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Gestion des cadavres non identifiés : donner une réponse aux familles, une priorité pour le CICR

30-07-2010 Interview

Des médecins légistes venant de presque tous les États du Mexique et du District fédéral ont participé, du 28 au 30 juin dernier, à la première réunion nationale des services de médecine légale sur le thème de la gestion des cadavres non identifiés, organisée par le CICR et le Tribunal supérieur de justice du District fédéral. Dans cette entrevue, le docteur Morris Tidball-Binz, coordonnateur du CICR dans le domaine de la médecine légale, explique pourquoi il est important de gérer de manière adéquate les cadavres et de les identifier.

     

     
   
    Morris Tidball-Binz      
          En quoi consiste la gestion des cadavres non identifiés et pourquoi le CICR travaille-t-il dans ce domaine ?  

Quand nous parlons de gestion des cadavres, nous nous référons aux procédures mises en œuvre depuis la découverte et la collecte des corps jusqu'à leur remise aux familles, en passant par leur identification, mais aussi la conduite d'enquêtes afin de découvrir les causes et les circonstances probables de la mort. D'un point de vue humanitaire, on essaie de garantir une gestion correcte des cadavres, dans la dignité, et de respecter le droit des familles et de la société de connaître le sort de leurs proches, d'id entifier les corps, mais aussi de récupérer, de veiller et d'honorer leurs morts.

Le CICR s'intéresse tout particulièrement à ce sujet qui est lié à la question des personnes portées disparues lors de conflits armés et d'autres situations de violence. Il estime en effet que c'est un droit fondamental pour les familles de savoir où se trouvent leurs proches disparus dans de telles circonstances.

La gestion correcte des cadavres est une étape essentielle pour pouvoir donner une réponse aux familles qui veulent connaître le sort d'êtres chers et traiter le problème des personnes disparues, une des priorités du CICR.

  Quels sont les besoins, dans le contexte mexicain, en matière de gestion des cadavres non identifiés ?  

Selon les estimations plutôt conservatrices, entre deux mille et trois mille cadavres non identifiés sont inhumés chaque année au Mexique dans des cimetières municipaux ou des fosses communes, ou sont remis à des facultés de médecine. Il s'agirait pour la plupart de cadavres de migrants ou de victimes d'actes de violence liés au crime organisé. Pour chacun de ces cadavres, il y a une famille qui recherche un proche et qui a le droit de savoir ce qui s'est passé, mais aussi de faire son deuil, de célébrer des funérailles selon ses propres rites et d'évacuer le traumatisme provoqué par la disparition d'un être aimé.

Au Mexique, il n'existe pas de registre national unifié qui réunisse toutes les données concernant les cadavres non identifiés, les informations portant sur des caractéristiques physiques obtenues lors de l'autopsie, et les plaintes déposées par les familles pour signaler la disparition d'un proche. Il n'existe pas non plus de formulaire type permettant de rassembler les informations sur les personnes disparues et celles sur les cadavres non identifiés, en vue d'une identification. Les divers organismes présents dans le pays utilisent des formulaires différents ou adoptent des méthodes d'enquête propres à chacun, ce qui rend quasiment impossible la conduite de recherches, la confrontation de données, la comparaison de résultats et les consultations au niveau national.

  Pourquoi le CICR et le Tribunal supérieur de justice du District fédéral ont-ils été invités à cette réunion ?  

Le but est de contribuer à réduire le nombre de cadavres non identifiés au Mexique.

Cependant, les objectifs à court terme de cette première réunion nationale des services de médecine légale étaient d'étudier la possibilité de disposer d'un registre unique des personnes disparues et des cadavres non identifiés, d'un manuel et d'un protocole unique et, dans l'idéal, d'un réseau informatique national qui permette de mener des recherches en temps réel et de confronter des données en vue d'éventuelles identifications. Un tel système renforcerait les capacités institutionnelles en place pour identifier les cadavres non identifiés à travers le pays.

Des spécialistes venant de Colombie et du Chili avaient été invités à la réunion, car dans ces pays, des protocoles et des systèmes de recherche nationaux unifiés ont été mis en place pour identifier les cadavres. Ces nouvelles méthodes ont donné des résultats très prometteurs, notamment en Colombie, où elles ont été utilisées pour localiser et identifier les corps de personnes portées disparues. Avaient également été invités des médecins légistes espagnols spécialisés dans la recherche et l'identification de personnes disparues lors de catastrophes ou pendant la guerre civile espagnole.

  La réunion a-t-elle été à la hauteur des espérances ?  

La réunion a largement dépassé les espérances des organisateurs et des participants. Pour les directeurs et/ou représentants des services de médecine légale de tout le Mexique, il s'agissait ni plus ni moins de la première réunion du genre. Les participants se sont entendus sur un ensemble de propositions visant à renforcer les capacités nationales de gestion et d'identification des cadavres et à améliorer l'assistance apportée aux familles et aux proches. Cela comprend l'élaboration d'un protocole national d'identification des cadavres, la promotion d'un registre national des personnes disparues et des cadavres non identifiés, ainsi que le renforcement de la communication et de la coopération entre les services de médecine légale et d'autres organismes travaillant notamment dans ces domaines.

En outre, tous les médecins légistes ont participé à un jeu de rôle complexe sur le sauvetage et l'identification de cadavres, ainsi que sur l'assistance à apporter aux familles. Cet exercice les a familiarisés avec les protocoles et les formulaires internationaux, qui sont d'une grande utilité pratique pour le pays.