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Népal : les tirs ont cessé mais les besoins persistent

27-07-2010 Interview

L'accord de paix au Népal date de 2006 mais depuis quatre ans, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) continue d'aider la population à faire face aux séquelles de la guerre. En collaboration avec la Croix-Rouge du Népal, le CICR aide les familles à élucider le sort des personnes portées disparues, contribue à la réinsertion des victimes des mines dans la société, et fait pression pour que le droit international humanitaire soit inscrit dans la nouvelle constitution népalaise. Patrick Vial, chef de la délégation du CICR, répond aux questions.

     

©CICR 
   
    Patrick Vial      
         

  Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) est connu pour intervenir en période de conflit armé. Quel rôle joue le CICR dans l'après-conflit au Népal ?  

D'après le droit international humanitaire, le CICR a en effet pour rôle de protéger et d'aider les victimes des conflits armés. Mais la fin d'un conflit ne signifie pas la fin des besoins. Au Népal, une grande partie des activit és que nous menons depuis la fin du conflit concernent les personnes qui ont disparu pendant le conflit. Nous aidons également les personnes qui ont été blessées pendant le conflit et qui ont besoin d'une chirurgie ou de réadaptation physique. Le CICR s'efforce également de promouvoir le DIH dans les milieux gouvernementaux, auprès des forces de sécurité et de la société civile. Il s'agit de prévenir de nouvelles violations du DIH dans ce pays. Nous collaborons souvent avec la Croix-Rouge du Népal, notre partenaire national, que nous soutenons de différentes façons, en l'aidant notamment à renforcer sa capacité à intervenir efficacement lors des situations d'urgence.

  Qu'a fait le CICR concernant les personnes portées disparues ?  

Pendant le conflit, le CICR a régulièrement été approché par des proches de personnes qui avaient été arrêtées par des parties au conflit ou qui avaient disparu. Nous avons essayé de savoir où étaient ces personnes, ou du moins ce qu'elles étaient devenues, dans le cadre de nos visites des lieux de détention ou par des demandes confidentielles aux autorités.

Aujourd'hui, alors que quatre années se sont écoulées depuis l'accord de paix de 2006, 130 personnes sont encore portées disparues. Le CICR a publié une liste détaillée de toutes les personnes portées disparues et il l'a largement diffusée pour bien montrer la gravité du problème et encourager les autorités et les parties au conflit à apporter des solutions. Depuis la fin du conflit, le CICR et la Croix-Rouge du Népal travaillent en collaboration étroite et s'efforcent, ensemble, de soulager les souffrances des familles des personnes disparues.

     
©CICR 
   
    District de Bardiya. Des familles de personnes disparues.      
         

  Quels sont les besoins immédiats des familles des personnes disparues ? En quoi le CICR les aide-t-il ?  

Le CICR a réalisé une étude approfondie des besoins des familles ; il a fait connaître ses conclusions dans un rapport qui a été largement diffusé. L'étude a montré que les proches ont avant tout besoin d'être officiellement informées du sort des personnes dont ils sont sans nouvelles. C'est la seule façon de mettre un terme à la douleur qui les habite tout pendant qu'ils ignorent si l'être cher qui a disparu est vivant ou mort. Viennent ensuite les besoins économiques et psychologiques qui résultent de la perte, ainsi que le besoin de justice.

La première chose que fait le CICR pour venir en aide à ces familles est de les aider à savoir ce que sont devenus leurs proches disparus. Nous communiquons chaque cas aux anciennes parties au conflit et nous leur transmettons toutes les informations pouvant faciliter leurs enquêtes internes. Lorsque nous recevons une réponse, nous la transmetton s à la famille, avec le soutien des volontaires de la Croix-Rouge du Népal.

En second lieu, nous apportons un soutien direct aux familles des personnes portées disparues en leur proposant des solutions génératrices de revenus, en les aidant à monter des associations de défense de leurs droits, et en facilitant leur accès aux secours provisoires offerts par le gouvernement aux victimes du conflit. Je suis fier de pouvoir dire que le réseau des volontaires de la Croix-Rouge du Népal, de par son ampleur et sa motivation, a très largement contribué à la bonne mise en œuvre de toutes ces activités.

Troisièmement, le CICR a apporté des conseils juridiques et fait des suggestions au gouvernement et aux parlementaires afin de garantir que la loi régissant la future Commission sur les disparitions sera vraiment utile aux familles.

Enfin, nous collaborons étroitement avec des experts en droit et en médecine légale et des institutions telles que la Commission nationale des droits de l'homme afin de donner au pays la capacité de procéder à des exhumations et de faire la lumière sur ce qu'il est advenu des personnes portées disparues et le lieu où elles se trouvent, comme l'exige le DIH.

  Vous avez parlé du programme de réadaptation physique du CICR. En quoi consiste-t-il ?  

Le CICR a lancé un programme de réadaptation physique en 2006. Il a pour but de permettre aux personnes qui ont perdu un membre, ou qui ont souffert d'autres blessures pendant le conflit et juste après, de reprendre une vie normale et de retrouver leur dignité. Avec l'aide des sections et sous-sections de la Croix-Rouge du Népal, les patients sont transférés dans les deux structures soutenues par le CICR : le Green Pastures Hospital à Pokhara et le centre de réadaptation géré par l'armée népalaise à Katmandou. Le CICR couvre les frais de transport et d'hébergement des patients. Jusqu'à présent, plus de 1 100 personnes ont bénéficié de ce programme.

Parmi les patients, beaucoup sont des victimes de mines antipersonnel, d'engins explosifs improvisés et de munitions non explosées. Ces engins ont été utilisés pendant le conflit et continuent de faire des blessés parmi les civils. Le programme de sensibilisation au danger des mines, que conduit la Croix-Rouge du Népal avec le soutien du CICR, contribue à faire mieux prendre conscience aux communautés les plus touchées des risques qui sont associés à ces dangereux débris de guerre.

  Le pays passe par une phase de transition, au cours de laquelle une nouvelle constitution est rédigée. Est-ce que le CICR a un rôle à jouer dans ce processus ?  

Le CICR a pour mission générale de faire respecter le droit international humanitaire. Nous faisons donc pression pour que le DIH soit inclus dans la nouvelle constitution et qu'il en soit un des principes directeurs. Cette disposition contribuerait à prévenir les souffrances des futures générations de citoyens népalais si un nouveau conflit armé devait survenir un jour. En tant qu'organisation dont les objectifs sont exclusivement humanitaires, le CICR ne participe pas aux débats qui portent sur des aspects politiques de la constitution.

     
©CICR 
   
    District de Dhading, Jogimara. Une femme dont un proche a disparu      
         

  Quels sont les problèmes que l'on rencontre quand on porte secours aux civils pendant des troubles et des violences politiques ?  

Un certain nombre de problèmes se posent à tous ceux qui veulent apporter leur secours. On peut avoir des difficultés à accéder sur les lieux et à en partir, et une fois sur place, il faut prodiguer les premiers secours et transporter les personnes à l'hôpital. Pour pouvoir intervenir, il faut être reconnu comme étant neutre et impartial, et les gens doivent pouvoir se rendre compte que votre but est exclusivement humanitaire.

Au Népal, un problème récurrent se pose : il arrive souvent que les ambulances soient arrêtées ou même vandalisées par les foules déchaînées qui manifestent pendant les grèves et bandhs (grèves politiques). Cette situation est une violation du droit fondamental que constitue l'accès aux soins de santé. Mais ceux qui font un usage abusif des ambulances pour transporter des personnes qui ne sont pas des patients ne font qu'aggraver le problème. Ils sont tout autant responsables.

Comment essayons-nous de régler ce problème ? En collaborant étroitement avec la Croix-Rouge du Népal. Nous parlons avec les ambulanciers pour que les ambulances ne soient pl us utilisées de façon détournée, et dans le même temps, nous demandons aux groupes qui organisent les bandhs de faciliter le travail des secouristes et des ambulances. Nous demandons également aux autorités de faire respecter les ambulances et de prendre des mesures contre toute utilisation détournée.

  Comment travaillez-vous avec la Croix-Rouge du Népal et les autres partenaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ?  

Nous travaillons en partenariat étroit avec la Croix-Rouge du Népal à renforcer sa capacité d'intervention lors de situations d'urgence et sa capacité à aider les familles dispersées par le conflit, la violence, les catastrophes ou les migrations. Le CICR apporte son soutien à la formation des volontaires de la Croix-Rouge du Népal et fournit du matériel de premiers secours. Nous soutenons également le travail que fait la Société nationale pour diffuser les principes humanitaires et sensibiliser la population aux risques associés aux mines antipersonnel.

Enfin, le CICR coordonne la sécurité des autres partenaires du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge au Népal, ainsi que leurs activités liées au conflit armé et aux situations de violence, et à leurs implications directes. Nous travaillons également avec nos partenaires du Mouvement dans des domaines d'intérêt commun, tel que le développement institutionnel de la Croix-Rouge du Népal, sa préparation aux tremblements de terre et sa capacité d'intervention.