• Envoyer
  • Imprimer

S'attaquer à la violence sexuelle utilisée comme arme de guerre

07-07-2008 Interview

En juin, le Conseil de sécurité des Nations Unies a adopté une nouvelle résolution qui exige de toutes les parties à des conflits armés qu'elles prennent des mesures pour mettre fin aux viols et à tout autre acte de violence sexuelle contre des civils. Jean-Marie Henckaerts, conseiller juridique du CICR et spécialiste de la question des femmes dans la guerre, souligne l'importance de cette résolution et l'impact qu'elle pourrait avoir.

 
       
    ©ICRC/W. Lembryk/cd-e-00569      
   
    République démocratique du Congo, hôpital général de Shabunda. Victime de violence sexuelle.      
           
   
   

       
     
   

   En savoir plus sur les conséquences de la guerre et de la violence sexuelle sur les femmes   

   

           
           
     
     
   
    Jean-Marie Henckaerts      
          Quelle importance accordez-vous à l'adoption de cette résolution par le Conseil de sécurité des Nations Unies ?
 

Cette résolution est un signal fort qui spécifie que les viols et toute autre forme de violence sexuelle sont inacceptables en temps de guerre comme en temps de paix. En outre, elle reconnaît que de tels actes contre de s civils ne sont pas simplement une conséquence indirecte de la guerre, mais souvent une méthode de guerre utilisée de façon systématique pour déstabiliser, démoraliser et humilier les communautés, et les forcer à fuir. Cela fait trop longtemps que les viols et autres actes de violence sexuelle relèvent du tabou et que les autorités concernées hésitent à intervenir. Aujourd'hui, le Conseil de sécurité affirme clairement que ce type de violence constitue une grave violation des principes fondamentaux du droit international humanitaire, qui protège la population dans les situations de conflit armé. Les États sont désormais contraints de prendre des mesures.
 

Sur le plan international, la résolution est extrêmement importante, car le Conseil de sécurité convient que les violences sexuelles généralisées et systématiques contre des civils représentent une menace pour la paix et la sécurité internationales et, partant, relèvent de son domaine de compétence. Cela signifie que le Conseil de sécurité sera habilité à imposer des sanctions aux États qui ne prennent pas les mesures nécessaires pour lutter contre ce type de violences. Par cette résolution, le Conseil de sécurité reconnaît également qu'il a la responsabilité de veiller à ce que les États s'y conforment.
 

Dans la pratique, la résolution impose déjà plusieurs exigences aux parties à un conflit. Par exemple, elle les oblige à faire en sorte que les combattants suivent une formation appropriée pour qu'ils sachent que toutes les formes de violence sexuelle sont strictement interdites. Elle souligne aussi la nécessité de mettre en place des procédures d'enquête pour identifier les personnes qui ont déjà commis des crimes sexuels. Ces mesures concrètes permettraient de prévenir les actes de violence sexuelle.
 

Enfin et surtout, cette résolution est une façon de reconnaître les souffrances endurées par les victimes de violences sexuelles et montre que ces v ictimes ne devraient pas être tenues pour responsables, ni stigmatisées, ni encore rejetées par leur famille et leur communauté. 

  Quelle est la position du CICR au sujet de cette résolution ?
 

Le CICR accueille avec satisfaction cette résolution et la réponse qu'elle apporte à un problème qui a trop longtemps été négligé. Chaque viol commis durant un conflit est un crime de guerre. Le CICR appelle les parties à des conflits à prendre toutes les mesures possibles pour prévenir les actes de violence sexuelle contre des civils et aider les victimes de ces crimes. Tous les auteurs de ces abus devraient être poursuivis en justice.
 

Le CICR est également satisfait que le Conseil de sécurité exige des États qu'ils prennent immédiatement des mesures pour prévenir les crimes sexuels en temps de conflit et poursuivre en justice les personnes suspectées d'avoir commis de tels actes. Le succès de cette résolution dépendra des dispositions que prendra le Conseil de sécurité pour en assurer le suivi.

  Quels effets les actes de violence sexuelle ont-ils sur les victimes ?
 

Un viol peut entraîner des troubles physiques et psychologiques graves pour la santé d'une femme. Il implique, par exemple, un risque d'infertilité ou de contamination par des maladies sexuellement transmissibles. De surcroît, les actes de violence sexuelle peuvent provoquer un traumatisme psychologique durable et une dépression sévère.
 

Au-delà du drame personnel, les crimes sexuels ont des conséquences sociales plus vastes, lorsqu'une femme ne peut plus subvenir à ses besoins ou à ceux de sa famille. Cela peut être le cas si elle souffre d'un traumatisme ou de blessures dus au viol, ou si elle est rejetée par son mari, sa f amille ou sa communauté. Lorsque des combattants violent les femmes d'une communauté, ils ont conscience qu'ils peuvent briser une société. De fait, ce crime est tout aussi démoralisant et humiliant pour les hommes d'un point de vue culturel.

  Que fait le CICR pour venir en aide aux victimes de violences sexuelles ?
 

Tout d'abord, le CICR s'emploie à garantir que les autorités et les groupes armés connaissent leurs obligations au titre du droit international humanitaire. Lorsque des violations du droit humanitaire sont commises, y compris des crimes sexuels, le CICR en informe les autorités concernées.
 

Prenons l'exemple de la République démocratique du Congo pour illustrer les activités du CICR en faveur des victimes de viol ou d'autres crimes sexuels graves. Dans le Nord et le Sud-Kivu, le CICR aide les victimes à suivre un traitement prophylactique post-exposition (PPE), qui permet de prévenir la transmission de maladies telles que le tétanos, l'hépatite B et les maladies sexuellement transmissibles, comme le VIH. L'institution fournit à des hôpitaux et à des centres médicaux des kits de traitement PPE destinés aux victimes de viol, et forme le personnel médical chargé d'administrer ces médicaments. Si nécessaire, il organise également le transfert des victimes de viol vers des hôpitaux dotés d'unités chirurgicales spéciales ou, en cas de traumatisme psychologique grave, vers des hôpitaux spécialisés en soins de santé mentale.
 

En 2007, le CICR a apporté un soutien régulier à six hôpitaux et quatre centres médicaux dans le Nord et le Sud-Kivu. Six autres hôpitaux et huit autres centres médicaux ont également bénéficié d'une aide d'urgence, notamment des kits de traitement PPE, lorsque cela s'avérait nécessaire. Par ailleurs, 176 professionnels ont assisté à des séances de formation organisées par le CICR sur la prise en charge des victimes de violences sexuelles et, plus particulièrement, la manière d'administrer un traitement PPE.
 

Le CICR apporte aussi son appui à un réseau de centres de conseil, en formant leurs volontaires à offrir une aide psychologique aux victimes et à orienter les patients de façon adéquate. Il approvisionne ces centres en matériels essentiels et y effectue les travaux de réparation qui s'imposent. Il aide également les associations communautaires à mettre en œuvre des projets microéconomiques pour permettre aux victimes d'exercer une activité génératrice de revenus.
 

En 2007, 29 centres de conseil du Kivu, dont deux dans le camp de personnes déplacées à Goma, ont reçu un soutien du CICR, et plus de 950 victimes de viol sont venues y chercher de l'aide. Le CICR a également fourni des médicaments essentiels à un établissement de soins de santé mentale à Bukavu, qui prend en charge les personnes traumatisées par le conflit et, en particulier, les victimes de violences sexuelles.
 

Enfin, le CICR encourage les communautés à accepter et à soutenir les victimes de crimes sexuels, en organisant des discussions avec les dirigeants des communautés, les autorités locales, les anciens des villages, les accoucheuses traditionnelles et les guérisseurs.