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Afrique du Sud : des documents donnés par le CICR viennent enrichir la collection du Robben Island Museum

14-05-2010 Interview

Le 13 mai dernier, le CICR a remis au Robben Island Museum des rapports de visites effectuées par l’institution à l’époque de l'apartheid. Lekgetho James Makola, responsable du musée, considère que ces documents constituent une source d’information précieuse pour les chercheurs. Il en explique les raisons dans une interview.

     
    ©CICR/J. Matas      
   
Présentée lors d’une cérémonie spéciale, cette peinture comporte les noms de plusieurs détenus que le CICR avait visités à l'époque.      
           
       
    ©ICRC/za-e-00015      
   
    Une carrière sur Robben Island. Les prisonniers hissent un bloc de pierre à l’aide d’un filin d’acier.      
           
       
    ©ICRC/za-e-00016      
   
    Prison de Robben Island, 10 avril 1967. Des prisonniers occupés à faire sécher des algues lors d’une visite du CICR.      
           
       
    ©ICRC/za-e-00029      
   
    Bloc « H », prison de Robben Island, 10 avril 1967.      
           
       
    ©ICRC/za-e-00032      
   
    Prison de Robben Island, 10 avril 1967. Des prisonniers au travail dans la carrière de pierres.      
           
 
 
   
Lekgetho James Makola 
      Que représentent pour le musée ces trois rapports sur les premières visites du CICR à Robben Island en 1963 et 1964 ?
 

Le Robben Island Museum accorde une grande valeur à ces rapports et apprécie le geste du CICR, qui a décidé de les lui donner. Ces documents ajouteront une nouvelle dimension aux collections du musée. À l’heure qu’il est, la section des archives du musée relatives à l’époque où l'île était une prison comprend des documents du Robben Island Sports and Recreation Committee , ainsi que des lettres, du matériel d'étude et d'apprentissage, des carnets de notes et divers objets ayant appartenu à des prisonniers ou encore à des avocats en charge de leurs dossiers.

Cet apport de matériel provenant d’une source tierce est un enrichissement incontestable pour nos collections. Les rapports du CICR constitueront bientôt une source précieuse d’informations pour les chercheurs travaillant sur Robben Island pendant l’apartheid.

Le musée attend d'ores et déjà impatiemment le moment où d’autres rapports plus récents pourront être divulgués, ce qui devrait permettre de parvenir à davantage de cohérence entre les documents CICR portant sur la fourniture d’articles de loisirs aux prisonniers, notamment des enregistrements musicaux, qui font désormais partie de la collection de matériel audio.

  Vous avez certainement recueilli des commentaires d’anciens détenus sur l’importance du musée, pour eux et pour leur famille. Pourriez-vous nous faire part de quelques unes de leurs remarques ?  

Les anciens prisonniers politiques mentionnent souvent le rôle du CICR, et sont reconnaissants à la Croix-Rouge pour avoir contribué à l’amélioration de leurs conditions de détention. Philemon Tefu, qui a été emprisonné à Robben Island de 1963 à 1985, indique que « les améliorations ont commencé à se faire effectivement sentir dès 1974, année où des représentants de la Croix-Rouge ont été autorisés à rentrer dans la prison sans être escortés par des gardiens ».

Les noms de jeunes délégués représentant le CICR dans les années 1970 reviennent fréquemment dans les témoignages, en particulier celui de Dominique Dufour. Jackson Fuzile, incarcéré sur l’île de 1965 à 1977, raconte : « Un jour, des jeunes gars ont débarqué ; des gars brillants. L’un d’eux s'appelait Dufour et l’autre, je ne me souviens plus. Ils parlaient les deux français, mais ils étaient suisses. Quand vous parliez avec eux, vous vous rendiez tout de suite compte qu’ils en connaissaient un rayon en matière de détention, et ils savaient ce qu'ils avaient à faire : rendre les prisons moins dures à vivre. ».

L’actuel vice-président sud-africain, Kgalema Motlanthe, emprisonné sur l’île de 1977 à 1985, décrit le rôle qu’il a lui-même joué, en parallèle à celui du CICR : « Je faisais partie du comité de la Croix-Rouge de la prison, lequel travaillait en étroite collaboration avec le Comité international de la Croix-Rouge. Nous nous occupions de régler des questions d’ordre général concernant les prisonniers. Cela allait de l’organisation d’activités sportives et culturelles à des problèmes comme la qualité de la nourriture. »

Velaphi Masuku, détenu à Robben Island de 1977 à 1987, relève lui l’importance des visites familiales mises en place par le CICR, surtout à une époque où les prisonniers ne recevaient que peu de visites.

  Comment le musée fait-il pour enrichir ses collections de documents artistiques et historiques ?  

Les départements du musée responsables des collections et des recherches s’efforcent, de beaucoup de manières différentes, de compléter les collections et de mieux les mettre en valeur. Une des choses que nous faisons est d’interviewer les personnes ayant produit ou fait don de pièces figurant déjà dans nos collections.

  Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?  

Les documents et le matériel remis au musée le 13 mai dernier inaugurent une nouvelle ère, qui sera marquée par l’échange d’informations concernant l’île prison. Toute cette somme de nouvelles informations devrait contribuer à étayer l’histoire du triomphe de l'homme sur la souffrance.

  Quels sentiments l’œuvre d’art offerte au musée suscite-t-elle en vous ?  

Cela a été très émouvant d’écouter l’artiste parler de son œuvre et de rappeler ce qu’elle avait ressenti lorsqu’elle avait visité pour la première fois la section de la prison du Vieux Fort de Johannesburg réservée aux femmes, et d'imaginer à quoi pouvaient ressembler les conditions de détention. L’artiste a relaté avec beaucoup de passion le parcours émotionnel qui l’a amenée à réaliser cette œuvre.

Cela a vraiment été un privilège pour moi d'assister à la cérémonie de remise de l'œuvre au musée. Celle-ci s’est déroulée en présence d'anciens prisonniers politiques qui avaient été incarcérés à Robben Island, et auxquels le CICR était un jour venu en aide pour améliorer leurs conditions de détention. Voir les anciens détenus s’entretenir avec l’artiste et lui dire à quel point ils appréciaient son travail aura été une expérience aussi poignante qu'inoubliable.

Cette œuvre sera t oujours là pour témoigner des liens particuliers qui unissent la Croix-Rouge au destin de nombreux opposants politiques sud-africains ayant bénéficié de l’assistance de cette éminente organisation humanitaire.