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Philippines : améliorer la santé et la dignité dans les lieux de détention surpeuplés

21-04-2010 Interview

Tout au long des décennies de conflits armés internes aux Philippines, le CICR a visité les personnes privées de liberté et est venu en aide aux personnes ayant besoin d'une assistance. En coopération avec les autorités locales, le CICR a lancé le programme « Appel à l'action » pour faire face aux problèmes juridiques et de procédure conduisant à la surpopulation carcérale, répondre aux problèmes relatifs à la santé des détenus, en particulier la propagation de la tuberculose, et améliorer les conditions de vie des détenus.

     

     
   
    Jean-Daniel Tauxe, chef de la délégation du CICR aux Philippines      
         

  Par ce programme, le CICR vise à mobiliser les organismes nationaux compétents afin qu'ils répondent aux problèmes humanitaires constatés dans les lieux de détention du pays. Jean-Daniel Tauxe, chef de la délégation du CICR aux Philippines, nous explique les objectifs des efforts déployés récemment par l'institution.  

     

  Sachant que la surpopulation dans les lieux de détention est un problème mondial, en quoi le cas des Philippines est-il particulier ?  

     

Le problème de la surpopulation est particulièrement grave aux Philippines, dans la mesure où dans certaines prisons le nombre de détenus est sept fois supérieur à la capacité prévue. D'après le Bureau de l’administration pénitentiaire et de pénologie – l'une des autorités exécutives compétentes en la matière –, la population carcérale croît de quelque 2,9 % chaque année. Si la situation des détenus qui ont accès à l'air libre est meilleure que celle des autres, cet accès est souvent limité pour des raisons de sécurité.

Pour pouvoir répondre au problème de la surpopulation carcérale, il est nécessaire de comprendre ses causes sous-jacentes et ses effets. Par exemple, nous avons remarqué qu'en raison de la complexité du système de justice pénale, il peut arriver que des personnes soient détenues en attente de jugement pour des durées plus longues que la peine maximale encourue. Cette situation aggrave encore la surpopulation, avec des répercussions sur les conditions de vie des détenus et sur leur accès aux services essentiels, tels que l'approvisionnement en eau, l'assainissement et les soins de santé. Si l'amélioration des conditions matérielles est importante, nous devons amener les instances judiciaires, législatives et exécutives à s'attaquer aux causes profondes du problème.

     

  En quoi l'« Appel à l'action » du CICR est-il une nouveauté aux Philippines ?  

     

Ce programme permet au CICR de compléter ses visites aux détenus par un rôle de facilitateur entre les acteurs nationaux, avec pour objectif de favoriser des changements organisationnels bénéficiant à tous les détenus. Aux Philippines, nous avons pendant des décennies eu librement accès aux personnes détenues dans le cadre des conflits armés internes. Malgré le dialogue permanent et les actions entreprises pour répondre aux besoins individuels immédiats des détenus, aucune solution n'a été apportée au problème fondamental de la surpopulation carcérale.

En 2007, nous avons lancé l'« Appel à l'action » dans le but d'introduire des changements dans les lieux de détention de tout le pays. Nous avons déjà pu constater des progrès impressionnants dans les établissements pilotes et avons été positivement surpris par l'écho suscité. L'« Appel » vient du CICR, mais ce sont le Bureau de l’administration pénitentiaire et de pénologie et les autres acteurs concernés qui prennent des mesures concrètes pour lutter contre le problème de la surpopulation dans les prisons. 

Je dois dire que les progrès réalisés jusqu'ici sont remarquables, vu le calendrier et le nombre d'organismes concernés.

  Comment fonctionne ce processus ?  

     

Réunir les membres influents des instances judiciaires, législatives et exécutives est l'un des éléments clés du processus de l'« Appel à l'action ». Le CICR agit en tant que facilitateur au sein de trois « groupes de travail » consacrés respectivement aux trois problèmes principaux liés aux détenus : la modernisation des installations pénitentiaires, la gestion de la tuberculose dan s les prisons et l'amélioration des procédures de justice pénale.

Un projet pilote conduit dans la prison municipale de Manille a démontré qu'il est possible de trouver des solutions en échangeant des informations et en coopérant pour résoudre des dossiers complexes. Depuis septembre 2009, le groupe de travail concerné a recensé 250 cas problématiques, dont 130 ont été réglés à ce jour. Cette stratégie sera étendue à d'autres prisons au cours de l'année et, si tout va bien, pourra se poursuivre.

Dans la plupart des prisons, les détenus ne pouvaient pas accéder de façon adéquate au programme national de lutte contre la tuberculose – l'un des meilleurs de la région. Avec le soutien du CICR, ce programme est désormais parfaitement fonctionnel dans sept établissements pilotes, bénéficiant ainsi à 30 000 détenus. Nous prévoyons que tous les détenus relevant du Bureau de l'administration correctionnelle seront couverts par le programme d'ici 2011, et tous les détenus sous l'autorité du Bureau de l’administration pénitentiaire et de pénologie d'ici 2015. 

Les projets de rénovation ont pour leur part bénéficié à plus de 12 000 détenus dans 24 prisons. Plus de 60 spécialistes du Bureau de l’administration pénitentiaire et de pénologie ont été formés aux normes reconnues au niveau international en matière d'approvisionnement en eau, d'assainissement, d'hygiène et de conditions de vie dans les prisons en général. 

  L'« Appel à l'action » ouvre-t-il de nouvelles possibilités pour le CICR ?  

     

Je pense que l'« Appel à l'action », plutôt que de pointer du doigt les défaillances du système, nous montre comment l'institution peut devenir plus utile. En effet, ce programme associe notre connaissance et notre compréhension du contexte aux besoins du pays.

  Comment assurer la durabilité du projet ?  

     

Les autorités philippines se sont investies de façon remarquable dans ce processus. Le Secrétaire exécutif de la Présidence philippine a suivi le projet dès le début, et tous les membres des groupes de travail ont fait preuve d'un engagement considérable.

Nous ne savons toutefois pas ce que l'avenir nous réserve. Pour résoudre le problème de la surpopulation, la clé du succès réside dans l'engagement du Bureau de l’administration pénitentiaire et de pénologie ainsi que des autres parties concernées. Le CICR a pour sa part un rôle de facilitateur dans ce processus. Pour que le projet puisse fonctionner, tous ces acteurs doivent travailler de concert.