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Protection des personnes lors de conflits armés et d'autres situations de violence : des « Standards professionnels »

01-12-2009 Interview

Le nombre d'organisations humanitaires et de défense des droits de l’homme œuvrant à la protection des personnes en temps de guerre ou dans d'autres situations de violence ne cesse d'augmenter. D'où la nécessité d'établir des standards professionnels communs, dans l'intérêt des bénéficiaires. C'est l'objectif du document que le CICR, avec d'autres acteurs, vient de publier. Explications de Pierre Gentile, en charge des activités de protection des populations civiles au CICR et responsable du projet.

 

  En quoi consistent ces « Standards professionnels pour les activités de protection » et à qui sont-ils destinés ?  

 

       
 
   
Pierre Gentile 
     Ils sont le fruit d’une recherche menée avec différentes organisations humanitaires ou de droit de l’homme oeuvrant à la protection et au respect des droits des personnes dans les conflits armés et les autres situations de violence. Il s’agissait de déterminer ce qu’on considère être aujourd’hui le minimum indispensable, en terme de compétences et d’éthique professionnelle s, pour mener à bien ces activités de protection.

Le travail de protection touche à des domaines très sensibles – les violations du droit, les victimes des abus et la responsabilité des autorités et des groupes armés. Ces standards ont pour principal objectif de mieux répondre aux besoins des personnes en faveur desquelles nous intervenons, mais aussi de s’assurer qu’en aucun cas notre travail ne les mette davantage en danger.

Ces standards ne sont pas un manuel ; il ne s’agit pas de dire aux acteurs humanitaires comment faire, mais de s’assurer que notre travail de protection soit mis en œuvre de manière professionnelle et qu’il ne se retourne pas contre les victimes.

     

  Comment est née cette initiative ? De quelle manière et avec qui ces standards ont-il été établis ?  

     

Dans les années 90, le CICR a organisé plusieurs ateliers de réflexion sur le thème de la protection des personnes touchées par les conflits armés et la violence. Une définition de la protection, aujourd’hui encore partagée par de nombreuses organisations, avait été élaborée (voir encadré), mais on n’avait pas réussi à véritablement définir des standards professionnels.

Depuis cette époque, de nombreuses organisations ont étendu leurs activités de protection et y ont gagné une expérience et une expertise. C’est pourquoi on a considéré, il y a deux ans, qu'il était temps de poursuivre la réflexion et de déterminer ce minimum commun professionnel.

Un groupe formé de représentants d'ONG et d'agences onusiennes a accompagné l'ensemble du processus. Une large consultation a aussi été menée auprès de nombreuses autres organisations actives sur le terrain. Ensemble, nous avons développé ces standards en nous fondant d'abord sur l’intérêt des communautés et des victimes.

  Comment désormais mettre en œuvre concrètement ces standards professionnels ?  

D'abord, chaque organisation doit vérifier la compatibilité de ses documents de référence et méthodes de travail avec les standards. Il ne s’agit pas de remplacer directives et procédures par ces standards, mais d’identifier les domaines où il est nécessaire de mieux se conformer à l’esprit des standards. Le CICR, par exemple, pourrait développer davantage les méthodes d’évaluation de ses activités.

     
 
   

Qu’entend-on par « activités de protection » ?

    Ce que disent les « Standards professionnels » :
    « Toutes les activités visant à assurer le plein respect des droits de la personne, conformément à la lettre et à l'esprit du droit pertinent, c'est-à-dire le droit des droits de l'homme, le droit international humanitaire et le droit des réfugiés. Les organisations humanitaires et de droits de l'homme doivent mener ces activités de manière impartiale (et non sur la base de la race, l'origine nationale ou ethnique, la langue ou le sexe). »

    En d'autres termes, il s'agit des activités qui cherchent à limiter, lors des conflits armés ou d'autres situations de violence, les dangers auxquels les personnes – populations civiles et personnes détenues en particulier – sont exposées, à défendre les droits de ces personnes, et à mettre un terme ou prévenir les abus auxquels elles sont soumises.

    Ces activités comprennent notamment :

  •  les interventions auprès des autorités et des groupes armés afin qu’ils remplissent leurs obligations et que cessent les abus commis à l'encontre des personnes confrontées à la guerre et à la violence ;
  • le travail avec les communautés affectées afin de renforcer leur capacité à adopter des mesures susceptibles de réduire leur exposition aux risques.   

     

           
Il faudra aussi s’assurer, via la formation, que les responsables des activités de protection sur le terrain connaissent et maîtrisent ces standards, afin qu'ils les appliquent au jour le jour.

  Quels sont, pour le travail de protection, les défis d'aujourd'hui ? Comment ces standards peuvent-ils y répondre ?  

     

Le premier défi, c'est la difficulté de combiner la réponse aux besoins d’une population dans son ensemble à la réponse aux besoins très spécifiques de groupes particuliers. C’est vrai pour la plupart des organisations aujourd’hui. Les standards   abordent cette question en se basant sur les principes d’impartialité et de non discrimi nation. Il est essentiel de pouvoir rester impartial dans l'identification des besoins des personnes concernées, et d'y répondre sans créer de discriminations.

Certaines organisations, comme le CICR, ont des mandats larges. D'autres travaillent avec des groupes de populations très spécifiques. Les standards insistent sur la responsabilité de chacune, mais aussi sur la responsabilité collective de l’ensemble des acteurs, afin qu’il n’y ait pas de groupe de population dans le besoin qui soit laissé de côté.

Le deuxième défi est celui de la sécurité et de l’accès aux victimes. La sécurité des communautés affectées est abordée par plusieurs standards, en particulier en ce qui concerne la gestion des données individuelles. Les organisations doivent également prendre en compte les risques que leur personnel peut encourir et gérer ces risques de manière transparente avec leurs collaborateurs. Enfin, de manière générale, l’activité des uns ne doit pas mettre en danger celle des autres.

  Quid de la complémentarité des organisations travaillant côte à côte ?  

C'est en effet le troisième défi majeur. Comment faire pour que le travail des uns renforce celui des autres ? Comment éviter les duplications inutiles et construire sur les capacités diverses de chacun des acteurs ? Dans chaque contexte, il faut se poser la question de sa propre plus-value pour que le résultat soit le meilleur possible pour la population concernée.

Les standards ne disent pas quelle forme cette complémentarité doit prendre. Il peut s’agir de partenariat, de coordination, ou simplement d’échange d’information sur les programmes. Mais, dans tous les cas, il est essentiel pour une organisation donnée de connaître le mandat, les activités, et la capacité concrète des autres acteurs, afin de définir son intervention et éviter les du plications, mais aussi pour être capable d’informer les populations et, si besoin, les aiguiller vers les organisations capables de répondre à leurs besoins.

Par exemple, si une organisation oeuvrant à la protection des enfants dans une zone particulière entend parler de disparitions, elle devrait en référer aux acteurs réellement aptes à agir. Ceci ne veut pas dire qu’elle doit transmettre des informations confidentielles ou des cas précis. Mais elle doit s’assurer que les organisations compétentes puissent se saisir du problème. En bref, que chacun puisse diriger ses efforts au bon endroit, selon ses compétences et en complémentarité avec les autres.