 

    ©CICR      
   
    Claude Tardif      
     

  Claude Tardif – chef des programmes de réadaptation physique du CICR  

  Comment le séminaire a-t-il vu le jour ? Pourquoi avoir choisi l’Iran ?  

Il y a quelque temps déjà que la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran et le CICR ont commencé à évoquer une collaboration dans le domaine de la réadaptation physique. En 2008, nos discussions ont abouti à un accord bilatéral qui prévoyait, entre autres, l’organisation d’un séminaire international à Téhéran. Notre choix s'est porté sur cette ville car la Société nationale y déploie un programme de réadaptation physique de grande envergure. En réalité, il s'agit même du plus grand pourvoyeur de ce type de services en Iran.

  Quels étaient les objectifs du séminaire ?  

L’objectif principal était de recenser les défis communs aux divers pays participant au séminaire, en mettant l’accent sur la réadaptation physique. Le séminaire a également permis aux participants de tisser entre eux un réseau de relations et d’échanger leurs expériences. Cela étant, le CICR ne prétend pas tout savoir, et ce séminaire nous a donné l'occasion d'en apprendre davantage sur les problèmes rencontrés sur le terrain.

  Estimez-vous que le séminaire a été une réussite ?  

Le séminai re a été une grande réussite, tant au vu des résultats que de la richesse des échanges. Chacun a participé et, à l'issue du séminaire, nous avons établi une liste de recommandations qui a recueilli l’assentiment de tous les participants.

  Que va-t-il se passer maintenant, en particulier s’agissant de la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran ?  

Nous prévoyons de tenir un autre séminaire à Téhéran l’année prochaine, pour lequel la Société nationale se chargera de dispenser la formation. En outre, ce dernier souhaiterait organiser un séminaire de formation sur les chaussures orthopédiques conjointement avec la Fédération africaine des techniciens orthoprothésistes.

La collaboration entre la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran et le CICR ne fait que commencer et il existe de nombreuses possibilités à explorer, non seulement du point de vue du soutien que le Croissant-Rouge peut nous apporter, mais aussi s’agissant du soutien que nous-même pouvons apporter à ce dernier en mettant en commun l'expérience que nous avons acquise dans ce domaine.

 


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    Seyed Masoud Marashian      
     

  Seyed Masoud Marashian, directeur du Centre général de réadaptation physique de la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran  

  Pourquoi ce séminaire est-il important pour la Société nationale ?  

Soutenir la réadaptation dans le pays comme ailleurs est l’une de nos tâches principales. Nous avons créé 20 centres de réadaptation dans tout le pays, et le Centre général de réadaptation est l’un des plus grands cent res de la région. Nous avons conclu un protocole d’accord avec le CICR afin d’étendre nos activités de réadaptation, et nous avons l’intention de soutenir d’autres pays en coopération avec le CICR. Le premier projet à avoir été mis sur pied dans le cadre de ce protocole d’accord a été un séminaire extrêmement constructif sur la production de prothèses en polypropylène organisé conjointement par le CICR et la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran en 2008. Le séminaire de Téhéran a été le deuxième projet.

  Quelles mesures concrètes pourraient être prises suite à ce séminaire ?  

L’un des objectifs principaux de ce séminaire était d’instaurer une coopération avec des institutions internationales telles que le CICR et avec des ONG de pays en développement. Un autre objectif consistait à soutenir les pays dans lesquels le CICR est présent et auxquels la Société nationale peut fournir des services de réadaptation. La Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran a l’intention de conduire des formations dans ces pays en coopération avec le CICR, et le séminaire était l’occasion de préparer le terrain.

 


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    Akhavan Moghaddam      
     

  Le docteur Akhavan Moghaddam, secrétaire général adjoint de la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran pour la santé, les soins et la réadaptation  

  Que pouvez-vous nous dire sur l’évolution de la réadaptation physique en Iran ?  

La Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran, qui fournit des services de réadaptation depuis 45 ans environ, a été l’une des premières organisations iraniennes à fournir ce type de services. Des événements tels que la guerre Iran-Irak et le séisme qui a dévasté la ville de Bam ont multiplié le nombre de personnes handicapées en Iran, de même que les besoins en services de réadaptation physique.

Nous avons aujourd’hui un nouveau projet, la fourniture de services de réadaptation dans les pays voisins. Le personnel chargé des services de réadaptation dans ces pays suit des cours en Iran, ou des formateurs iraniens se rendent dans ces pays. Nous avons établi une relation productive avec des institutions internationales, en particulier avec le CICR et la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge. J’espère que nous verrons cette coopération se développer davantage à l’avenir.

  En quoi la guerre qui s’est déroulée de 1980 à 1988 a-t-elle influencé le rôle de la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran en matière de réadaptation ?  

De nombreuses personnes, tant des combattants que des civils, sont restées handicapées suite à la guerre. À cette époque, il n’existait aucune organisation pour les soutenir à l’exception de la Société nationale et de quelques petits organismes, de sorte que l’unité de réadaptation physique de la Société nationale a contribué activement à leur fournir ce type de services. Cela a été difficile pendant la guerre, notamment parce que les sanctions économiques entravaient fortement notre accès aux matériaux de base dont nous avions besoins pour nos produits, par exemple les résines. Ces restrictions nous ont obligés à ne compter que sur nous-mêmes et à devenir autonomes.

  En tant que partenaires du Mouvement et experts dans ce domaine, comment voyez-vous l’avenir s’agissant des besoins recensés par les participants durant le séminaire ?  

Les particip ants ont beaucoup en commun, en particulier les services humanitaires qu’ils fournissent, leur expérience commune et la vaste zone géographique qu’ils couvrent. Cela signifie qu’il y a de nombreuses possibilités pour le Mouvement de venir en aide aux victimes de la guerre et de coordonner l’assistance dont celles-ci bénéficient. Parmi ces possibilités, on compte notamment le fait de soutenir des pays voisins tels que l’Afghanistan, ou des pays plus éloignés comme la Sierra Leone.

La formation est une possibilité. De nombreux pays d’Afrique et d’Asie débutent dans le domaine de la réadaptation physique et n’ont encore qu’une expérience limitée. Les projets que le CICR et la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran mèneront conjointement à l’avenir pourraient inclure la prestation directe de services, comme la fourniture d’orthèses, de prothèses et de services de réadaptation, ou des formations à l’intention du public. Par exemple, nous aurions souhaité aider les victimes du conflit à Gaza, mais il y avait là-bas des restrictions quant à notre présence directe. L’augmentation du nombre des partenaires humanitaires n’est en aucun cas une menace, car chaque partie peut faire profiter de son expérience propre. Rassembler les capacités des diverses organisations renforcera les efforts globaux de réadaptation.

 


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    Masse Niang      
     

  Masse Niang – Président de la Fédération africaine des techniciens orthoprothésistes (FATO)  

  En quoi était-il important pour vous de participer à ce séminaire ?  

Le CICR a compris que les appareillages ne pourraient se répandre en Afrique qu’avec la mise en place d’un réseau. Un tel réseau permanent de contacts non seulement permet aux professionnels de la branche d’échanger des informations, mais encore est synonyme d’une amélioration de la qualité des services. On m’a demandé de parler des difficultés qu’il y a en Afrique à mettre sur pied un programme efficace de réadaptation physique. C’est un continent qui connaît de nombreux problèmes et dont beaucoup des personnes handicapées sont également très pauvres, mais les gouvernements n’investissent que peu de moyens dans le secteur du handicap.

  Que retenez-vous de ce séminaire ?  

J’ai été très heureux de voir que le contexte était différent, qu’il y avait une réelle volonté politique et que les infrastructures existaient. J’ai aussi été ravi de voir une société nationale aussi avancée que la Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran et de constater sa volonté d'œuvrer en faveur des plus vulnérables. Cette expérience m’a beaucoup apporté ; j’ai rencontré de nouvelles personnes et d’autres organisations, et j’ai découvert des manières différentes de voir les choses. Réunir des gens provenant de contextes totalement différents est source d’enrichissement. J’avais entendu beaucoup de choses sur l’Iran, mais rien s’agissant du domaine de la réadaptation physique ou de l’assistance aux personnes handicapées, ni en matière de gestion des catastrophes.

 

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    Dan Blocka      
     

  Dan Blocka – Président de la Société internationale de prothèses et d'orthèses (International Society for Prosthetics and Orthotics – ISPO)  

  Que fait l’ISPO ?  

L’ISPO est une société multidisciplinaire composée de membres exerçant diverses professions, mais ayant tous un intérêt pour le domaine de la réadaptation physique. Nos acti vités comprennent l’éducation et la diffusion d’informations sur les services offerts dans ce domaine, et nous travaillons en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé pour définir des normes internationales. Enfin, l'IPSO accrédite des instituts internationaux d’orthoprothèse et organise un congrès mondial tous les trois ans.

 





   
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    Abebe Gebremedhin Weldeyohannes      
     

  Abebe Gebremedhin Weldeyohannes – Chargé des politiques et des programmes, ministère du Travail et des Affaires sociales, Éthiopie  

  Que fait le gouvernement éthiopien dans le secteur de la réadaptation physique ?  

La constitution de 1995 et la politique relative au développement social élaborée par le ministère du Travail et des Affaires sociales englobent la question du handicap, et nous disposons d’un plan d’action national en faveur des personnes handicapées. Au niveau international, l'Éthiopie a signé la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées. Dans la mesure où il est impossible de s’attaquer au problème du handicap en ne prenant en compte qu’un seul secteur, nous avons également inclus cette question dans d’autres politiques. Enfin, le gouvernement a beaucoup investi dans les centres orthopédiques, les a équipés avec du matériel importé et a formé du personnel.

  Quels enseignements avez-vous tirés de ce séminaire ?  

Le handicap concerne tant des aspects humanitaires que des questions liées au développement. Si nous agissons sur ces deux tableaux, les personnes handicapées seront en mesure de subvenir elles-mêmes à leurs besoins et pourront contribuer à la croissance économique de leur pays. Grâce au séminaire, j'ai découvert les soins disponibles en Iran pour les personnes handicapées. La Société du Croissant-Rouge de la République islamique d’Iran fait preuve d’un engagement remarquable. Nous avons des politiques et des programmes en Éthiopie, mais nous devons aller de l’avant et établir des contacts avec les partenaires qui peuvent nous aider.

 


   
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    Ali Al-Sakkaf      
     

  Ali Al-Sakkaf – Directeur technique, Centre de Sanaa.  

  Vous avez vous même une expérience personnelle du handicap. Est-ce que vous pouvez nous en dire un peu plus ?  

En 1982, alors qu’il faisait partie de l’armée, mon père a perdu ses deux jambes à cause d’une mine. Un an plus tard, il est devenu directeur du Centre de Sanaa. Au début, la perte de ses jambes l’a dévasté, mais les prothèses dont il a été équipé lui ont redonné espoir. Aujourd’hui, il peut marcher et conduire sans aucune aide.

  Quel est le lien entre cette expérience et votre travail dans le domaine de la réadaptation physique ?  

Après avoir rejoint ce centre de réadaptation physique, mon père s’est beaucoup intéressé à la question et nous avons vu à quel point cela le rendait heureux. C’est à ce moment là que je m'y suis intéressé. Je voulais rendre les gens heureux, tout comme ce centre avait rendu mon père heureux en lui permettant de remarcher grâce à des prothèses.