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Ce que dit DIH à propos de l'eau

22-03-2007 Interview

Dans un interview pour le site web, Jean-Marie Henckaerts, juriste au CICR, explique comment le droit international humanitaire protège spécialement les ressources en eau.

  Jusqu'aux années 60 environ, les "conflits de l'eau" étaient principalement liés à des questions de navigation et de droit de la mer. De quelle(s) manière(s) le facteur "eau" pèse-t-il dans les conflits armés aujourd'hui ?

L’accès à l’eau est de plus en plus un facteur déclencheur de conflits armés. En période de conflit, on peut empêcher les civils d’accéder aux ressources en eau, et ce, pour différentes raisons, notamment pour les affamer ou pour les déplacer. Aujourd'hui, les conflits armés privent des millions de personnes d'eau potable. Quand les réserves d’eau sont contaminées, endommagées ou détruites, les conséquences peuvent être désastreuses : la soif, la déshydratation et les maladies viennent s’ajouter aux souffrances causées par la guerre. Pour le CICR, garantir aux victimes de la guerre l’accès à l’eau potable est une priorité de premier ordre.
 
  Dans les grandes lignes, comment le droit international humanitaire prend-il en compte la protection de l'eau ?

Par essence, l’eau est un bien civil et, en tant que tel, elle est protégée par le droit humanitaire. L’eau est en outre indispensable à la survie de la population civile. Elle jouit par conséquent d’une protection spéciale, au même titre que les installations de traitement et de distribution d'eau.
 
  En matière de protection de l'eau, y a-t-il des pistes d'évolution sur le plan du droit humanitaire et de la jurisprudence, par exemple dans le cadre du Tribunal pénal international. En d'autres termes est-ce un crime de guerre que de s'attaquer à l'eau ?

Les attaques contre des biens de caractère civil et, en particulier, contre des biens qui sont indispensables à la survie de la population civile, sont des crimes de guerre. À ce jour, aucune action en justice n’a toutefois été intentée devant des cours ou des tribunaux internationaux pour des attaques contre des installations hydrauliques, bien que la possibilité existe sans aucun doute.
 
  Les ingénieurs qui travaillent dans le domaine de l'eau – notamment ceux du CICR – et qui réparent des installations hydrauliques prennent souvent de gros risques, mais qu'en est-il de leur protection dans la cadre du droit humanitaire ? Sont-ils assimilables au personnel médical ?

Il font partie du personnel de secours humanitaire et, en tant que tel, doivent être respectés et protégés. Enfin, les attaques dirigées contre des membres du personnel arborant les emblèmes distinctifs (croix rouge, croissant rouge, cristal rouge) sont des crimes de guerre.