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L'expertise du CICR en chirurgie de guerre

11-06-2009 Interview

Chirurgien de guerre pour le CICR, Chris Giannou explique la portée et les objectifs de la nouvelle publication "War surgery: working with limited resources in armed conflict and other situations of violence" (Chirurgie de guerre : travailler avec des ressources limitées dans les conflits armés et autres situations de violence). Coauteur de cet ouvrage, Chris Giannou donne un aperçu de la politique et des pratiques du CICR dans le domaine de la chirurgie de guerre en général, et des aspects nouveaux présentés dans cet ouvrage.

Quelles sont les idées-forces de cette nouvelle publication ?  

La chirurgie de guerre se pratique souvent dans un environnement austère et des conditions précaires : une situation d’ordinaire définie comme une situation de sous-développement (en termes d’infrastructure, de pénurie de ressources humaines et de technologie complexe), avec des conditions de travail difficiles dues à l’isolement géographique et au climat, ainsi qu’avec le stress et le danger associés à une zone de conflit.

Le CICR a acquis une expérience considérable dans les soins aux victimes de conflit armé dispensés dans un environnement austère, en particulier dans des contextes où le système de soins de santé est sérieusement perturbé. Ce savoir-faire est le résultat de trois programmes, différents mais liés entre eux, qui ont été dévelo ppés dans divers pays touchés par des conflits armés et autres situations de violence dans le monde entier :


1. Hôpitaux indépendants gérés par le CICR.

2. Soutien aux hôpitaux locaux par la présence sur le court terme d’équipes chirurgicales expatriées, en mettant l’accent sur la formation et le renforcement des capacités, l’approvisionnement et la fourniture de matériel, la rénovation de l’infrastructure et des installations d’eau et d’assainissement, les incitations financières et les salaires pour le personnel local si nécessaire.

3. Organisation de séminaires de chirurgie de guerre offrant aux collègues la possibilité de procéder à des échanges d’expérience et d’expertise.

Cette nouvelle publication rassemble les données d’expérience tirées de ces trois types de programmes en définissant les protocoles et procédures cliniques du CICR. Beaucoup repose sur les discussions et les échanges d’expérience entre les chirurgiens du CICR et les collègues ayant participé à plus de 120 séminaires de chirurgie de guerre organisés dans plus de 30 pays touchés par des conflits.

En quoi ce livre est-il nouveau ?  

Pour relever le défi auquel sont confrontés les chirurgiens qui traitent pour la première fois de blessés de guerre dans ces conditions extrêmes, nos prédécesseurs du département chirurgical de la division médicale du CICR ont publié un manuel de référence intitulé la chirurgie des blessés de guerre . Largement diffusées, les trois premières éditions de cet ouvrage ont été très bien accueillies dans le monde.

Le présent ouvrage, établi à l’origine comme quatrième édition, tient compte de l’évolution de la pratique chirurgicale du CICR, ainsi que des questions et des demandes formulées durant les séminaires de chirurgie de guerre qui ont fait ressortir la nécessité de publier un ouvrage entièrement nouveau en deux volumes.

Le Volume 1 s’est enrichi d’un grand nombre de nouveaux sujets, en particulier dans les chapitres non chirurgicaux traitant de questions d’ordre général concernant la coordination, la logistique et les principes qui sous-tendent l’approche du CICR. Ils portent sur les éléments suivants :

  • Caractéristiques spéciales de la chirurgie en temps de conflit

  • Droit international humanitaire applicable

  • Réglementation des projectiles en fonction de leurs effets traumatiques

  • Épidémiologie des victimes de guerre

  • Chaîne des soins aux victimes

Les développements récents survenus en chirurgie traumatique (réanimation en salle d’urgence, chirurgie salvatrice et conservatrice, les trois facteurs pronostiques défavorables de l’hypothermie, de l’acidose métabolique et de la coagulopathie) ont également été inclus, et les chapitres sur la chirurgie ont fait l’objet d’une refonte rédactionnelle.

Quelles sont les leçons tirées par le CICR après de nombreuses années de programmes de chirurgie de guerre ?  

La philosophie qui sous-tend l’approche du CICR a été élaborée selon le principe : une réponse « appropriée » pour une situation donnée, la clef du succès opérationnel consistant à définir cette réponse juste et appropriée.

Nous pouvons donc décrire les différents types de « chirurgie » pour blessés de guerre en fonction des ressources humaines et de la technologie disponibles :

1. armée classique d’un pays industrialisé où le soldat peut s’attendre à bénéficier du même niveau de soins que celui offert à un civil victime d’un traumatisme chez lui ;

2. pays à économie émergente où des soins complexes peuvent être disponibles dans les grandes villes mais non dans des zones rurales reculées où se déroulent la plupart des conflits armés modernes ;

3. pays à faible revenu où, même en temps de paix, les services médicaux de base fonctionnent au maximum de leurs capacités et où le système de santé public est une des premières victimes d’un conflit armé ;

4. acteurs non étatiques et populations civiles belligérantes où la disponibilité en soins chirurgicaux est pratiquement inexistante.

La pathologie est similaire dans tous ces cas ; toutefois, le diagnostic et les moyens thérapeutiques disponibles sont très différents. Il arrive que la technologie soit relativement complexe et que le personnel formé soit nombreux. Dans la plupart des contextes où le CICR intervient (niveaux trois et quatre), on considère souvent comme approprié ce qui permet de tirer le meilleur parti possible des ressources très limitées. L’expérience du CICR montre que beaucoup peut être fait pour les blessés de guerre en recourant à des moyens très simples, mais scientifiquement adéquats et appropriés. Cette approche s’est avérée très rentable, ce qui est très important dans un pays dont les ressources sont limitées et où chaque centime consacré aux soins curatifs l’est aux dépens de mesures préventives.

Qui seront les principaux bénéficiaires de cette publication ?

La pratique du CICR, dans la plupart des cas, ne diffère pas beaucoup de celle d’un hôpital public dans une zone rurale d’un pays à faible revenu qui doit prendre également en charge les soins aux blessés par arme de guerre. Les explications des techniques sont axées sur le niveau de connaissances et de pratique des chirurgiens généralistes dans un hôpital rural . Ces chirurgiens sont souvent les premiers à voir les personnes blessées dans un conflit et ils savent que, dans ces circonstances, l’orientation vers des installations mieux équipées –éloignées d’une capitale inaccessible – est difficilement praticable voire impossible. Cet ouvrage tente de fournir aux chirurgiens dans des pays touchés par un conflit– civil et militaire –ne disposant pas d’une formation spécialisée, des services essentiels sur le traitement de diverses blessures par arme, en décrivant les types d’opérations qui ont été conduites avec succès dans la pratique du CICR et d’autres pratiques comparables.

En outre, les chirurgiens des Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ou d’organisations non gouvernementales, qui partent en mission humanitaire pour la première fois et se trouvent confrontés aux défis d’une pathologie totalement nouvelle dans des conditions extrêmes et des circonstances précaires tireront profit de la lecture de cet ouvrage avant de partir en mission.


Photos

Chris Giannou, un chirurgien du CICR 

Chris Giannou, un chirurgien du CICR
© ICRC

Région de Djebel Mara, Soudan. Un groupe médical basé à Nyala effectue une opération d’urgence dans un dispensaire de campagne. 

Région de Djebel Mara, Soudan. Un groupe médical basé à Nyala effectue une opération d’urgence dans un dispensaire de campagne.
© ICRC / B. Heger / sd-e-02138

Un médecin à l’hôpital Keysaney de Mogadiscio, géré par le Croissant-Rouge de Somalie et soutenu par le CICR, opère un patient blessé lors d’un bombardement. 

Un médecin à l’hôpital Keysaney de Mogadiscio, géré par le Croissant-Rouge de Somalie et soutenu par le CICR, opère un patient blessé lors d’un bombardement.
© ICRC / V. Louis / so-e-00302