Gaza : le CICR reste déterminé à aider Gilad Shalit
23-06-2010 Interview
Voilà près de quatre ans que le soldat israélien Gilad Shalit a été capturé. Le CICR n’a jamais relâché ses efforts en vue de lui venir en aide. Béatrice Mégevand-Roggo, chef des opérations du CICR pour le Moyen-Orient, nous en dit plus.
Pouvez-vous nous parler de ce que le CICR fait en faveur de Gilad Shalit ?
Depuis que Gilad Shalit a été capturé, nous n'avons pas relâché nos efforts. Nous continuons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour être autorisés à le visiter, ou au moins pour faire en sorte qu’il soit autorisé à correspondre avec sa famille. Nos efforts n’ont pas perdu en intensité même si, à ce jour, le Hamas a opposé un refus catégorique à toutes nos demandes. Il est inacceptable de déte nir un soldat sans lui permettre d’entretenir des contacts avec sa famille, comme l'exige le droit international humanitaire. Nous déplorons tout particulièrement que des considérations politiques aient jusqu’à présent pris le dessus sur les préoccupations humanitaires.
Je voudrais également rappeler encore une fois à quel point nous sommes conscients de l’angoisse et de la frustration que connaissent les parents de Gilad, Noam et Aviva Shalit. Nous les rencontrons régulièrement pour les tenir informés de nos efforts. Cependant, dans la mesure où nous n’avons pas accès à leur fils, nous sommes malheureusement dans l’impossibilité de leur fournir des informations de première main sur son état de santé.
Qu’avez-vous exactement demandé au Hamas ?
Nous avons intensifié nos contacts avec les autorités du Hamas. Par exemple, nous avons récemment tenu des réunions à haut niveau à Gaza et à Damas. Nous avons demandé à pouvoir accéder à M. Shalit et avons tenté d’obtenir des informations sur son état de santé. Nous avons également demandé au Hamas de lui remettre les milliers de lettres et de cartes de vœux que différentes organisations, mais aussi des écoliers et d’autres personnes lui ont envoyées. Nous déplorons vivement que ces demandes aient toutes été rejetées, et nous rappelons sans cesse à ceux qui le détiennent l’obligation qui leur incombe au titre du droit international humanitaire de protéger sa vie, de le traiter avec humanité et de l'autoriser à entretenir des contacts réguliers et inconditionnels avec sa famille.
En règle générale, le CICR œuvre en toute discrétion loin des projecteurs, car nous estimons que c’est là l’approche qui a le plus de chances de donner des résultats. C’est ce que nous faisons depuis le début. Toutefois, le 14 juin, nous avons décidé de dire publiquement qu'en refusant tout contact entre M. Shalit et sa famille, le Hamas violait le droit international humanitaire. C’est la première fois que nous l'avons dit publiquement. Nous avions néanmoins déjà fait des déclarations publiques sur M. Shalit. À plusieurs reprises, nous avions en effet publiquement appelé le Hamas à nous autoriser à visiter le soldat ou au moins à lui permettre de communiquer avec sa famille. Toutes ces demandes ont été purement et simplement rejetées.
Comment le Hamas justifie-t-il son refus de laisser le CICR visiter Gilad Shalit ou de permettre au soldat et à sa famille de communiquer ?
Quelles que soient les raisons pour lesquelles le Hamas a décidé de refuser que Gilad Shalit entretienne des contacts réguliers avec sa famille, il a l'obligation d'autoriser ces contacts au titre du droit international humanitaire. Le Hamas a déclaré publiquement qu'il ne pouvait autoriser des visites du CICR à Gilad Shalit pour des raisons de sécurité. Or la sécurité ne justifie en aucun cas que le soldat et sa famille soient privés de contacts depuis près de quatre ans.
En outre, la question des contacts familiaux ne devrait pas être liée aux négociations portant sur la libération de M. Shalit (auxquelles, en l’occurrence, le CICR ne participe pas). Le Hamas a l’obligation de protéger la vie et la dignité de tout soldat capturé. Des contacts avec les proches devraient être autorisés sans condition aucune, pour des raisons strictement humanitaires et conformément au droit international humanitaire.
Dans la mesure où le Hamas n’autorise aucun accès à Gilad Shalit, Israël a-t-il le droit d’interdire les visites familiales aux Gazaouis détenus en Israël ?
Tant Israël que les factions palestiniennes ont des obligations envers les personnes qu’ils détiennent . Ils ne peuvent se prévaloir de l'absence de réciprocité pour déroger à ces obligations, c’est là un principe qui est au cœur du droit international humanitaire.
Conformément aux dispositions du DIH et du droit des droits de l’homme, toute personne a droit au respect de ses droits familiaux. Les personnes détenues doivent donc avoir la possibilité d’entretenir des contacts réguliers avec leurs proches. Pendant des décennies, un programme mis en place par le CICR a permis à des familles palestiniennes de faire régulièrement le voyage pour rendre visite à leurs proches détenus dans des prisons israéliennes, et l'institution a toujours accepté les contrôles de sécurité qui étaient imposés. Le programme a cependant été suspendu pour les familles de la bande de Gaza. Le CICR a appelé maintes fois à la reprise des visites familiales aux détenus gazaouis, et continuera de le faire.
Quels sont les principaux défis auxquels le CICR doit faire face dans le cadre de ses activités relatives aux détenus et aux personnes disparues ?
Visiter les personnes privées de liberté et leur permettre d’échanger des nouvelles avec leurs proches est l'une des activités principales de notre institution à travers le monde : elle représente aussi l’un des plus grands défis qu'elle doit relever. Chaque année, les délégués du CICR visitent près d’un demi-million de détenus dans plus de 70 pays, et contribuent à l’échange de plus d’un demi-million de messages Croix-Rouge, dont plus d’un quart sont échangés entre des détenus et leurs familles. Nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir, mais il y a des limites à ce que le droit international humanitaire nous autorise à faire. Il n’est pas rare que nous ne puissions guère faire plus que rappeler à ceux qui ont le contrôle de la situation l'obligation qui leur incombe de respecter la loi.
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