• Envoyer
  • Imprimer

Sénégal : améliorer l'accès aux soins en Casamance

23-03-2009 Interview

En 2008, le docteur Joël Lagoutte a effectué pour le CICR deux missions d'évaluation en Casamance, dans le sud du Sénégal. Il évoque les effets négatifs des conditions de sécurité sur la santé des populations locales et l'action du CICR pour améliorer leur accès aux soins et lutter contre le paludisme et le VIH/SIDA.

     

    © CICR/B. Heger/V-P-SD-E-01253      
   
    Le docteur Joël Lagoutte      
          Comment décririez-vous la situation du secteur de la santé en Casamance ?  

Le système de santé y est bien développé. Presque toutes les régions de la Casamance disposent de centres médicaux et de postes de santé. Cependant, cela ne peut pas encore fonctionner pleinement partout. Pour des raisons sécuritaires, les agents de santé tels que le personnel infirmier ou les responsables de programmes de prévention du sida ne sont pas toujours en mesure de faire leur travail correctement dans certaines zones de la région du Fogny. 

Les infirmiers se retrouvent souvent seuls dans leurs centres, sans fournitures médicales, ni accès à la documentation nécessaire, ni possibilité de consulter des collègues. De plus, la situation empêche parfois les patients de se rendre dans les centres de santé.

Pour toutes ces raisons, de nombreux enfants ne sont toujours pas vaccinés comme il le faudrait, des femmes enceintes ne reçoivent pas les soins appropriés, et le paludisme est difficile à combattre. Le principal problème est que le gens et les marchandises ont du mal à circuler dans cette zone. 

     
     
   
    La situation dans la région du Fogny    
  •    
  • Le Fogny est une région du nord de la Casamance, territoire sénégalais en proie à la violence armée depuis les années 1980.
  •    
  • Le paludisme, le VIH/SIDA et les maladies infectieuses respiratoires sont les principales pathologies auxquelles les populations du Fogny (entre 50 000 et 80 000 personnes) sont confrontées.
  •    
  • Le CICR travaille depuis 2004 dans la région, où un premier programme de prévention du paludisme fut mis en place. A la suite du décès accidentel d'une déléguée dans l'explosion d'une mine en septembre 2006, l'institution avait suspendu la présence de ses collaborateurs sur place, même si les programmes de santé purent se poursuivre grâce à un soutien à distance. Depuis mars 2008, les équipes du CICR sont de nouveau présentes sur le terrain.
  •    
     
           
 

  Que fait le CICR pour remédier à ces problèmes ?  

     

Le CICR veut faire en sorte que la population ait accès à des services médicaux – aussi bien préventifs que curatifs – de la même qualité qu'ailleurs dans le pays. Notre objectif est de parvenir à ce que le système sanitaire fonctionne correctement ou, disons, mieux. Nous jouons un rôle d'intermédiaire neutre et de facilitateur. Nos bons contacts avec tous les acteurs locaux, l'armée et les groupes armés nous permettent de circuler dans la région. Nous arrivons donc à transporter le personnel infirmier jusqu'aux villages ou jusqu'à la pharmacie la plus proche, et nous veillons à ce que la chaîne du froid soit assurée pour les médicaments en apportant un réfrigérateur à tel ou tel centre de santé.

   

Le CICR mène aussi trois programmes de promotion de la santé en coopération avec les autorités sanitaires : le premier contre le paludisme, via la distribution de moustiquaires ; le deuxième contre les maladies diarrhéiques – programme qui cible en particulier les enfants et leur apprend à respecter les règles d'hygiène et à utiliser de l'eau propre à la consommation ; et le troisième pour sensibiliser le public au VIH/SIDA. 

  En quoi l'action du CICR en Casamance est-elle particulière ?  

     

En Casamance, le CICR ne doit pas procurer de fournitures médicales comme, par exemple, dans la région du Darfour au Soudan ou en Somalie. Les fournitures médicales sont là. Nous ne faisons que faciliter le transport des biens et des personnes. Cela correspond exactement au mandat du CICR. Le plus important n'est pas ce que nous apportons, mais le fait que nous facilitons le fonctionnement du système.

J'ai rencontré plusieurs femmes qui m'ont dit qu'avant, elles allaient en Gambie faire vacciner leurs enfants – un voyage qui coûte cher. Maintenant, grâce à l'aide du CICR, la vaccination peut avoir lieu dans leurs propres villages.